Attendue d’arrache-pied par les géants du numérique, la sortie de la dernière puce de Nvidia destinée à l’intelligence artificielle, appelée Grace Blackwell 200 (GB200), initialement prévue pour le dernier trimestre 2024, a été repoussée d’au moins trois mois a révélé le media spécialisé The Information. Destinée aux serveurs et aux superordinateurs, cette puce doit être vendue plus de 60 000 euros l’unité (70 000 dollars), soit le double du coût de la précédente puce de Nvidia, la H100, sortie en 2021.
Il faut dire que cette puce, baptisée Blacwkell en l'honneur du mathématicien David Harold Blackwell, serait capable d’afficher une rapidité de calculs jusqu'à cinq fois plus importante que la H100 (une performance qui varie selon la précision demandée), argue Nvidia.
Une architecture plus complexe à fabriquer
Une surperformance qui explique en grande partie le retard annoncé estime Ian Cutress, spécialiste indépendant de l’industrie des semi-conducteurs. «Les observateurs n’ont pas encore déterminé si ce retard était significatif ou non. Car, plus une puce est complexe, plus il est difficile d’estimer précisément quand elle sera prête. Or Blackwell est la puce la plus complexe que Nvidia ait jamais réalisée en grand volume», souligne l’analyste britannique, reconnu dans le secteur.
Parmi ces complexités, le processus d’assemblage de la puce, réalisé par TSMC à Taïwan pour Nvidia et qui varie beaucoup par rapport aux puces précédentes. En effet, au lieu d’être composé d’un seul morceau de silicium, l'architecture de cette “super puce IA” comprend deux processeurs graphiques avancés (GPU) liés ensemble grâce un délicat assemblage de silicium, de métal et de plastique. Le tout capable de résister à une puissance thermique de 1200W, contre 700W pour la H100. «Lorsque les serveurs tourneront à plein régime, les différents composants du GPU se dilatent à des vitesses différentes, ce qui pose des problèmes de longévité», explique Ian Cutress.
Réduire le taux de rebus en production
Dans un communiqué, Nvidia a déclaré avoir envoyé l’architecture Blackwell en test chez des clients et être en train de travailler «à une amélioration du rendement» sur la base de ces tests. À savoir le nombre de «bonnes puces» par quantité produite. Pour l’ensemble des analystes, ce retard ne devrait toutefois pas avoir de conséquences financières majeures pour Nvidia, qui garde une longueur technologique d’avance sur ses compétiteurs. «Le chiffre d’affaires de Nvidia sur le marché des puces est de 100 milliards de dollars en 2024, contre 4,5 pour AMD et 1 milliard pour Intel», pointe Ian Cutress. Dans un marché qui pourrait représenter 400 milliards de ventes annuelles d’ici 2030 selon les analystes.
Google, Microsoft et Meta, qui auraient déjà commandé chacun 400000 puces GB200 pour un coût dépassant les 10 milliards de dollars selon The Information, vont donc devoir prendre encore leur mal en patience pendant encore quelques mois. Les premières puces devraient être livrées courant 2025, suivie d’une montée en puissance des volumes. Avec, à la clé une consommation énergétique exponentielle.



