Avec Mistral Large, Mistral AI lance son offensive commerciale. La pépite française de l’IA générative a dévoilé lundi 26 février son dernier grand modèle de langage (LLM). Ses créateurs affirment qu'il peut se mesurer à GPT-4, le LLM de son concurrent américain Open AI. Autre détail de taille, Mistral Large n’est plus accessible gratuitement contrairement aux précédents modèles de la start-up (7B et 8x7B).
Microsoft, nouveau partenaire et investisseur
Mistral Large est payant soit à chaque requête, s’il est interrogé via une interface API (interface de programmation d’application), soit au travers du paiement d’une licence si le client veut adapter le modèle à ses besoins. L’offre payante est accessible directement auprès de Mistral AI ou via la plateforme cloud Azure de Microsoft, avec qui la start-up française annonce avoir noué un partenariat à cette même occasion. De cette façon, Mistral espère toucher de nombreux clients car Azure est une plateforme largement utilisée dans le monde l’entreprise. L’accord s’accompagne d’un investissement minoritaire de Microsoft dans Mistral AI, dont le montant exact n’est pas donné par les intéressés. Un partenariat qui n'est pas sans rappeler celui liant Microsoft à OpenAI.
Pour la première fois, Mistral AI dévoile donc un LLM accessible de façon payante. Est-ce un revirement pour la start-up ? Pas complètement. Depuis plusieurs mois, les fondateurs de Mistral AI ont rappelé vouloir continuer des développements en open source tout en parvenant à lancer une offre payante. Son fondateur Arthur Mensch l'a précisé dans une interview accordée au Monde :«Nous avons commencé par des modèles open source, que tout le monde peut déployer gratuitement, car c’est une manière de les diffuser largement et de créer de la demande. Mais nous avons, dès le début, prévu un modèle économique avec des modèles optimisés.» Et donc payants.
Mistral Large correspond à ce modèle plus optimisé grâce auquel la start-up souhaite gagner de l’argent. Une nécessité pour toute entreprise. Surtout que l’entraînement des modèles d’IA générative est très coûteux et que les chercheurs dans ce domaine sont très prisés. Toutefois, la pépite française assure ne pas vouloir abandonner l’open source. Reste à voir ce qu’il en sera vraiment.
Le Chat, l'agent conversationnel de Mistral AI
La pépite française couple la sortie de Mistral Large avec le lancement de son agent conversationnel, Le Chat. Un clin d’œil au ChatGPT d’OpenAI. Disponible uniquement en version bêta pour les premiers clients de Mistral AI, Le Chat simplifie l’accès à ses modèles de langage et permet d’en démontrer les performances. «Bientôt utilisable pour les entreprises», selon le communiqué, il vise ainsi à séduire plus d'utilisateurs. Une nécessité alors que les IA génératives sont aujourd’hui très majoritairement utilisées en entreprise pour connecter des agents conversationnels à des sources de données internes.
Mistral AI suit donc les pas de son concurrent OpenAI. Ce dernier est d’abord passé par le statut d’association à but non lucratif publiant ses recherches avant de devenir une entreprise peu loquace sur sa R&D. Aujourd'hui, OpenAI donne très peu d’informations sur la façon dont elle conçoit ses LLM, les modèles et algorithmes utilisés, les bases de données employées ou les systèmes de modération mis en place.
Un revirement critiqué par des chercheurs dont Yann Le Cun – considéré comme l’un des pères de l’IA moderne et responsable scientifique de l’IA chez Meta – qui estiment que la recherche progressera moins vite si les avancées ne sont partagées. L'open source permet à la communauté scientifique d'accéder aux modèles, et à la façon dont ils sont conçus. Il est alors plus facile de discuter des garde-fous mis en place pour lutter contre la désinformation ou toute autre dérive. Comprendre comment sont formés ces modèles peut aider à interpréter certains résultats ou à contribuer à l'avancement de l'état de l'art. Malheureusement, les modèles les plus perfectionnés comme Sora, le tout nouvel outil de création de vidéo d'OpenAI, sont protégés pour des raisons commerciales. Un biais qui guette Mistral AI.



