La pandémie de Covid-19 a mis au grand jour les failles de la production pharmaceutique en France. L'Hexagone demeure un grand producteur de médicaments, figurant au quatrième rang européen. Mais ses usines sont surtout positionnées sur la seconde partie des productions : celle de formulation et de conditionnement des produits. Cette activité reste fortement dépendant de la première étape, celle de la fabrication des principes actifs, donc des molécules qui soignent.
Or, ces productions ont été délocalisées depuis une vingtaine d’années, au profit de pays comme la Chine et l'Inde. Face à la crise liée au Covid, pénuries et tensions d’approvisionnement se sont accélérées. Certains anciens médicaments essentiels ont parfois manqué pendant la première vague en 2020. Ce manque de souveraineté française, et aussi européenne, est au cœur des enjeux de santé.
Un autre enjeu crucial est celui de l’avenir de l’industrie pharmaceutique, avec l’accélération du développement des molécules biotechnologiques : les biomédicaments. Ceux-ci promettent des solutions thérapeutiques majeures face aux maladies graves, chroniques et rares. La France accuse déjà un certain retard dans le domaine, malgré la qualité de la recherche sur le territoire. Sur le sujet, Emmanuel Macron a déjà affiché l'ambition de placer la France parmi les leaders mondiaux. Reste que les deux candidats en lice pour le second tour de l'élection présidentielle 2022 n’ont pas vraiment été diserts sur ces sujets.
Sur la relocalisation, une volonté commune
Marine Le Pen et Emmanuel Macron se positionnent sur une ligne identique en matière de production de médicaments : la première veut la « rapatrier », le second, la « relocaliser en France ». Mais aucun des deux candidats n’est allé vraiment plus loin dans son programme ou ses déclarations depuis le début de la campagne. En tant que président, le candidat LREM a toutefois enclenché une multitude de programmes de soutien à la relocalisation pharmaceutique.
Dans l’appel à projets (Re)localisations dans les secteurs critiques, le volet santé comptabilise 128 projets lauréats. Ces initiatives représentant un total de 561 millions d’euros d’investissements productifs, soutenus par 158 millions d’euros d’aide de l’Etat, avec 4 550 créations d’emplois à la clé. Selon les données du ministère en charge de l’Industrie, 18 de ces projets industriels se concentrent sur la relocalisation ou le développement en France de la production de 35 principes actifs, et aussi d’intermédiaires. A travers le programme France Relance, sur 30 médicaments qui ont subi des tensions pendant la première vague de la pandémie, 24 « ont vu toutes, ou une partie, de leurs étapes de fabrication en cours de relocalisation sur le territoire », précise un rapport du 17 février 2022.
20 biomédicaments pour Macron, Le Pen évasive
Sur les productions pharmaceutiques de demain, le programme d’Emmanuel Macron comprend l’objectif de « développer 20 biomédicaments et biotechnologies (notamment contre les cancers) ». Cet objectif n’est pas nouveau : le chef de l’Etat l’avait annoncé le 12 octobre 2021 dans le cadre de France Relance 2030. Il était même plus précis, car il s’agissait d’un objectif de 20 biomédicaments produits sur le territoire français à l’horizon 2030.
Début janvier 2022, le gouvernement a annoncé une enveloppe de 800 millions d’euros pour soutenir le développement et la production de médicaments biotechnologiques et de biothérapies en France. Le président sortant peut aussi surfer sur les milliards d’investissements étrangers annoncés au cours de son quinquennat. La dernière édition de Chose France 2022 comptabilise plus de 800 millions d’euros de perspectives d’investissements en production, R&D, transition numérique et écologique de la part de six grands laboratoires internationaux comme Pfizer, BMS, Merck et GSK.
Sur ce sujet des futures productions pharmaceutiques, le programme de Marine Le Pen se résume à la volonté d’investir dans les technologies de santé. La candidate du RN ne présente pas de chiffrage ni d'objectif plus précis en la matière.
Un soutien aux entreprises partagé
La candidate du Rassemblement national est en revanche plus diserte sur le soutien aux entreprises, qui dépasse le simple cadre de la santé. Son programme évoque le besoin de diminuer fortement les impôts de production pour les TPE, PME et ETI, d’accorder « une priorité d’accès aux marchés publics à ceux qui produisent en France », en utilisant « la commande publique comme un levier ». Marine Le Pen prône « le patriotisme économique et le localisme » pour les futurs investissements et promet de rompre « avec les traités déloyaux de libre-échange promus par Emmanuel Macron » et de refuser « d’appliquer les dogmes absurdes de l’Union européenne empêchant de mener une politique industrielle ».
Emmanuel Macron ne présente pas non plus de dispositif spécifique pour les producteurs pharmaceutiques en France. Il évoque simplement, tous secteurs confondus, sa volonté s'il est élu de continuer à baisser les impôts de production. Son programme évoque aussi la nécessité de « réviser la politique d’achat de l’État : l’objectif prioritaire sera d’acheter local, plutôt que d’acheter toujours moins cher, pour développer l’innovation et les filières françaises ». Côté bilan présidentiel, sur les 7,5 milliards d’euros du plan Santé engagé depuis juin 2021 jusqu’en 2025, 3,5 milliards d’euros doivent être consacrés au soutien de l’industrialisation de produits de santé et pour accompagner la croissance des entreprises du secteur.
L'innovation en pharma, oubliée des programmes
Aucun des programmes ne comporte les termes d'innovation ou de recherche en matière de santé. Marine Le Pen évoque la constitution d’un fonds souverain qui devra permettre de « redonner à la recherche fondamentale, à la recherche-développement et à l’innovation, les moyens humains et matériels qui permettront de replacer la France dans le peloton de tête des grandes nations technologiques ».
Emmanuel Macron évoque de son côté un « pacte productif » pour gagner « en force et en indépendance économiques » avec un volet sur « l’investissement dans la recherche et l’innovation ». Mais sans citer la santé, lui préférant « le nucléaire, les batteries, l’hydrogène, les énergies renouvelables, l’avion bas carbone, le cyber, le métavers, l’agriculture du XXIe siècle et les industries créatives ». Là encore, il pourrait bien chercher à capitaliser sur son quinquennat. Dans le plan Santé, l'exécutif actuel entend consacrer un milliard d’euros pour renforcer les capacités de la recherche biomédicale, 2 milliards d’euros pour investir dans les biotechnologies, la santé numérique et les maladies émergentes, et 500 millions d’euros pour le soutien à la maturation de technologies et aux essais cliniques.



