Comment l’industrie pharma veut placer la santé au cœur des campagnes électorales

Les Entreprises du médicament (Leem) réclament encore plus de soutien public à la fois pour l’industrialisation et la recherche, avec l’ambition de faire de la France un leader européen. 27 propositions sont sur la table à destination des candidats aux élections présidentielles et législatives.

Réservé aux abonnés
Guerbet site de production d'Aulnay
L'industrie pharmaceutique en France a l'attention et le soutien des pouvoirs publics, mais en réclame davantage dans un environnement complexe.

En ces temps de crise sanitaire, la santé s’est dénichée une place de choix dans le débat public. Le recours à de vieux médicaments fiables pour amortir les vagues épidémiques, l’arrivée massive de vaccins en des temps record, et l’apparition graduelle de traitements contre le Covid-19, ont redoré l’image de l’industrie pharmaceutique. Dans le cadre des vœux du Leem (les Entreprises du médicament), jeudi 13 janvier, Frédéric Collet, le président, a salué le « regard sur notre industrie » qui « a changé brutalement », avec désormais des « indicateurs de confiance dans le médicament et le vaccin (qui) n’ont jamais été aussi élevés ».

L’opinion et les pouvoirs publics ont saisi l’importance de la « souveraineté sanitaire de la France, sujet quasi ignoré avant la crise », se félicite le représentant du Leem. Frédéric Collet se félicite de la « prise de conscience, désormais largement partagée, du caractère stratégique de notre secteur, en tant qu’acteur de santé », mais aussi en tant « qu’acteur économique, du fait que, dans l’avenir, plus aucun pays ne pourra prétendre à être une grande puissance économique, si, dans le même temps, il n’est pas doté d’une industrie de recherche et de production en santé puissante ».

Le gouvernement a sorti le chéquier

Ces derniers mois, le gouvernement s’est démené sur le front de la santé. Et a sorti le chéquier dans les grandes largeurs. Plusieurs enveloppes de centaines de millions d’euros ont abondé, en subventions et en prêts renouvelables, de multiples investissements sur le territoire. Il a pu s'agir de projets industriels pour des médicaments ou des vaccins permettant de lutter contre la pandémie, ainsni que d’initiatives pour relocaliser certaines productions stratégiques.

L’an dernier, l’instauration du Plan santé innovation 2030 s'est traduit par une enveloppe de 7,5 milliards d’euros dédiée au secteur, dont 1 milliard pour muscler la capacité de recherche biomédicale, 2 milliards pour les investissements de la santé de demain (biotechnologies, numérique et maladies émergentes), et 3,5 milliards pour l’industrialisation. Il y a quelques jours, est venue s’ajouter une enveloppe de 800 millions d’euros pour les biothérapies et la bioproduction. En parallèle, l’industrie pharmaceutique a aussi bénéficié des baisses d’impôts de production, et a connu quelques avancées pour faciliter l’accès plus précoce à de nouveaux médicaments.

Aujourd’hui, l’industrie pharmaceutique a bien le vent en poupe. Et le secteur relancerait bien encore un peu de toile tant que les vents sont favorables. Surtout à l’heure d'une grande échéance électorale. Le Leem a concocté un menu en 27 propositions, adressé le jour même à toutes les équipes de campagne, avant de futurs entretiens avec les candidats. Il serait dommage que le prochain gouvernement, quel qu’il soit, vienne changer de cap. Le Leem a aussi relancé son site de « santé candidate » qui permet de retrouver toutes les propositions des candidats en matière de santé et de les comparer.

Soutien financier, législatif et administratif

Les propositions s’articulent en quatre grands axes qui réclament tous un soutien public, d’ordre financier, législatif et administratif. Le premier porte sur l’ambition de « faire de la France le leader européen du médicament en soutenant massivement la recherche et l’innovation ». Le Leem demande plus d’efforts pour la recherche, et plus de mécanismes de financement pour l’innovation et la santé numérique. Deuxième objectif : faire du secteur un « fer de lance de la réindustrialisation », en développant une politique fiscale plus attractive pour consolider le tissu industriel, aider à la relocalisation de certaines productions, rendre le pays attractif pour les productions des médicaments de demain, et accompagner l’émergence de nouveaux métiers.

Troisièmement, le Leem rêve d’une France championne d’Europe de l’accès des patients aux médicaments, ce qui nécessiterait d’améliorer les parcours réglementaires pour accélérer encore les accès précoces aux innovations thérapeutiques, et d’alléger la compression des dépenses de santé, qui pèse sur la croissance du secteur. Enfin, le dernier objectif vise à mettre en place une gouvernance simplifiée du médicament. Frédéric Collet appelle à « doter la France d’une politique du médicament servie par une organisation administrative agile et mieux coordonnée », en lieu et place du « nombre excessif d’opérateurs administratifs dans le champ du médicament et leur non-coordination [qui] aboutit à de la non-décision et donc à une inefficience chronique ».

Plus de 9 milliards investis en 2020

Alors que les pouvoirs publics ont nettement soutenu le secteur ces derniers mois, le Leem se montre-t-il trop gourmand ? A première vue, on pourrait le penser. Mais certains faits et arguments penchent de l'autre côté de la balance. Le secteur a augmenté de 17% ses investissements en production et recherche en France, à un peu plus de 9 milliards d’euros, en 2020, en pleine pandémie. Et a augmenté de 11 000 salariés ses effectifs en 2021, malgré une croissance de seulement 0,5%, selon les données du Leem.

Par ailleurs, certains constats sont inquiétants. Frédéric Collet fustige un « budget du médicament laissé exsangue par plus d’une décennie de régulation totalement disproportionnée », arguant qu’en conséquence, « la France est le seul des cinq grands pays européens à avoir connu une récession de son marché entre 2016 et 2019 ». « Avec les prix nets les plus bas des cinq grands marchés, les délais d’accès les plus longs, comment convaincre nos maisons-mères de faire le choix de la France ? » lance-t-il.

Le tissu de PME en danger ?

Un argument d'importance à l'heure où les avancées dans les biotechnologies vont multiplier les mises sur le marché de médicaments et les besoins en production. Le président du Leem rappelle aussi que les PME et TPE « représentent plus du tiers des entreprises du secteur », en particulier pour la sous-traitance et la production de produits matures. Et que ce sont aussi « celles qui souffrent en premier lieu des politiques de régulation excessives que nous avons subies depuis plus d’une décennie ». Assurant même que « tout un tissu industriel de petites et moyennes entreprises de santé est aujourd'hui menacé de disparaître », car trop vulnérable face aux exigences administratives et au poids fiscal pesant sur le secteur.

Ces arguments ne sont pas nouveaux. A l’automne, Didier Véron, président du G5 Santé - qui représente les grands laboratoires français -, déplorait que « depuis dix ans, les baisses de prix annuelles sur le médicament s’étalonnent autour d’un milliard d’euros et abîment le tissu industriel en France ». Dans les faits, l’Hexagone a bien perdu du terrain sur ses voisins européens. En 2020, la France a réussi à remonter sur le podium des meilleurs pays en Europe pour la recherche clinique, mais elle ne se maintient qu’au quatrième rang européen en termes de production, derrière la Suisse, l’Allemagne et l’Italie. Il y a une quinzaine d’années, elle était leader. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.