«Un excellent début d’année ». C’est ainsi que le fabricant de câbles, Nexans - numéro deux mondial- qualifie ses résultats du premier trimestre 2022. Dans un contexte de crise internationale, le fleuron français réalise un chiffre d’affaires en hausse de 6,1% pour atteindre 1,6 milliard d’euros. Un bon résultat qui succède à une année 2021 déjà positive. L’an dernier, le groupe a enregistré une croissance organique de +8,3 %, pour un chiffre d’affaires d’environ 6 milliards d’euros. L’Ebitda, lui, a atteint les 463 millions d’euros avec une marge de 7,6 %. En 2022, Christopher Guérin, le directeur général de Nexans, vise entre 500 et 540 millions d’euros (hors acquisition et cessions) de bénéfice avant prélèvements.
Un milliard d’euros de cessions et autant d’acquisitions
Des chiffres de bon augure alors que le groupe a engagé son plan « Winds of change » en 2021. Le Français s’est donné deux ans pour se recentrer sur les activités liées à l’électrification. Actuellement organisé autour de six segments (production d’énergie et transmission ; distribution, usages, industrie et solutions, télécommunication et données, et autres activités), le groupe prévoit de se séparer, à terme, de ses activités télécoms, faisceaux automobiles et industrie. Le patron prévoit plus d’un milliard de cessions d’actifs dans les années à venir, et un montant équivalent d’acquisitions. Fin 2021, l’industriel a déjà mis la main sur Centelsa, un fabricant colombien de câbles pour la somme de 300 millions d’euros.
Quand le marché des éoliennes off-shore décolle
L’avenir est prometteur pour Nexans alors que la planète bascule chaque jour un peu plus des énergies fossiles vers les énergies vertes. Les projets haute tension, qui couvrent la partie génération d’énergie et la transmission sur terre, en mer, entre pays ou continents, est porteuse. « Le marché des éoliennes en mer n’existait pas il y a 10 ans. Il va représenter quatre milliards d’euros de demande de câbles par an à partir de 2023-2024 », indique Christopher Guérin. Les perspectives pour les interconnexions sont tout aussi bonnes. « On est en train de bâtir des autoroutes d’énergie sous-marine ». Pour cela, l’entreprise s’est équipée. La société a baptisé, en septembre, l’Aurora. Le navire câblier est le deuxième de ce type dans le monde.
20 000 km de projet sous-marins en gestation
Capable de supporter le poids de la Tour Eiffel, le bâtiment est conçu pour déposer des câbles à 3000 mètres de profondeur sur des centaines de kilomètres. « Le carnet de commande est plein pour les quatre prochaines années », se réjouit le dirigeant. « Il y a plus de 20 000 km de projets sous-marins en gestation pour les sept prochaines années. » Deux fois plus que ce qui a été posé lors de la dernière décennie. Après Nordlink qui a consisté pour Nexans à raccorder l’Allemagne à la Norvège avec un câble de 1400 MW sur 623 km, Nexans est aussi partie prenante du méga projet EuroAsia. Ce dernier doit relier les réseaux électriques de trois pays, Grèce, Chypre et Israël. Le Français a déjà connecté la Grèce continentale à la Crète et est en lice pour les autres tronçons : Crète-Chypre et Chypre-Israël. Le câble est particulièrement « complexe ». Deux ans sont nécessaires à sa production. Son installation, elle, nécessite un an et demi.

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La génération d’énergie tirée par la production d’énergie verte
La transmission terrestre n’est pas en reste. Les 20 000 km de câbles haute tension que les Etats-Unis projettent de tirer d’Ouest en Est et du Nord au Sud sont un autre exemple de projet auquel Nexans pourrait participer. Une étude réalisée par Roland Berger indique que les marchés de la génération d’énergie tirée par la production d’énergie verte, et celui de la transmission, doivent croître en moyenne chaque année de 11,5% pour le premier et de 14,3% pour le second d’ici à 2030, service inclus. « Des chiffres presque pessimistes », analyse Christopher Guérin tant la demande s’accélère aux quatre coins de la planète.
Des réseaux électriques à renouveler
Estimé à 40 milliards d’euros en 2019, le marché du câble moyenne tension devrait lui atteindre les 62 milliards d’euros à la fin de la décennie. « En France, 30 000 km seront à remplacer dans les prochaines années. 70 000 km en Allemagne », indique le dirigeant. Les besoins des gestionnaires tels qu'Enedis en France, Eon en Allemagne ou encore Enel en Italie sont conséquents. Dans le bâtiment, le marché du câble basse tension, atteindra selon Roland Berger 81 milliards d’euros en 2030 contre 55 milliards d’euros en 2019. L’une des raisons repose sur la généralisation de câble de type LSZH (Low Smoke Zero Halogen) en remplacement des modèles actuels. Considéré comme dangereux en cas d’incendie, notamment à cause de la toxicité des fumées, les câbles isolés en PVC ou en FEP devraient peu à peu disparaître.
A Lyon, l'avenir de l’électrification
Autant de projets qui rendent Christopher Guérin optimiste. « Nous sommes confiants dans l’avenir. Il va se passer ce qui s’est passé deux fois le siècle dernier. Une sorte de trente glorieuses de l’infrastructure électrique », assure le patron faisant référence aux périodes 1890- 1910 et d’après-guerre (1950-1970). A la différence près que, cette fois, tout doit se faire en même temps. « Tous les pays, qu’ils soient matures ou émergents demandent la même chose », reconnait le dirigeant soucieux. Un challenge que le groupe entend bien relever alors que les capacités d’extraction de cuivre sont annoncées comme insuffisantes en 2030 et que l’approvisionnement en aluminium inquiète. L’un des premiers fournisseurs européens étant la société russe Rusal... Nexans compte sur la R&D pour relever les prochains défis. Le 29 juin, la société inaugurera à Lyon son premier centre européen dédié à l’électrification.



