Preuve de la bonne dynamique française, Google inaugure un nouveau hub d'IA à Paris

Trois mois après le lancement d'un grand labo d'IA par trois milliardaires (dont les patrons de Free et CMA-CGM), c'est au tour de Google d'ouvrir un nouveau centre dédié à l'IA à Paris. Inauguré jeudi 15 février, il doit accueillir 300 ingénieurs de l’entreprise, tout en étant ouvert à l’écosystème français. L'enjeu : faire émerger de nouveaux partenariats et accélérer le développement de produits basés sur l’IA.

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Sundar Pichai hub IA de Google à Paris (février 2024)
Sundar Pichai, le PDG de Google, inaugure le nouveau hub IA de l'entreprise à Paris.

Paris attire la recherche en intelligence artificielle (IA). Google a inauguré jeudi 15 février un hub dédié à l’IA en plein cœur de la capitale. Ce centre ouvert à tout l’écosystème français doit rassembler à terme plus de 300 chercheurs et ingénieurs de Google, dont des ingénieurs de DeepMind et Google Research ainsi que des équipes développement de Chrome et YouTube. Cette inauguration s’est faite en grande pompe avec la présence du PDG de l’entreprise, Sundar Pichai, du ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, et de la nouvelle secrétaire d’État chargée du numérique Marina Ferrari.

Former 10 000 professionnels aux outils de l'IA

Dans ce hub, Google prévoit d’accueillir des conférences, des rencontres et des concours de projets pour les étudiants en IA, les chercheurs, les ONG et les start-up. Pour rappel, la firme américaine avait déjà lancé en 2018 un centre pour explorer les futurs usages de l’IA en France. L’idée avec ce nouveau labo est de «faire émerger de nouveaux partenariats académiques et de recherche» et d’accélérer le développement de produits basés sur l’IA.

Pourquoi la France ? Le pays «possède des atouts considérables dans le domaine scientifique, avec ses 500 000 chercheurs et des institutions de premier plan tels que le CNRS, Inria, Paris-Saclay, l’Institut Curie, ou encore l'Université PSL (Paris Sciences & Lettres)», souligne Google dans un communiqué. L’entreprise souhaite nouer des coopérations avec ces institutions pour stimuler la recherche.

En parallèle, le géant du numérique entend former les professionnels aux outils de l’IA. Sur ce sujet, l’entreprise va débloquer 25 millions d’euros pour aider les personnes éloignées de l’IA en Europe à se former sur le sujet. En France, plus particulièrement, l’entreprise souhaite soutenir les PME dans l’adoption de l’IA. Ce hub doit permettre de former 100 000 professionnels aux outils de l’IA d’ici fin 2025.

Une multiplication des laboratoires d’IA à Paris

Google n’est pas le seul à investir dans l’IA en France. Meta (ex-Facebook) a démarré en 2015 ses travaux autour de l’IA à Paris avec son laboratoire FAIR fondé par Yann Le Cun, l'un des pères de l'IA. Thales, EDF et Total ont regroupé leurs forces avec l’ouverture d’un laboratoire dont les travaux se concentrent sur le développement des technologies d'intelligence artificielle adaptées aux besoins des systèmes critiques industriels. IBM, Samsung et Fujitsu ont chacun ouvert des laboratoires.

Plus récemment, Xavier Niel, Rodolphe Saadé et Eric Schmidt ont relancé le mouvement avec Kyutai. Ce dernier, doté d’une enveloppe de 300 millions d’euros, est un laboratoire à but non lucratif dédié à la recherche ouverte en IA. Comme l’était OpenAI à ses débuts… Kyutai doit se positionner entre la recherche publique, qui ne dispose pas forcément de moyens suffisants, et les laboratoires appartenant aux grands groupes américains ou chinois, largement financés. Il cherche à se distinguer en faisant la part belle à la recherche ouverte et au partage des avancées avec le reste de l’écosystème.

Les start-up s’implantent aussi en France

Paris séduit aussi les start-up. Mistral AI, la pépite française qui fait parler d'elle en développant des grands modèles de langage (LLM) comme OpenAI, est basée à Paris. Ses fondateurs – Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix – ont un pédigrée bien rempli puisque ces chercheurs en IA, formés à l’X ou l’ENS, sont passés chez Facebook ou DeepMind (Google). De même, Stanislas Polu, l’un des cofondateurs de Dust, a passé cinq ans chez OpenAI. Tous font le choix de revenir en France pour lancer leur propre start-up plutôt que de travailler dans des bureaux secondaires de grandes entreprises en Europe.

Ces laboratoires d’IA, financés majoritairement par les géants américains du numérique, ont permis de renforcer la formation sur ce sujet et d’avoir aujourd’hui de nombreuses personnes compétentes en France. Le crédit d’impôt recherche (CIR) a sans doute participé à cet essor, en réduisant l’impôt dû par les entreprises en déduisant une partie des dépenses engagées pour développer des activités de R&D. Couplé à la présence de talents sortant des écoles et universités françaises, le contexte est favorable à ces implantations.

«Nous disposons en effet des meilleurs scientifiques et des entreprises les plus prometteuses et la France est le seul pays à pouvoir fournir l’énergie décarbonée indispensable aux centres de données, affirme Bruno Le Maire dans le communiqué. Par ailleurs, notre pays défend un modèle technologique – l’open source – gage de pluralisme et d’indépendance.» Les start-up LightOn ou encore Poolside souhaitent aussi bénéficier de ces talents et participer à l’effervescence. La France a une carte à jouer pour s’imposer dans l’IA.

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