Dépendante de la Russie pour ses métaux, l’industrie européenne craint des ruptures d’approvisionnement

La Russie est un important fournisseur pour l'Europe d'aluminium, de palladium, de titane et de nickel, dont les cours flambent. La menace potentielle d'une rupture des approvisionnements pourrait fragiliser l'industrie.

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Aluminium pour canettes
Les prix de l'aluminium ont atteint leur plus haut niveau historique, sous l'effet de la crainte d'une perturbation des approvisionnements depuis la Russie.

Sébastien Kuhn, le PDG de Thyssenkrupp Presta France, ne cache pas son inquiétude. Son site de Florange (Moselle), qui fabrique des colonnes de direction pour l’automobile, ne livre qu’une faible part de sa production en Russie. Mais le dirigeant s’inquiète des arrêts de production sur des sites de Volkswagen et BMW, après des ruptures d’approvisionnement de câbles de fournisseurs en Ukraine. « Nous avons déjà subi les conséquences des pénuries de semi-conducteurs. La guerre en Ukraine pourrait avoir le même effet, avec des conséquences en cascade sur toute la filière », remarque-t-il.

Une semaine après le début du conflit, Emmanuel Macron a prévenu lors de son allocution mercredi 2 mars que « nombre de secteurs souffrent et vont souffrir, soit parce qu’ils dépendent des importations de matières premières venues de Russie et d’Ukraine, soit parce qu’ils exportent vers ces pays ». L’industrie française se prépare à faire face à des risques de pénuries sur certains métaux, dont la Russie est un important fournisseur pour l’Europe. La ministre de l’industrie Agnès Pannier-Runacher a réuni le 2 mars les filières industrielles pour établir un état des lieux des menaces qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement.

Flambée de l'aluminium

Une des vulnérabilités importantes de l’Europe concerne l’aluminium. Même si la Russie ne représente que 6% de la production mondiale d’aluminium, Rusal est le plus gros producteur d’aluminium en dehors de Chine, et un important fournisseur de l’Europe. La France importe 50% de ses besoins en aluminium. La Russie fournit un tiers de ces importations. La dépendance est encore plus forte pour l’alumine, qui sert à la production d’aluminium primaire. Le géant russe Rusal fournit 80% des besoins de l’industrie française.

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Pour l’instant, le secteur n’est pas ciblé par les sanctions européennes et les livraisons n’ont pas été enrayées. Des stocks d’aluminium se sont retrouvés bloqués, conséquence des sanctions prises contre certaines banques russes et leur déconnexion du système international Swift. Mais la Russie pourrait choisir d’utiliser l’arme de l’embargo pour déstabiliser l’industrie européenne. Pour les entreprises européennes, l’effet pourrait cependant être en partie amorti. « Les entreprises ont vécu la crise de 2018, lorsque des sanctions américaines avaient ciblé Rusal et se sont préparées. Elles ont fait des stocks », pointe le délégué général d’Aluminium France, Cyrille Mounier. Elles pourraient aussi se tourner vers d’autres fournisseurs en Espagne, en Grèce et en Roumanie. 

Reste que l’envol des prix est déjà vertigineux pour l’aluminium. Le métal, utilisé largement dans toute l’industrie pour sa légèreté, dépassait le 2 mars les 3 500 dollars la tonne, un niveau historique. A court terme, la hausse des prix du gaz et de l’électricité risque de continuer à pousser l’inflation des prix. La fabrication de l’aluminium est très énergivore et mobilise 14 MW pour chaque tonne produite. Certains industriels européens ont mis à l’arrêt leurs usines, la flambée de leurs coûts énergétiques devenant intenable. Depuis septembre, la production européenne a déjà perdu près de 600 000 tonnes. « Si les prix de l’énergie continuent de grimper, les prix de l’aluminium vont devenir intenables pour les secteurs clients », pointe Cyrille Mounier.

Le palladium, indispensable à l'auto

Les menaces planent aussi sur l’industrie automobile. 40% de la production mondiale de palladium, utilisé pour les pots catalytiques des véhicules et dans les semi-conducteurs, provient des mines de Nornickel en Russie. Même sans embargo, l’arrêt de la plupart des liaisons aériennes avec la Russie pourrait compliquer les livraisons du métal précieux et perturber la production des usines. Le prix du palladium a bondi pour s'approcher de 2 700 dollars l’once. La Russie fournit aussi 10% du platine mondial, utilisé lui dans les moteurs diesel et les piles à combustible pour l’hydrogène.

L’industrie aéronautique s’inquiète de son côté du sort du titane. Le russe VSMPO-Avisma est le principal fournisseur mondial d’éponge de titane à la qualité requise pour le secteur aéronautique. A court terme, les industriels comme Safran ont, là aussi, fait des stocks. D’autres fournisseurs existent au Kazakhstan et au Japon.

« 25% des importations européennes d’acier viennent de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine », rappelle aussi l’expert Didier Julienne, président de la société Commodities & Resources. Il souligne que « même en cas de sanctions strictes, une partie de matières premières reviendront peut-être via des sociétés de trading chinoises, par exemple vers l’Europe ». D'autres métaux pourraient être aussi concernés en cas de ruptures des chaînes d’approvisionnement : le nickel, dont Norisk contrôle un peu moins de 10% de la production mondiale, a dépassé les 25 000 dollars. La Russie est aussi un important producteur de cuivre, avec 4% de la production mondiale, et de potasse.

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