Pourquoi la transition énergétique n'aura pas (vraiment) lieu

[Climato-éthique] Dans son dernier essai «Sans transition, une nouvelle histoire de l’énergie», l’historien français Jean-Baptiste Fressoz s’est penché sur les origines du concept de transition énergétique. Mauvaise nouvelle, non seulement cette notion ne s’appuie sur aucune réalité industrielle ou économique, mais elle a détourné les politiques climatiques d’une voie plus efficace pour limiter le réchauffement.

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Centrale thermique Émile-Huchet alimentée au charbon et au gaz, à Saint-Avold (Moselle) - Mars 2019
Pour l’historien français Jean-Baptiste Fressoz, les énergies électriques renouvelables ou nucléaires ne remplaceront les énergies fossiles.

«La transition énergétique n’aura pas lieu», annonce le bandeau rouge apposé sur le dernier essai de l’historien Jean-Baptiste Fressoz, paru au Seuil, dans la collection Ecocène. Il faut le lire. «Sans Transition, une nouvelle histoire de l’énergie» est un ouvrage important. Comme la Fresque du climat, il sidère et remet en cause ce que l’on pensait savoir au sujet de la lutte contre le réchauffement climatique. Et Il vaut mieux être prévenu, ce livre ne va faire plaisir à personne, ni aux défenseurs du nucléaire qui sont à l’origine du concept dans les années 70, ni aux pétroliers qui l’ont récupéré pour continuer à produire toujours plus de fossiles, ni aux écologistes défenseurs des énergies renouvelables. Tout simplement parce que Jean-Baptiste démontre qu’il n’y a jamais eu de transition énergétique par le passé.

Les énergies ne se remplacent pas

Pas plus que le charbon n’a pas remplacé le bois, ou pétrole le charbon, les énergies électriques renouvelables ou nucléaires ne remplaceront les énergies fossiles. Les notions d’âge du charbon, d’âge de l’atome, ou de l’âge naissant de l’hydrogène cachent des «relations symbiotiques» entre les différentes énergies. «Les énergies primaires ont cru de concert sans se remplacer», démontre l’historien en puisant dans les archives. La consommation de bois a explosé avec l’exploitation des mines de charbon, puis de celles des puits de pétrole. Avec le pétrole et le gaz, les besoins en charbon sont toujours plus importants pour produire l’acier nécessaire à leur transport par canalisation ou par bateau et à la production des voitures et engins mécaniques. Tout comme aujourd’hui, l’électrification des usages pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’une portion, souvent minime, de la production d’électricité, acier ou d’engrais, se réalise à grand recours d’énergies fossiles. En 2019, le bois fournissait encore deux fois plus d’énergie que la fission nucléaire ou le solaire et éolien.

L'adaptation plutôt que la sobriété

Si la notion de transition énergétique a réussi à s’imposer à partir des années 1970, c’est principalement parce que, «sans justification sérieuse» les économistes ont calqué sur le défi climatique les recettes et scénarios qu’ils avaient imaginés pour résoudre la crise énergétique qui s'annonçait avec la fin des énergies fossiles. La promesse de solution technologique, comme les surrégénérateurs nucléaires ou les carburants de synthèse, permettait de procrastiner et de repousser l’action dans 50 ans. Or, d'une pénurie annoncée on est passé à une situation de surabondance. Puis, dans les années 1980-1990, lorsqu’il est apparu illusoire aux dirigeants américains que les pays disposant des stocks de charbon, les États-Unis, la Russie et la Chine, ou de pétrole et de gaz, puissent y renoncer, la «décision implicite», sans consultation des populations, a été prise par les pays industriels de «choisir» la croissance et le réchauffement et de se résigner à l’adaptation ! Avec des plans prévoyant déjà de réduire la part énorme de l’agriculture destinée à l’alimentation animale et de se préparer aux migrations de population !

Aujourd'hui, la transition énergétique n'est toujours qu'un leurre, du moins au échéance de neutralité carbone visé à 2050 ou 2070. Les progrès technologiques comme le numérique, l’hydrogène ou de captage et stockage de CO2 renforcent la relation symbiotique entres énergies, y compris avec les renouvelables. La sobriété, seule à même de réellement réduire les émissions en valeur absolue, et non relatives, a, elle, été ignorée des rapports du GIEC pendant 30 ans, observe Jean-Baptiste Fressoz. Le terme n’y a fait son apparition qu’en 2022 ! Or, avec les politiques actuelles, le réchauffement sera de 3,2°C en 2100. Avec des conséquences dramatiques, dont les inondations, ouragans, canicules, feux et sécheresses observées ces derniers mois, ne sont qu'un avant goût.

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