Les délais de livraison des aciers en Europe se sont sévèrement allongés, c’est incontestable. Les industriels qui n’ont pas de contrat d’approvisionnement longue durée mais achètent spot, de gré à gré, ont vu dangereusement fondre leurs stocks. Ils ont aussi découvert qu’ils n’étaient pas prioritaires, les aciéristes servant d'abord leurs clients détenteurs de contrats. Les alertes se multiplient dans la mécanique, l’emballage, la sous-traitance et la construction. Des usines sont menacées de mise à l’arrêt faute d’acier à transformer.
Au même moment, les prix des métaux explosent. Les bobines d’acier laminé à chaud ont gagné « près de 80 % depuis leur point bas du mois d’août 2020 », résume Alain William, analyste mines et métaux chez Oddo BHF. La tentation est donc grande de faire un lien direct et inconditionnel entre ces deux phénomènes, qui pèsent sur la production des transformateurs de métaux.
Hausse des cours des matières et du transport
Une part de ces hausses de prix n’est pas imputable à la lenteur du redémarrage de la production dans la sidérurgie. Elle est liée à la hausse des cours des matières de base (minerai de fer depuis les arrêts de production chez Vale, charbon sidérurgique) et à celle des métaux d’alliage comme le cuivre et le nickel. Elle s’explique aussi, en partie, par l’explosion des prix des conteneurs pour le transport maritime, dont l’indisponibilité a restreint les exportations de cathodes de cuivre du Chili par exemple. Reste qu'ArcelorMittal a divisé sa perte par trois l’an dernier malgré une chute de 25 % des volumes vendus, et que son concurrent autrichien Voestalpine, qui refuse des clients, vient d’enregistrer son premier trimestre dans le vert de l’exercice, tout comme l’allemand Thyssenkrupp. Tout le produit de la hausse des prix de l’acier ne part pas dans les coûts d’approvisionnements.
Retards au (re)démarrage
La sidérurgie a mis du temps à redémarrer les hauts-fourneaux – trois en France, une dizaine en Europe – arrêtés faute de demande, au printemps 2020, au plus fort du confinement. Ses clients évoquaient alors des forces majeures pour suspendre leurs engagements d’achats, ce à quoi les aciéristes se sont adaptés. Lorsqu’à l’automne, la reprise s’est confirmée dans la mécanique, la sous-traitance, tandis que l’emballage et l’électroménager n’avaient pas faibli… les aciéristes ont hésité. Parce que leurs clients avaient commencé par réduire leurs stocks, avant de repasser commande. Mais surtout parce qu’un haut-fourneau est un équipement industriel lourd, qui « ne se redémarre pas comme une mobylette », rappelle Bruno Jacquemin, délégué général de l’Alliance des minerais, minéraux et métaux (A3M).
Les sidérurgistes avaient besoin de visibilité sur la solidité de cette reprise, avant de se lancer dans une opération de plusieurs semaines, exigeant des réglages et contrôles multiples, et sur laquelle on ne revient pas en arrière. Sur les trois hauts-fourneaux d’ArcelorMittal arrêtés en mars 2020, l’un a redémarré en août et l’autre en décembre à Dunkerque (Nord). Celui de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) a été relancé en septembre. Mais la production n’est pas encore revenue à pleine capacité.
Quelques bonnes nouvelles, quand même, pour les transformateurs. Les analystes du Platts, tout comme Oddo BHF, affirment que les prix des aciers sont en voie de stabilisation. Et A3M que les retards de livraison devraient se résorber d’ici à l’été, quand les utilisateurs se projetaient déjà au second semestre. La moins bonne nouvelle, c'est que les cours de nombre de métaux industriels, d'alliage et précieux vont, eux, continuer à monter, en raison de déficits plus structurels. Mais ça, c'est une autre histoire...
Pour en savoir plus:



