On n’aura jamais autant entendu parler d’effacement qu’à l’approche de cet hiver 2022-2023. Outil de flexibilité des gestionnaires de réseaux électriques, l’effacement permet de demander à des consommateurs de décaler leur consommation d’énergie en dehors des périodes de pic, lorsque l’on sait que la production ne pourra pas répondre entièrement à la demande. Ce mécanisme fait l’objet d’appels d’offres, auxquels répondent des opérateurs spécialisés et les fournisseurs d’énergie, comme EDF, qui s’occupent de piloter l’effacement chez leur client, principalement des industriels engagés via un contrat.
En avril 2022, un appel d’offres pour de l’effacement diffus, permettant de piloter les consommations de chauffage chez les particuliers, a aussi été lancé. Résultat: pour passer l’hiver 2022-2023, le gestionnaire de réseau électrique français, RTE, dispose d’une réserve de 3,9 gigawatts (GW) d’effacement, dont 500 mégawatts (MW) d’effacement diffus. Un volume toutefois insuffisant, que RTE «espère augmenter pour les hivers suivants», précise le groupe par la voix de Jean-Paul Roubin, son directeur exécutif clients, marchés et exploitation.
Le principal réservoir se trouverait dans l’effacement diffus et les incitations tarifaires. «En amplifiant ce mécanisme, on est capable de mobiliser 4 à 5% de la pointe, soit 4 à 5 GW», explique le cabinet de la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher. Rien que chez EDF, «on a un gisement d’effacement supplémentaire de 1GW», explique le DPG d’EDF, Jean-Bernard Levy. Mais le mécanisme pourrait aussi être rendu plus attractif pour les industriels… Et plus efficace. «L’effacement électrique existe en France depuis 2010, rappelle Olivier Baud, le président-fondateur d’Energy Pool (200 personnes), un des pionniers, opérant 750 MW d’effacement en France. Mais ce mécanisme est trop compliqué et pas assez rémunéré.»
De 2% à 15% d'économies sur la facture
Les entreprises qui souscrivent un contrat d’effacement sont rémunérées en majorité sur la puissance qui peut être décalée, ou astreinte, et en partie sur les volumes réellement effacés. «Ce revenu supplémentaire va de 2 à 15% du montant de la facture totale, selon les cas de figure, et permet de compenser un peu les hausses d’électricité, explique Bénédicte Pléau, dirigeante de la start-up nantaise Enerdigit (15 personnes) qui efface les consommations de 500 sites en France, dont des carrières, des sites dans l'agroalimentaire et chez Terreal.

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Les 2% restent bons à prendre, d’autant que si le mécanisme implique des contraintes, il «n’y a pas de question de ROI [retour sur investissement, ndlr] » pour l’industriel, rappelle Bénédicte Pléau. Ce sont les opérateurs qui réalisent les études de la consommation énergétique et installent les boitiers permettant de piloter la consommation d’un site ou des équipements, en les arrêtant ou en baissant leur vitesse de fonctionnement lorsque cela est possible. «Nous agissons machine par machine, mais aussi en proportionnelle de manière dynamique, en intégrant en temps réel les contraintes du système électrique et du consommateur», explique Fabien Voisin, directeur Europe de l’Ouest d’Energy Pool.
Anticiper les besoins à la semaine
Mais on pourrait faire mieux. «L’effacement pourrait être encore plus développé. Il y a beaucoup d’évolutions possibles, notamment sur les contrats signés avec RTE. On y travaille», explique la dirigeante d’Enerdigit. Selon elle, il existe des freins contractuels à l’accès à l’effacement: «Des sites restent en dehors du mécanisme, car ils auraient besoin d’être prévenus plus tôt». Et pas juste la veille pour le lendemain. «On peut organiser de la flexibilité à un horizon plus long et prévoir l’effacement à la semaine, comme on le fait déjà au Japon. Avec l’opérateur national Tepco, on réalise des prévisions de besoins d’effacement à huit jours en intégrant les données météo et les prévisions de production pilotable et des renouvelables, explique Olivier Baud. Mais en France, nous n'avons pas d'interlocuteur avec qui développer cette réserve de flexibilité hebdomadaire. RTE se limite à 24 heures.» Avec son outil d’alerte EcoWatt, qui intègre des données météo à trois jours pour demander de baisser volontairement nos consommations, RTE est néanmoins sur la bonne voie.
Pour mieux rémunérer l’effacement, c’est du côté de la Belgique qu’il faut regarder. Les besoins d‘effacement sur certains créneaux horaires y sont mis aux enchères. Sur ce marché, peuvent se positionner une centrale à gaz, un agrégateur d’effacement ou un grand site industriel. RTE aurait testé quelques semaines le modèle belge... sans l'adopter.
En attendant, à quelques mois de cet hiver compliqué, les entreprises qui voudraient se mettre à l’effacement pour réduire un peu leurs factures d’énergie peuvent encore le faire, et pas uniquement sur leur outil industriel. «On est rodé pour agir dans les trois mois, assure Fabien Voisin. Et si l'on ne fait pas d’effacement diffus, on sait faire de l’effacement pour le tertiaire où il existe un gros potentiel.» L’entreprise travaille avec des partenaires qui agissent sur la gestion technique des bâtiments. Bonne nouvelle: ces derniers vont pouvoir être connecté à l’API Ecowatt, vient d'annoncer RTE. Reste que l'effacement volontaire, lui, n'est pas rémunéré.



