Retour au bureau, travail hybride ou 100% télétravail ? Des approches variées dans les grandes entreprises tech américaines

Des salariés d’Apple ont lancé une pétition contre une directive interne qui vise à les faire revenir au siège californien trois jours par semaine à partir de début septembre. L’épisode montre la nouvelle aspiration du travail à distance dans la tech, à laquelle les grandes entreprises américaines apportent des réponses différentes.

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Apple
Tim Cook souhaite faire revenir les salariés californiens d'Apple trois jours par semaine en présentiel.

A partir du 5 septembre, les salariés du siège californien d’Apple et de ses antennes alentour sont appelés à retourner au bureau trois jours par semaine. Les autres salariés tout autour du globe devraient suivre, potentiellement avec un calendrier différent. Mais tous ne l’entendent pas de cette oreille. Dimanche 21 août, un groupe d’employés de la marque à la pomme formé pendant la crise du Covid-19, Apple Together, a lancé une pétition en interne pour obtenir le droit à travailler à partir d’un emplacement flexible, comme le rapporte le Financial Times. Cette pétition est une nouvelle illustration du délicat équilibre recherché par les grandes entreprises de la tech pour travailler dans le monde d’après.

Mi-août, le directeur général Tim Cook avait précisé dans une note que les salariés devraient travailler dans les locaux du fabricant de produits électroniques les mardis et jeudis, ainsi qu’un autre jour à fixer avec les managers d’équipes. « [Nous] pensons que ce cadre revisité renforcera notre capacité à travailler de manière flexible tout en préservant la collaboration en personne si essentielle à notre culture », écrivait ainsi le dirigeant. Sachant que pour Tim Cook, des adaptations à ce « pilote » restaient envisageables.

Revendications des salariés

Apple tente de faire revenir ses salariés au bureau depuis juin 2021. Mais les poussées de contaminations au Covid-19 ont jusqu’ici retardé l’échéance. La presse américaine souligne que la dernière directive de Tim Cook comporte toutefois une évolution : le plan initial prévoyait un travail en présentiel les lundis, mardis et jeudis. « Cette directive uniforme en provenance de la direction ne prend pas en compte les exigences propres à chaque job, ni la diversité des individus », regrette Apple Together, qui se présente comme un "syndicat mondial et solidaire des salariés d’Apple", dans une publication relayée sur son compte Twitter.

Le groupe appelle le géant américain à autoriser ses salariés à discuter de leur mode de travail directement avec leur manager intermédiaire. Il insiste par ailleurs pour que les arrangements trouvés « ne nécessitent pas d’approbations à l’échelon supérieur, de procédures complexes ou de fournir des informations privées ». Selon Apple Together, cette flexibilité accrue est d’autant plus justifiée que les salariés ont « réalisé un travail exceptionnel » au cours des deux dernières années en étant à la fois en dehors et au sein des bureaux. Depuis février 2020, la valorisation boursière de leur groupe a approximativement doublé pour atteindre désormais 2 700 milliards de dollars. Sur la messagerie interne utilisée par Apple, plus de 10 000 salariés font partie d’un groupe de soutien en faveur du travail à distance, selon le Financial Times.

Airbnb et Spotify plus flexibles, Tesla moins

Pour l’instant, le fabricant d’iPhone et MacBook se montre ainsi moins permissif que d’autres entreprises comme Airbnb ou Spotify. En avril dernier, le président d’Airbnb Brian Chesky avait annoncé que ses employés pouvaient choisir de travailler depuis leur domicile ou au bureau – « en fonction de ce qui est le mieux » pour eux – en plus d’avoir la possibilité de travailler partout dans leur pays et même jusqu’à 90 jours par an dans 170 pays autour du globe. «Nous venons de connaître la période de deux ans la plus productive de l’histoire de notre entreprise en travaillant à distance», justifiait alors Brian Chesky. «Les entreprises seront significativement désavantagées si elles limitent leur vivier de talents seulement à un rayon autour de leurs bureaux», ajoutait-il. Depuis l’année dernière, les salariés de l'entreprise suédoise Spotify ont de leur côté le choix entre le 100% télétravail, le présentiel ou une combinaison des deux. La décision est quand même prise en lien avec le manager.

Cette vision du futur du travail ne paraît en revanche pas partagée par Elon Musk. En juin dernier, le cofondateur du constructeur automobile Tesla a battu le rappel de ses troupes de manière plutôt mordante. « Si vous ne vous pointez pas, nous supposerons que vous avez démissionné, a écrit Elon Musk dans un e-mail destiné aux salariés, selon l’agence de presse Reuters. Il y a bien sûr des entreprises qui n'ont pas besoin [du retour en présentiel], mais à quand remonte la dernière fois qu’elles ont expédié un nouveau produit génial ? Cela fait un moment. » Sa position semble toutefois s’être un peu infléchie depuis.

Les trois jours de présentiel délaissés chez Amazon

Chez Amazon, un scénario avec trois jours de présentiel par semaine avait un temps été envisagé comme chez Apple. Mais le nouveau PDG Andy Jassy a déclaré en octobre dernier que ces arrangements seraient finalement décidés équipe par équipe par les directeurs – qui supervisent entre 100 et 400 personnes – pour les métiers adaptés au travail à distance. Certaines équipes travaillent donc aujourd'hui complètement à distance, quand d’autres sont principalement dans les bureaux ou combinent les deux modes de travail.

Contacté par L’Usine Nouvelle, un salarié de l’équipe Imaging technology d’Amazon vivant à Seattle raconte ainsi être actuellement en 100% télétravail. « La seule contrainte est de pouvoir facilement revenir à son bureau quand on reçoit une notification pour une réunion 24 heures à l’avance », explique-t-il. Les salariés d’Amazon ont enfin la possibilité de travailler à distance quatre semaines par an depuis n’importe quel endroit dans le pays de leur contrat de travail.

Avec Anne-Sophie Bellaiche

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