C'est parce qu’il avait une idée pour sauver le climat que l’ingénieur Matthieu Guesné a créé Lhyfe, à Nantes (Loire-Atlantique), en 2017. Elle a germé dans la tête de ce diplômé de l’Eseo d’Angers après la lecture de milliers de pages d’études, dont celles du Giec. Une idée à laquelle personne en France ne croyait il y a encore un an, surtout pas les acteurs français du gaz, alors qu’outre-Rhin Siemens Energy et Siemens Gamesa investissaient 120 millions d’euros sur cette technologie et que les Pays-Bas lançaient déjà un appel d’offres.
Pour permettra de décarboner l’industrie et les transports, Matthieu Guesné veut produire massivement de l’hydrogène en mer, 100 % renouvelable, à partir d’eau de mer dessalée sur place à l’électricité issue des éoliennes posées ou flottantes. Le potentiel est immense. « Le gisement mondial d’éolien en mer représente dix-huit fois la consommation électrique mondiale, rappelle le fondateur et PDG de Lhyfe. Avec 4 % de l’espace maritime européen, vous pouvez fabriquer suffisamment d’hydrogène vert pour remplacer tout le gaz russe. » Le marché est là. L’Europe veut en produire 10 millions de tonnes d’ici à 2030 et en importer autant. Or les capacités électriques décarbonées sont limitées. « J’ai parfois des allures d’extraterrestre car j’explique cela depuis 2017 », reconnaît Matthieu Guesné.
Une tonne d'hydrogène vert par jour
Bon orateur, il a convaincu une poignée d’ingénieurs de travailler sur son idée et la région Pays de la Loire et Bpifrance d’investir 10 millions d’euros dans une unité de production d’hydrogène vert par électrolyse non raccordée au réseau électrique, alimentée par trois éoliennes du parc de Bouin, en Vendée. D’une capacité de 300 kg par jour, l'usine a été inaugurée en septembre 2021. Lhyfe y fait la démonstration de sa capacité à gérer l’intermittence des éoliennes et à fabriquer de l’hydrogène à partir d’eau salée. La capacité de l’usine, qui alimente déjà par camion des stations hydrogène à La Roche-sur-Yon (Vendée) et au Mans (Sarthe), sera portée à 1 tonne par jour.
Un succès grâce auquel l’entreprise affiche un portefeuille de plus de 90 projets industriels représentant 4,8 gigawatts (GW) d’électrolyseurs à terre connectés à des renouvelables et un objectif de 55 mégawatts (MW) de capacités installées en 2024, puis 3 GW en 2030. Comme EDF et Air liquide, rien de moins. Un succès qui lui a aussi permis de lever 118,5 millions d’euros sur Euronext Paris en mai « pour investir plus facilement dans de nouvelles unités », explique Matthieu Guesné. Lhyfe va par exemple installer un électrolyseur de 1 MW à Tübingen, en Allemagne, pour les trains à hydrogène H2GoesRail de la Deutsche Bahn, et une usine de 200 MW production d’hydrogène (20 000 tonnes par an) dans le cluster de la chimie de Delfzijl, aux Pays-Bas. Il construit aussi deux unités de 5 MW (environ 2 tonnes par jour) en Bretagne et en Occitanie. Car il se pose avant tout comme un producteur investissant en propre et opérant ses unités de production.

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Un démonstrateur en mer au printemps
La start-up n’avance pas seule. Pour alimenter ses électrolyseurs en énergies renouvelables, elle a conclu des partenariats avec l’énergéticien portugais EDP Renewables, le japonais Mitsui et les suédois Skyborn Renewables et Trelleborgs Energi. En Norvège, Horisont Energi va développer des usines de production d’ammoniac vert avec de l’hydrogène de Lhyfe. L’introduction en Bourse permet aussi de recruter. L’entreprise, qui comptait 102 collaborateurs fin juin, a doublé son effectif tous les ans et devrait « encore le doubler en 2023 », assure Matthieu Guesné, notamment pour accompagner le développement international. Après l’ouverture de filiales en Allemagne en 2020, au Danemark, aux Pays-Bas et en Suède en 2021 et en Espagne en 2022, Lhyfe a annoncé un bureau au Royaume-Uni début septembre.
La ténacité du PDG et la confiance des marchés financiers ont aussi permis à la start-up de mettre à l’eau, le 22 septembre dans le port de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), le premier démonstrateur au monde de production d’hydrogène en mer, en partenariat avec les Chantiers de l’Atlantique et le fabricant d’électrolyseurs américain Plug. Baptisée SeaLhyfe, la barge houlomotrice de GEPS Techno, équipée par Eiffage Énergie Systèmes, doit rejoindre au printemps prochain le site d’essais Sem-Rev de Centrale Nantes, à 20 km de la côte. Y est ancrée la première et seule éolienne flottante française, Floatgen, pour des tests en conditions extrêmes d’une durée de dix-huit mois. Ce démonstrateur ouvre à Lhyfe, et à la France, le marché de l’hydrogène marin. Ce dernier pourrait aussi être produit sur d’anciennes plateformes pétrolières ou directement au pied des éoliennes en mer. Lhyfe a trouvé des partenaires pour étudier ces options technologiques. Dans tous les cas, l'idée folle de Matthieu Guesné n’a plus rien d’une utopie.
Un pionnier de la production décarbonée
- 2017 Création de Lhyfe
- 102 collaborateurs
- 90 projets pour 4,8 GW d’électrolyse
- 200 millions d’euros de levées de fonds



