Portrait

[Prix de l’ingénieur manager 2021] Franck Ferrer soude les équipes de Naval Group

Franck Ferrer, directeur des programmes de services de Naval Group, a piloté plus de 300 collaborateurs pour réparer le sous-marin « Perle ».

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Franck Ferrer
Franck Ferrer, le directeur des programmes de services Naval Group, a su mobiliser l'énergie de 300 collaborateurs lors d'un chantier titanesque.

Franck Ferrer se souviendra longtemps du 12 juin 2020. Ce matin-là, à la base navale de Brest, le directeur des programmes de services de Naval Group apprend la réussite du tir d’essai du missile stratégique à partir du sous-marin Téméraire. Mais le soulagement laisse rapidement place à l’effondrement : un incendie est en train de ravager le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Perle, à Toulon, alors en réparation.

C’est à Franck que l’on confie la mission d’évaluer les dégâts et de réparer, si possible, ce navire en service depuis 1993. Très vite, il mobilise les troupes. « J’ai dit aux équipes concernées que j’étais fier du travail déjà réalisé et qu’on serait certainement fiers du travail qu’on ferait pour réparer le Perle », se souvient cet ancien élève de Polytechnique, docteur en physique des solides, qui garde à 49 ans une allure sportive.

Donner du sens à l’action de chacun

Avec ses équipes, Franck Ferrer imagine l’impensable : la renaissance de Perle passera par la jonction de sa partie arrière, intacte, avec la partie avant d’un autre SNA, Saphir, en cours de démantèlement. Un jeu de Lego jamais vu chez Naval Group, un défi technologique historique qui met en jeu l’un des objets fabriqués par l’homme les plus complexes au monde. Mais Perle est entre de bonnes mains. En vingt ans chez Naval Group, Franck Ferrer a travaillé aussi bien dans la conception que dans la maintenance des sous-marins, notamment en tant que directeur du programme des SNA de 2015 à 2019 pour la branche services.

Il prend la tête de 300 personnes, dont certaines viennent de Toulon, Cherbourg et Nantes, pour s’atteler à la tâche. Son mantra pour piloter son équipage : « Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. » Ses collaborateurs connaissent par cœur sa phrase fétiche. Il est persuadé qu’il faut donner du sens à l’action de chacun, donner un cap. C’est comme ça qu’il a pu assurer tous ces transferts. Pas à pas, l’inconcevable se réalise. Découpe des sous-marins, soudage des coques, raboutage de centaines de câbles et de collecteurs représentant quelque 2 000 connexions… Au bout de 350 000 heures de travail, reposant sur l’utilisation de plus de 2 000 plans et documents, ainsi qu’un jumeau numérique de la zone de jonction, Perle ressuscite.

Tout au long du projet, Franck Ferrer s’assure que la logistique suit. Il met en place des navettes aériennes pour ramener tous les week-ends les collaborateurs qui le souhaitent auprès de leur famille. Pour conserver l’élan initial, il échelonne son chantier avec des jalons très proches, de l’ordre de la semaine ou du mois. « Ce calendrier serré permet de marquer les petits succès, confie-t-il. Cela crée une dynamique positive. » Le 31 octobre dernier, après avoir été réparé, Perle a pu retrouver son port d’attache à Toulon. Et peut remercier Franck Ferrer d’avoir organisé cette greffe historique lui permettant d’entamer sa deuxième vie avec sérénité.

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