Emmanuel Macron, le président de la République, a fixé en octobre un objectif de 20 biomédicaments produits en France dès 2030, contre 3 aujourd’hui. L’ambition est de positionner la France comme un leader des médicaments biologiques issus des biotechnologies, c’est-à-dire basés sur l’utilisation du vivant, et non de la chimie, pour produire des molécules thérapeutiques d’intérêt. Ce qui regroupe la thérapie génique, les thérapies cellulaires, l’ingénierie tissulaire ou encore des anticorps complexes, qui permettent de traiter des pathologies graves, en premier lieu les cancers, et les maladies rares. Pour y parvenir, le gouvernement a dévoilé le 7 janvier une enveloppe d’environ 800 millions d’euros pour soutenir le développement en France de biothérapies et de la bioproduction, donc le réseau industriel capable de produire ces médicaments parfois extrêmement complexes.
Au ministère en charge de l’Industrie, un porte-parole rappelle qu’actuellement «la France et les pays européens sont très dépendants de l'extérieur en important 95% des biomédicaments». En parallèle, c’est un marché colossal qui est en pleine croissance. Selon le gouvernement, il était valorisé à près de 200 milliards d’euros pour 2019, soit 24,3% du marché mondial du médicament, avec une perspective de 320 milliards d’euros d’ici 2025, soit une croissance de 8% à 9% chaque année. Pour la production en France de biomédicaments, si l’objectif est de 20 en 2030, un intermédiaire de 8 dès 2025 est ambitionné, indique-t-on du côté de Bercy.
Une licorne et cinq ETI en biotech
D’autres cibles chiffrées sont en vue. Le gouvernement vise à doubler le nombre d’emplois dans le secteur en passant à 20 000 postes dès 2025, et à faire émerger, parmi les biotechs implantées en France, une licorne et cinq entreprises de taille intermédiaires. Quatre thématiques sont retenues pour axer le développement des biothérapies et de la bioproduction. D’abord les biotechnologies pour lutter contre les cancers, comme les anticorps monoclonaux et les cellules Car-T qui permettent de cibler des cellules malignes dans des leucémies ou lymphomes. Le deuxième volet porte sur la thérapie génique et les thérapies cellulaires, des technologies de pointe dans les maladies rares.
Objectifs industriels
Les deux autres volets sont orientés production. D’abord avec des efforts dans le domaine des systèmes biologiques de production, comme les bioréacteurs, et dans le développement d’unités de production plus performantes et d’outils d’optimisation des procédés et des systèmes de culture de cellules. Sur le plan industriel, les objectifs visent clairement à renforcer les moyens de production en France, encore trop peu nombreux, à la fois en termes de capacités mais aussi en termes d’efficacité pour améliorer les rendements, encore trop faibles, et réduire les coûts, encore trop élevés.
800 millions d'euros en trois volets
L’enveloppe de 800 millions d’euros annoncée jusqu’en 2025 se décline elle aussi en différents volets. Environ 300 millions d’euros sont programmés pour un appel à projets dans l’innovation en biothérapies. Ouvert dès à présent pour plus d’un an, jusqu’au 21 novembre 2023, il est dévolu aux entreprises et consortium qui travaillent sur des biothérapies et des outils pour accélérer leurs développements, avec des axes prioritaires en santé humaine mais aussi animale, et en R&D. Le ministère précise que les projets « visant l’indication oncologie, traitant de thérapie génique et cellulaire ou encore les projets d’organoïdes comme outils de test, de développement d’outils de modélisation/simulation permettant de qualifier une biothérapie ou de diagnostic compagnon pour la stratification de patients » sont «particulièrement attendus».
Seront ensuite lancés un appel à projets d’innovation en bioproduction, qui pourrait être doté de 280 millions d’euros, et destiné à «améliorer les processus industriels», puis une enveloppe de «150 à 250 millions d’euros», selon un porte-parole du ministère, pour financer des projets d’industrialisation en bioproduction.
Besoins en formation
En parallèle de ces efforts, le gouvernement prévoit un programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR)de 80 millions d’euros, qui sera piloté par l’Inserm et le CEA. Avec toujours l’objectif de développer les biothérapies et accélérer leur industrialisation. Toujours en parallèle, est aussi engagé un volet formation et compétences. Un appel à manifestation d’intérêt «Compétences et métiers d’avenir» a été ouvert en décembre dernier pour soutenir la mise en place de nouveaux cursus et formations en bioproduction, dans les domaines scientifiques mais aussi techniques et de l’ingénierie.



