Pourquoi Viessmann vend son activité pompes à chaleur à son principal concurrent

Alors que l’Allemagne veut inciter les ménages à s’équiper en pompes à chaleur, elle voit l’un de ses fleurons en la matière passer sous pavillon américain. Une décision justifiée par Viessmann par la consolidation inéluctable sur ce marché en plein boom.

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usine Viessmann Allendorf
L'Allemagne voit l'un de ses fleurons dans la fabrication de pompes à chaleur passer sous pavillon américain... mais les usines allemandes devraient être, pour un temps, préservées.

Détenue par la même famille depuis 106 ans, l’entreprise allemande Viessmann, basée à Allendorf (Hesse), a confirmé la vente de sa division "solutions climatiques", qui représente 85 % de son activité, à son concurrent Carrier Global, installé en Floride. La transaction s’élève à 12 milliards d’euros, dette comprise, payés en cash et sous forme d’actions Carrier.

Un montant astronomique pour une entreprise réalisant 4 milliards de chiffres d’affaires, justifié par le positionnement de Viessmann dans la fabrication des pompes à chaleur, un segment très prometteur. Carrier estime ainsi que le marché européen devrait tripler ces cinq prochaines années, passant de 5 à 15 milliards d’euros en 2027. Il espère aussi réaliser 200 millions d’euros d’économies annuelles grâce aux synergies entre la division de Viessmann et ses propres équipes. « La fusion créera un leader incontesté du marché résidentiel et commercial en Amérique du Nord et en Europe, a justifié l’Américain dans un communiqué. Carrier et Viessmann Climate Solutions généreront un chiffre d’affaires total de plus de 17 milliards de dollars avec environ 45 000 employés ».

De plus, comme outre-Rhin, l’installation du matériel de chauffage doit obligatoirement être réalisée par des installateurs formés et agrées par les fabricants. Carrier prend de fait le contrôle d’un réseau de 25 000 installateurs dans 25 pays. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché : il s’est acheté un nom et une réputation. «Pour les consommateurs, Viessmann est une marque iconique, la Mercedes du chauffage», s’est réjouit David Gitlin, PDG de Carrier.

Décision controversée

Du côté de la classe politique, l’opération provoque cependant des remous. Elle intervient en effet une semaine après que le gouvernement a annoncé l’interdiction de la vente des chaudières au gaz ou au mazout à partir de 2024. Tout nouveau système de chauffage devra fonctionner à 65 % d’énergie renouvelable et Berlin vise l’objectif de 500 000 pompes à chaleur installées annuellement, un programme qui sera subventionné par l’Etat à hauteur de plusieurs milliards d’euros par an.

Alors pourquoi une telle décision de la part de Viessmann, entreprise pourtant prospère ? «Nous sommes convaincus que le marché des solutions de climatisation va radicalement changer, a justifié Max Viessmann, PDG du groupe depuis 2022. Les pompes à chaleur ne sont plus une solution de niche et la consolidation sera à l'avenir un facteur important de réussite». Autrement dit, pour l’Allemand, le rapprochement avec un autre géant du secteur était inéluctable pour lutter contre les concurrents asiatiques, comme Daikin, Mitsubishi, Midea et Samsung, déjà capables de produire en grande quantité et à des prix très compétitifs.

Pour autant, certains craignent que l’histoire de la Solar Valley ne se répète. Avant les années 2010, les Allemands étaient leaders dans la fabrication de panneaux solaires. Ensuite, peu soutenu par les pouvoirs publics, le secteur, une fois mature, avait été racheté puis laminé par la concurrence asiatique. Dix ans plus tard, alors que le pays veut développer massivement les énergies renouvelables, il tente de réduire sa dépendance aux fournisseurs chinois mais peine à relocaliser la production sur son territoire.

De fait, le patron du groupe américain s'est efforcé d'apaiser les craintes des 10 500 employés de la division Viessmann Climate Solutions. «Nous ne venons pas pour fermer des usines, bien au contraire, a assuré David Gitlin. Nous venons pour investir en Allemagne». L’accord de rachat comprend plusieurs garanties : les licenciements pour raisons opérationnelles seront exclus pendant trois ans, les principaux sites de production, de recherche et de développement seront conservés pendant cinq ans et le siège social sera maintenu à Allendorf pendant 10 ans. Au-delà, les deux groupes comptent sur l’explosion de la demande pour assurer la croissance de leur activité et de leurs capacités de production.

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