Dans l’un des quartiers économiques de Munich, Helsing mise sur l'IA pour révolutionner l’industrie de l’armement. La start-up de défense y concentre l’essentiel de ses troupes, soit environ 400 de ses 600 salariés. Le reste de ses équipes est réparti entre le Royaume-Uni, la France, l’Ukraine et l’Estonie.
Jusqu’ici très discrète, l'entreprise a décidé début juillet d’ouvrir exceptionnellement ses locaux à la presse européenne et de lever le voile sur certains de ses travaux basés sur l’intelligence artificielle de défense. «L’IA va redéfinir la manière de faire la guerre dans tous les domaines. Notamment la manière dont on détecte et dont on cible l’ennemi (…) Elle permet de combiner les effets de saturation et d’autonomie», explique Gundbert Scherf, l’un des co-PDG.
Avant de fonder la société en 2021, cet ancien consultant de McKinsey a travaillé au ministère allemand de la Défense quand l’actuelle présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen en était à la tête. Avec les deux autres co-fondateurs, Torsten Reil et Niklas Köhler, ils sont persuadés que l’IA apportera plus de vitesse, de précision et de force de frappe aux armées. Que ce soit dans le domaine terrestre, maritime, spatial et même de la guerre électromagnétique.
Des pilotes de chasse contre l'IA
L'IA d'Helsing est déjà prête à prendre les commandes d'un avion de combat. Au 5? étage du bâtiment, une salle abrite côte à côte deux simulateurs de cockpit d’avion de chasse. Aux manettes, deux anciens pilotes d’avion de combat F-16 et MiG-29 de la Luftwaffe et de l’armée de l’air polonaise. Leur mission : affronter deux chasseurs pilotés et collaborant grâce à l’intelligence artificielle Centaur développée par ses équipes.

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Dans la salle annexe, un expert en technologies d’aviation décrypte la manœuvre d’un des deux appareils pilotés par IA. L'avion n’hésite pas à s’éloigner des avions ennemis pour mieux les attaquer après avoir gagné en altitude et en vitesse. «Nous testons la version collaborative de notre agent d’IA qui n’existait pas encore il y a quelques mois», précise-t-il soulignant la rapidité du développement.
Une IA gavée de données acoustiques pour la détection sous-marine
Ces travaux ont tout pour susciter l’intérêt des armées de l’air du monde les plus en pointe. L’US Air Force, mais aussi ses homologues russes, chinoises et occidentales, imaginent faire voler demain des flottes d’aéronefs, autonomes comme pilotés et capables de communiquer les uns avec les autres. En mai dernier, Helsing a déjà pu tester son logiciel Centaur dans un chasseur Gripen suédois opposé à un autre appareil avec un pilote aux commandes. Résultat : match égal entre la machine et le pilote.
L’IA est la marque de fabrique d’Helsing. Quand les autres grands groupes traditionnels de la défense tentent de moderniser véhicules, avions ou navires en y injectant de l’IA, l'entreprise de Munich en fait le cœur de l’arme. Celle-ci peut s’adapter à tout type de plateforme : des drones kamikazes, des avions de combats, des machines sous-marines autonomes… Pour Helsing, le succès de la mission est avant tout porté par le logiciel. Comme l’a montré sa première commande significative. En décembre 2024, pour soutenir les forces ukrainiennes, le gouvernement allemand avait acheté 4000 machines d’un fabricant de drones local et sur lesquelles allait être porté le logiciel de mission d’Helsing.
La force du logiciel : même sans signal GPS, il permet au drone de poursuivre sa mission, c’est-à-dire de s’orienter sur le champ de bataille, d’identifier des cibles et de les neutraliser s’il en reçoit l’ordre. Ce n’est qu’une des promesses de l’IA. Les algorithmes permettent également de faire collaborer entre elles des machines par dizaines, voire par centaines et potentiellement par milliers. De quoi créer un redoutable effet de masse et de saturation sur les forces ennemies… Sans mettre le soldat en première ligne.
Avec le réarmement en cours dans le monde, le positionnement «software» d’Helsing fait mouche…au-délà des militaires. L’entreprise a enchainé des levées de fonds record, totalisant un montant d’1,3 milliard d’euros depuis sa création, dont 600 millions d’euros en juin dernier. Ce succès s’appuie plus sur le potentiel perçu de la société que par ses commandes engrangées. Les fondateurs d’Helsing refusent de préciser le chiffre d’affaires de la société et le volume de son carnet de commandes. Dans l’immédiat, cet argent lui permet d’autofinancer sa R&D sans avoir à attendre des contrats de développement ou des commandes de programmes étatiques. Et celle-ci s'intéresse au milieu sous-marin.
L'objectif de produire 1000 drones d'attaque par mois
Au premier étage du bâtiment, l'on trouve un drone de la forme d’une torpille de près de 2 mètres de longueur. Destiné à des opérations de surveillance des fonds sous-marins, il s'agit du planeur SG-1 Fathom. Des essais de mise au point sont réalisés en mer du côté de la base navale de Portsmouth, en Grande-Bretagne.
Grâce à une batterie optimisée qui lui confère une autonomie de déplacement de trois mois, ce drone agira comme un capteur silencieux capable d’intercepter des signaux dans toutes les directions et dans une large gamme de fréquences. «Grâce à l’IA embarquée, le drone pourra détecter, identifier, localiser et tracer une menace sous-marine», explique Amelia Gould, directrice en charge des systèmes sous-marins, qui a longtemps servi pour la Royal Navy comme ingénieur militaire. Grâce à l’ingestion et l’analyse de volumes de données acoustiques considérables, son logiciel d’IA se targue de pouvoir détecter des navires jusqu’à 40 fois plus vite que des opérateurs humains.
Sous l’eau, Helsing mise également sur l’effet de masse. La société anticipe le déploiement «d’une constellation» de ces planeurs sous-marins. De quoi créer un filet virtuel d’interception et identification des bateaux ou des sous-marins. L’argent levé va aussi permettre à Helsing d’entrer en phase de production. Notamment pour l’un des produits les plus avancés, le drone d’attaque, le HX2. Volant à 220 km/heure, l’engin est capable d’atteindre et de détruire un véhicule blindé jusqu’à une centaine de kilomètres. «Nous pouvons produire 450 drones par mois avec pour objectif d’en produire 1000 par mois», indique Simon Brünjes, directeur en charge des systèmes terrestres d’Helsing. Le drone est produit en Allemagne…Dans une usine dont la localisation est toujours tenue secrète. Il s’agit d’une étape critique pour Helsing afin de matérialiser sa promesse de faire de l’IA de défense à l’échelle industrielle.



