La transition énergétique ne se limite pas à remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables, éventuellement complétées de nucléaire. C’est aussi consommer beaucoup moins d’énergie (la sobriété) et la consommer mieux (l’efficacité énergétique) avec en ligne de mire une baisse de 30 à 40% de la consommation d’énergie finale d’ici à 2050. Mais la transition implique surtout beaucoup plus de complexité dans les mix énergétiques, qui seront composés d’environ 60% d’électrons et, pour le reste, de toute une série de molécules bas-carbone : biométhane, biofioul, hydrogène, ammoniac et autre méthanol vert ou de synthèse, sans parler de la biomasse et des déchets.
Cela exige que les réseaux de transports et de distribution d’électricité gagnent massivement en flexibilité. Selon Engie, les capacités de flexibilité sur les réseaux d’énergie en Europe devront être multipliées par 4,5 pour atteindre la neutralité carbone en 2050 sans surdimensionner les moyens de production.
Effacement d'électrolyseurs
Les électrons ne sont, faut-il le rappeler, pas aussi faciles à transporter et à stocker que les molécules. Pour assurer l’équilibre entre une production d‘électricité bas-carbone plus décentralisée, et moins pilotable, et des consommations plus importantes et plus diversifiées (industrie, mobilité, numérique…), les gestionnaires de réseau vont avoir besoin de nouveaux outils. D’autant plus que les renouvelables devraient représenter 85% de la production électrique en Europe en 2050 et 68% en France, malgré la construction de 14 EPR, selon les scénarios d’Engie présentés mardi 12 novembre.
Ces outils de flexibilité seront variés. À horizon 2050, un tiers viendra d’actifs de production d’électricité thermique décarbonée – hydraulique, nucléaire, hydrogène ou gaz avec capture et stockage du carbone (CCS) – ou de systèmes de stockage par batteries connectés au réseau. Le reste viendra de solutions de pilotage de la demande basées sur les batteries domestiques ou les véhicules électriques, ou sur l’effacement des électrolyseurs produisant de l’hydrogène renouvelable et de la production industrielle. Engie ajoute à sa liste les pompes à chaleur hybrides, qui pourraient basculer en mode gaz lors de pics de consommation d’électricité ou de très grand froid. Mais leur développement reste confidentiel, vu leur coût.

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Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
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27 Mars 2026
Gazole France HTT€/litre
Cette nécessaire flexibilité de la demande entraînera «une transformation majeure du système énergétique dans son ensemble et des comportements des consommateurs», prévient Engie.
Batteries et stockage d'hydrogène
Cela nécessitera d’investir dans de nouvelles centrales nucléaires, à gaz avec CCS ou hydrogène, dans des stations de transfert d’énergie hydraulique par pompage (STEP), mais aussi dans des batteries stationnaires pour l’équilibrage réseau, des solutions de vehicule-to-grid... Il faudra aussi investir dans les réseaux et le stockage d’hydrogène pour déconnecter la production par l’électrolyseur – appelée à démarrer ou à s’effacer à la demande du gestionnaire du réseau – des besoins de consommation, notamment dans l’industrie, pour ses besoins pour la production de carburant de synthèse.
«La dynamique d’investissement autour des réseaux sera très différente entre l’électricité et le gaz, où des infrastructures pourront être réutilisées, explique Nicolas Lefevre-Marton, directeur de la stratégie groupe d’Engie. Mais globalement il faudra les multiplier par cinq à maille française et par six à la maille européenne.» Un investissement insuffisant dans les solutions de flexibilité augmenterait de 70% les coûts de décarbonation en Europe et de 25% les prix de gros moyens de l’électricité, calcule Engie.
Pour le gazier Engie, qui voit décliner la consommation de gaz en Europe de 45% et de 40% en France, ces besoins de flexibilité, notamment le stockage d’électrons et d’hydrogène, vont représenter un nouveau relai de croissance où il entend se différencier – alors que le secteur des renouvelables est de plus en plus encombré par des acteurs aux très grandes ambitions, comme TotalEnergies.
Engie veut ainsi développer 10 GW de stockage par batteries dans le monde d’ici à 2030, dont la moitié environ en Europe. Sa filiale Storengy travaille à convertir ses stockages de gaz souterrain à l’hydrogène. Et malgré un retard à l’allumage, Engie assure toujours viser 4 GW de production d’hydrogène vert par électrolyse, mais désormais d’ici à 2035.



