93 millions d'euros... L'amende infligée par l'autorité de la Concurrence aux entreprises de la charcuterie est salée. Au total, plus de douze industriels sont concernés parmi lesquels Cooperl, Agromousquetaires, Fleury Michon ou encore Savencia.
Entente sur les prix de la matière première
L'institution reproche aux entreprises de s'être coordonnées pour présenter un front commun lors de leurs négociations avec les abatteurs.
L'objectif ? Contrer les demandes de hausses de prix sur la matière première, voire obtenir des baisses de prix pour l’achat de celle-ci. "Concrètement, les charcutiers-salaisonniers se contactaient individuellement par téléphone avant le début des négociations avec les abatteurs, généralement le jeudi après-midi ou le vendredi matin, afin d’aboutir à une position commune de négociation", détaille l'autorité de la Concurrence dans son rapport rendu public le 16 juillet. "Entre 2011 et 2013, quatre groupes parmi les plus importants du secteur, soit les groupes Campofrio (qui commercialise notamment les marques Aoste et Jean Caby), Fleury Michon, Financière Turenne Lafayette (qui détenait les marques Paul Prédault, Madrange…) et Les Mousquetaires (groupe qui commercialise notamment la marque propre Monique Ranou), se sont entendus sur la variation hebdomadaire du prix du jambon sans mouille".
La filière porcine s'était déjà retrouvée dans le collimateur de l'institution. En février 2013, celle-ci avait condamné à 4,5 millions d'euros d'amende cinq abattoirs bretons pour avoir "diminué de façon coordonnée leurs abattages de porcs" dans le but d'impacter, à la baisse, les prix payés aux éleveurs.
Coordination sur les prix à la vente
Les industriels s'entendaient également "pour arrêter une position commune sur les hausses de prix des produits de charcuterie qu’ils entendaient pratiquer auprès de la grande distribution pour leurs marques de distributeurs (MDD) ou marques "premiers prix", précise l'autorité de la Concurrence. "Ces échanges ont eu lieu (...) au travers de multiples échanges téléphoniques bilatéraux ainsi que lors d’au moins six réunions multilatérales secrètes entre concurrents (...) au cours desquelles un "tour de table" était réalisé, enseigne par enseigne, sur le positionnement de chaque concurrent, la hausse de tarifs en cours ou souhaitée, et les résultats obtenus auprès des distributeurs", ajoute l'institution.
D’avril 2010 à avril 2013, elle accuse ainsi les industriels de Campofrio, CA Animation, Coop, La Financière du Haut Pays, Financière Turenne Lafayette, Savencia, Sonical et Salaisons du Mâconnais de s'être entendus sur les produits de charcuterie crus/secs. De juillet 2010 à juin 2012, ce serait Aubret, Campofrio, Cooperl Arc Atlantique, FTL, Les Mousquetaires, Nestlé et Roullier qui auraient négocié entre eux les prix des produits de charcuterie cuits.
30 millions d'euros d'amende pour la Cooperl et Agromousquetaires
La coopérative agricole Cooperl et le groupe Agromousquetaires (bras armé industriel du distributeur Intermarché) sont les deux industriels les plus lourdement sanctionnés avec une amende s'élevant, pour chacun, à plus de 30 millions d'euros. Fleury Michon, quant à lui, écope de 14 millions d'euros.
Campofrio (marques Aoste et Jean Caby) et Coop, les deux entreprises qui ont révélé ces pratiques via la procédure de clémence, ont reçu des amendes réduites de respectivement 1 million et 6 millions d'euros.
"Une manipulation", dénonce la Cooperl
Dans un communiqué, la coopérative bretonne Cooperl dénonce une manipulation. "Cette décision sanctionne de manière extrêmement lourde un groupe coopératif sur la base d'éléments aussi faux que calomnieux qui ont été créés de toutes pièces par un groupe concurrent". Le groupe met notamment en cause une investigation qui serait basée sur "un seul élément". Cooperl fait ici référence au carnet du directeur commercial de la société Aoste. Pour la coopérative, ce document est "un faux tant dans la forme que dans le fond" qui "constitue l'instrument d'une véritable escroquerie au jugement".
La coopérative agricole ainsi que Fleury-Michon ont annoncé d'ores et déjà leur intention de faire appel de cette décision.



