Après les calculatrices, les outils de bureautique ou encore les services de visioconférence, les technologies d’intelligence artificielle (IA) générative débarquent à leur tour dans le monde du travail. Ces modèles d’IA produisent de nouveaux contenus (texte, images, vidéo, audio) à partir d’un prompt, c’est-à-dire une consigne envoyée au robot. Rédaction d’e-mails, de comptes-rendus de réunion, génération de présentations ou de synthèses à partir de documents... Voilà les révolutions promises par cette technologie, qui arrivent déjà dans nos bureaux. Microsoft intègre progressivement l’IA générative à sa suite 365 à travers de nouvelles fonctionnalités dans Outlook, Teams et Excel.
Des déploiements rendus possibles grâce à son partenariat – et un investissement de plusieurs milliards de dollars – avec OpenAI. Ce dernier est à l’origine de ChatGPT, l’agent conversationnel qui a propulsé l’IA générative sur le devant de la scène, il y a un an. En septembre, il a lancé sa propre offre BtoB, plus rapide, sans limite d’utilisation et capable d’analyser des données internes de l’entreprise cliente. OpenAI vient ainsi concurrencer son investisseur Microsoft !
Google affûte aussi ses armes. Après avoir présenté Bard, son alternative à ChatGPT, la firme de Mountain View annonce l’ajout progressif de fonctionnalités d’IA générative dans Google Workspace, qui rivalise avec Microsoft 365. Une amélioration progressive des outils de bureautique classiques qui va conduire les employés à recourir à ces technos. «D’ici deux à trois ans, la plupart des salariés utiliseront sciemment ou non de l’IA générative», souligne Luc Manigot, qui dirige le centre d’excellence de Sinequa, spécialisé dans les moteurs de recherche pour les entreprises.
Rassurer et reconquérir
La course est lancée. Mais les enjeux ne sont pas les mêmes. Si Microsoft et Google sont poussés à l’innovation pour défendre leur position de leader, la commercialisation est une nécessité pour OpenAI. Pour mettre au point ChatGPT, la firme de San Francisco, fondée en 2015, a dépensé des sommes considérables, tant pour attirer les chercheurs les plus compétents que pour entraîner ses modèles d’IA. Le fonctionnement même des algorithmes demande d’importantes capacités de calcul. Un coût difficile à chiffrer précisément, mais qui conduit OpenAI à limiter l’utilisation gratuite de ChatGPT, avec une première version payante déjà proposée aux particuliers. Mais cela est loin d’être suffisant et la commercialisation auprès des professionnels, disposés à payer davantage, s’impose.
Surtout, en lançant d’abord une version grand publique gratuite, OpenAI a jeté un pavé dans la mare. Nombreux sont ceux à s’être précipités sur cet outil bluffant, qui répond aux questions par un texte structuré. Et de l’avoir rapidement identifié comme un moyen de se simplifier la tâche. Résultat : ChatGPT s’était déjà invité dans les entreprises mais avec des effets pervers. Samsung en a par exemple fait les frais. En utilisant ChatGPT pour corriger des erreurs de code, des ingénieurs du groupe ont rendu des informations confidentielles – en l’occurrence des notes de réunions internes – accessibles à d’autres utilisateurs du chatbot. Depuis, Samsung, mais aussi Apple et Amazon, interdisent à leurs salariés d’utiliser l’agent conversationnel. L’offre professionnelle d’OpenAI est donc là pour rassurer et reconquérir. Avec ChatGPT Enterprise, les clients gardent la main sur leurs données internes et sur les prompts, qui ne sont pas utilisés pour entraîner les modèles. Cela sera-t-il suffisant pour convaincre ?
Des start-up françaises aussi dans la course
La valeur ajoutée de ces technologies semble en tout cas séduire. Le spécialiste français du commerce en ligne Cdiscount a payé une API (interface de programmation applicative) de ChatGPT. Son but : faire relire les fiches produit par l’IA afin d’améliorer le référencement des articles. «Huit millions de fiches produit ont déjà été analysées par l’IA générative, détaille Isabelle Serot, la directrice de la data. Trois millions de produits ont été changés de catégorie, ce qui a amélioré leur conversion [le taux d’achat, ndlr] de 30%.» Plus récemment, la banque Morgan Stanley a demandé à OpenAI de mettre au point un robot conversationnel afin d’aider ses fonctions support à trouver une information parmi toute la documentation et à la résumer.
OpenAI, Microsoft et Google ne sont pas les seuls à proposer des solutions BtoB fondées sur l’IA générative. À travers sa plateforme open source, la start-up franco-américaine Hugging Face propose aux entreprises d’accéder à des jeux de données et des modèles pré-entraînés pour concevoir leurs propres outils d’IA. De son côté, la pépite française Lighton a développé des briques technologiques autour de l’IA générative. Elle met en avant sa capacité à adapter le modèle aux cas d’usage et assure la sécurité de la solution installée sur l’infrastructure de l’entreprise. De quoi faire de l’IA générative un énième champ de bataille entre les mastodontes de la tech et les start-up.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3723 - Octobre 2023



