Le 1er janvier 2022, la filière de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les produits et les matériaux de construction du secteur du bâtiment (PMCB) doit voir le jour. À l’heure où nous écrivions, le décret n’était toujours pas publié – seule une consultation publique, organisée par le ministère de la Transition écologique, s’est déroulée en juillet –, tout comme le cahier des charges des futurs éco-organismes. À défaut de pouvoir candidater pour obtenir un agrément, ceux-ci se mettent en ordre de bataille, à des rythmes plus ou moins avancés, avec des réponses différentes aux professionnels. L’Usine Nouvelle dresse un panorama de ces potentiels nouveaux acteurs.
Valobat
En juillet 2021, la création de Valobat était annoncée en grande pompe, dans une salle bien remplie. Présidé par Hervé de Maistre, précédemment directeur général d'Isover et Placo et dirigeant de l’Association française des industries des produits de construction, l’éco-organisme en devenir regroupait au début de l’été 26 membres fondateurs, dont Saint-Gobain bien entendu, Fayat Métal, Gerflor, Knauf Insulation, Legrand, Soprema, Rockwool, Schneider Electric, Nexans, Hansgrohe ou Tarkett. Le Syndicat français de la construction métallique s’est rallié à ce projet.
Valobat entend être le plus large possible en termes de matériaux (bois, matériaux inertes, menuiseries, parois vitrées et produits de construction connexes; construction métallique, équipements métalliques, plastiques rigides, membranes et isolants plastiques, plâtres et mortiers, produits contenant de la laine minérale, revêtements de sols). L’entreprise a déjà constitué un comité de direction, avec une directrice administration et finances, une directrice des relations adhérents, une directrice des ressources humaines, un directeur des opérations ainsi qu’un directeur des affaires publiques et des relations avec les collectivités locales.
Ecominero
Cet été, l’Union nationale des industries de carrières et des matériaux de construction (Unicem) faisait part de son souhait de créer un éco-organisme, afin de faire valoir la spécificité des matériaux de ses adhérents. L’Union nationale des producteurs de granulats (UNPG), la Fédération de l’industrie du béton, Routes de France, le Syndicat national du béton prêt à l’emploi, le Syndicat français de l’industrie cimentière, le Syndicat national des industries de roches ornementales et de construction ainsi qu’un groupement de producteurs de tuiles en terre cuite (dont la composition n’est pas communiquée) ont finalement annoncé la naissance d’Ecominero.
« L’idée de cet éco-organisme est de gérer collectivement les obligations des producteurs de produits minéraux. Les produits en fin de vie génèrent des déchets inertes, d’où l’idée de créer un éco-organisme dédié », soutient Mathieu Hiblot, secrétaire général de l’UNPG. Les producteurs de produits en béton, en terre cuite, en pierre de construction, à base de granulats, de ciment ou d’enrobés devraient ainsi trouver un interlocuteur spécifique pour leurs éco-contributions. Ecominero entend se montrer vigilant sur le tri entre les déchets du bâtiment, concernés par la REP, qui bénéficieront d’une reprise gratuite, et ceux issus des travaux publics, hors du champ.
Ecominero entend être un éco-organisme à la fois opérationnel et financier. « La grande majorité des opérations s’effectuera sur un modèle financier, mais nous collecterons aussi des déchets. Dans la filière minérale, il y a 2000points de collecte, un réseau que l’on compte intégrer dans un modèle financier. Le dispositif réglementaire va conduire à engager une discussion avec les collectivités et les opérateurs de déchets. Nous pourrons créer des points de reprise supplémentaires ponctuels, sur le chantier ou auprès des artisans », explique Mathieu Hiblot. Un délai de douze mois est prévu afin de soumettre ce maillage aux pouvoirs publics.
Éco-Mobilier
Ce nom n’est pas inconnu des acteurs du recyclage : créé fin 2011 et opérationnel depuis 2013, Éco-mobilier, initialement centré sur les meubles et les matelas, a élargi son périmètre pour se positionner comme un éco-organisme dédié à l’ensemble de la maison (cuisine, meubles, literie, jardin, salle de bain…), ainsi qu'aux textiles de décoration à partir de 2022. En 2021, 6 000 adhérents lui ont versé une contribution de 300 millions d’euros. Près de 1,2 million de tonnes de déchets sont collectées chaque année, « ce qui nous met à la première place en volume des éco-organismes opérationnels », précise Dominique Mignon, sa présidente.
« Nous sommes obligés d’aller sur la REP PMCB pour massifier la collecte », poursuit-elle. Dans la filière, les produits seront classés en deux catégories : d'une part, les produits et matériaux constitués majoritairement de minéraux, d'autre part, ceux qui ne le sont pas, dont les produits à base de métal, le bois, le le verre, le plastique, la laine, les textiles ou le plâtre. Si Éco-mobilier souhaite candidater sur les deux segments, le second l’intéresse plus particulièrement. L’éco-organisme collecte 700 000 tonnes de déchets de bois, un chiffre qu’il entend porter à 2 millions de tonnes avec la filière REP bâtiment. 500 000 tonnes sont redirigées vers l’industrie des panneaux de process.
« Nous pourrons proposer plus de contrats d’approvisionnement aux industriels. Nous avons besoin de proposer aux grandes surfaces de bricolage, qui sont déjà clientes chez nous, et aux négoces, une prestation globale », ajoute Dominique Mignon. Éco-mobilier met en avant son bilan dans les mousses (issues de matelas ou d’autres produits rembourrés) : depuis 2013, sept unités de traitement ont été lancées. En septembre 2021, une usine de recyclage chimique des mousses a été mise en service à Semoy (Loiret) chez Orrion Chemicals (1,2 million d’euros pour la contribution d’Éco-mobilier) : « Nous cherchons à autonomiser la France dans son industrie du recyclage. »
Valdelia
À partir de la fin novembre, Valdelia organisera une tournée dans sept villes françaises pour sensibiliser les professionnels à leurs nouvelles obligations dès janvier 2022… et faire connaître son offre. À l’instar d’Eco-mobilier, l’éco-organisme n’est pas un nouveau venu : il affiche huit ans d’expérience dans la collecte et le recyclage des déchets d’éléments d’ameublement non ménagers, avec 1 200 adhérents metteurs en marché (vendeurs, distributeurs, importateurs de mobilier professionnel neuf) au compteur.
Les réflexions sur la potentielle participation de Valdelia à cette nouvelle filière ont débuté en 2018. « Le principe directeur de notre action auprès des metteurs sur le marché est de proposer une démarche avant tout coopérative. Chez Valdelia, nous sommes des spécialistes du déchet et nous mettons notre expertise reconnue au service des professionnels du bâtiment pour faire de la REP PMCB une opportunité business et non une contrainte réglementaire », décrit son président exécutif, Arnaud Humbert-Droz.
Le secteur du bâtiment génère 42 millions de tonnes de déchets par an, dont 75% de déchets inertes (environ 30 millions de tonnes), 23% de déchets non dangereux non inertes (environ 10 Mt) et 2% de déchets dangereux, dont l’amiante.



