C’est un des débats qui pourrit les relations entre la France et l’Allemagne. Malgré deux accords signés entre les dirigeants des deux pays le 25 novembre à Paris et le 23 janvier en Espagne, «qui reconnaissent l'importance de l'hydrogène bas carbone, c’est-à-dire l'hydrogène produit avec de l'énergie nucléaire, y compris dans les objectifs européens», selon les termes d'Agnès Pannier-Runacher jeudi 2 février, lors d’un échange avec la presse, la France n’est pas sûre du soutien de ses voisins allemands et espagnols dans les discussions en trilogue sur la directive RED III sur les renouvelables.
L’Europe ne veut en effet que de l’hydrogène vert pour remplacer les fossiles. «Il existe un vrai risque aujourd'hui à ce que les discussions à Bruxelles aboutissent à imposer des objectifs très élevés d'hydrogène renouvelable pour l’industrie, avec 42% en 2030 et 60% en 2035, sans prendre en compte la part d'hydrogène qui peut être produite à partir d'électricité d'origine nucléaire», alerte la ministre française. La même logique serait à l'œuvre pour l'hydrogène dans les transports, avec des objectifs européens de 2,6% en 2028 et 5,7% en 2030.
L'hydrogène vert importé serait moins cher
Avec un mix électrique composé encore à 70% de nucléaire, et un retard chronique sur le déploiement des énergies renouvelables, sans parler d'une loi d’accélération qui pourrait ne pas réellement améliorer les choses, la France pourrait ne jamais atteindre ces objectifs. Quand des pays comme l’Espagne s’apprêtent à produire massivement de l’hydrogène vert solaire très compétitif à 2,5 euros le kilo pour l'industrie, ou que le Danemark investit pour exporter vers ses voisins européens de l'hydrogène maritime produit en mer du Nord avec les éoliennes en mer, la France ne mise depuis le début que sur une production locale de l’hydrogène avec de l’électricité du réseau, au plus près des usages. Or, une étude d'Aurora Energy Research vient de démontrer qu’importer de l’hydrogène vert, du Maroc par exemple, pourrait être moins cher à l’horizon 2030.
Dans l'incertitude, malgré les milliards d’aides d’État annoncés pour construire ses giga-factories d’hydrogène vert et les usines d’équipements nécessaires pour ne pas à nouveau dépendre des produits chinois, les industriels gèlent leurs décisions finales d'investissement. La France doit encore démontrer sa capacité à produire de l’électricité décarbonée en quantité suffisante et à coût maîtrisé sur le long terme, qu’elle soit nucléaire ou renouvelable. Si les signatures de contrats long terme bidirectionnels ou PPA (purchase per agreement) entre producteurs et entreprises se multiplient dans les renouvelables, les capacités de solaire et d’éolien en France sont trop limitées pour qu'ils soient généralisés. Ils sont de toute façon bien loin d'être suffisants pour absorber une production d’hydrogène vert en plus des besoins actuels, sans construction d'actifs dédiés.

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De plus, la production du parc nucléaire français décroît, avec le vieillissement des réacteurs, et leur prolongation au-delà de 50 ans n'est pas sûre. Sans parler des nouveaux EPR, dont le financement n'est pas connu et qui n'entreront en service au mieux qu'à partir de 2037... Ou de la réforme du marché de l’électricité en Europe, tout juste lancé par la Commission, qui devrait avoir aussi un impact sur le coût de production de l'hydrogène bas carbone.
Il y a urgence à décarboner les transports
Il n’y a que sur le volet transport que le plan hydrogène français avance vraiment, comme cela a pu être constaté lors du dernier salon Hyvolution, qui s’est tenu à Paris les 1er et 2 février. Les nouveaux véhicules utilitaires à pile à combustible de la coentreprise Hyvia, entre Renault et l’américain Plug, tout juste homologués, s’y partageaient la vedette avec les camions rétrofités d’E-Neo ainsi que les stations de charge rapide d’hydrogène du français HRS, qui engrange les contrats - auprès de Plug notamment.
La majorité des annonces sur le salon ont d’ailleurs concerné des partenariats entre fournisseurs d’énergie, opérateurs de stations et constructeurs de véhicules. TotalEnergies et Air Liquide ont annoncé la création d’une coentreprise détenue à parts égales pour développer un réseau de 100 stations hydrogène, destiné aux poids lourds sur les grands axes routiers européens. Engie Solutions et Stellantis s’associent, le premier allant proposer aux clients professionnels des marques Peugeot et Citroën des stations de recharge hydrogène adaptées à la taille de leur flotte. De son côté, Hyvia compte sur HysetCo pour développer un écosystème de recharge sur la voie publique.
Une modélisation de France Hydrogène, la PFA et l’IRT SystemX évalue les besoins en infrastructure de charge hydrogène en France à 212 stations en 2026, et 747 en 2030. De quoi lancer au moins une filière nationale de fournisseurs de compresseurs, d'injecteurs, de systèmes de sécurité, de réservoirs et d'autres petits équipements pour électrolyseurs et piles à combustible embarquées.



