Pourquoi l'Autorité de sûreté du nucléaire épingle EDF sur sa rigueur d'exploitation et son ingénierie

Dans son rapport 2019, l’Autorité de sûreté du nucléaire craint une saturation des capacités d’ingénierie d’EDF et pointe un recul de la rigueur d’exploitation.

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Centrale Penly EDF
Une ligne de défense de sûreté a notamment été franchie lors d'une intervention sur un panneau électrique à la centrale nucléaire de Penly (Manche).

EDF en a encore pris pour son grade dans le nouveau rapport 2019 de l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN), présenté le 28 mai devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques du Sénat. Après avoir assuré que le niveau de sûreté et de radioprotection a été acceptable en 2019, Bernard Doroszczuk, le président de l’ASN a, et c’est son rôle, mis l’accent sur les points d’améliorations. Et pas uniquement chez EDF.

Vigilance aussi chez Orano et le CEA

Chez Orano Cycle, le bon élève en matière de modifications de sûreté post Fukushima, l’ASN a pointé "la surveillance des prestataires", notamment ceux chargés des contrôles et des examens périodiques, et "la maîtrise des projets liés à la reprise des déchets anciens, qui connaissent des reports parfois pour des dizaines d’années".

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Le CEA a des enjeux de "standards de sûreté anciens aujourd’hui largement dépassés" dans ses installations, de démantèlement de la quarantaine d’installations civiles ou militaires arrêtées, de gestion des déchets historiques, et de budget insuffisant.

Saturation de l’ingénierie sur le grand carénage

Quant à EDF, si l’exploitant du parc nucléaire a affiché des "résultats de sûreté globalement satisfaisants", deux points de vigilance sont apparus en 2019 selon l’ASN. Il s’agit d’une part de la "saturation des capacités d’ingénierie" et d’autre part du "recul de la rigueur d’exploitation", a résumé Bernard Doroszczuk. Et il s’est expliqué.

Si l’ASN craint une saturation des capacités d’ingénierie chez EDF, c’est parce que "EDF a un programme extrêmement ambitieux". Le grand carénage nécessite des travaux préparatoires. Or les "ressources d’EDF en ingénierie sont limitées et extrêmement sollicitées". Lors de discussion entre EDF et l’ASN sur le grand carénage, "la phrase "On n’a pas la capacité immédiate de travailler sur ces sujets" reviendrait régulièrement", rapporte le président de l’ASN.

Programme de prolongation des 900 MW trop ambitieux

Certes, en 2019, EDF a réalisé "dans des conditions satisfaisantes, la première visite décennale d’un de ses réacteurs 900 MW sur le site de Tricastin" (Drôme). Mais c’était au prix d’une mobilisation de "moyens importants d’ingénierie, tant au niveau central qu’un niveau du site pour concevoir ces améliorations et accompagner leur mise en œuvre sur le terrain", observe le président de l’ASN. Or l’ASN "s’interroge sur la capacité d’EDF à mobiliser de tels moyens à l’avenir sur les autres réacteurs et donc à assurer avec succès, dans des plannings réalistes, les réexamens de sûreté". Certaines années, EDF prévoit quatre à cinq visites décennales de prolongation aux cinquante ans !

Deux franchissements de ligne de défense de sûreté

L’autre nouveau point de vigilance apparu en 2019 pour l’ASN chez EDF concerne la rigueur d‘exploitation. L’autorité a en effet noté trois événements significatifs qui ont dû être placés en niveau 2 sur le parc nucléaire d’EDF en 2019, contre 0 en 2018. "Deux d’entre eux mettent en évidence des gestes et des décisions inadaptés des intervenants et des franchissements de ligne de défense en matière de sûreté, comme sur les sites de Golfech (Tarn-et-Garonne) et Penly", a précisé Bernard Doroszczuk. Il a notamment relaté à Penly (Manche) une intervention "en même temps" sur "deux voies redondantes" sur un panneau électrique avec des équipements nouveaux qui se sont relevés défectueux.

Erreurs dans des documentations opérationnelles 

Et ce n’est pas tout. La mise en situation réalisée par l’ASN chez EDF, simulant des départs de feu, des inondations internes ou des rejets de liquide dangereux, a démontré que "la documentation opérationnelle d’EDF n’était pas toujours adaptée aux réalités de terrain et qu’elle contenait des erreurs voire des instructions parfois impossibles à exécuter compte tenu de la configuration des installations".

Enfin, l’année 2019 a encore été marquée par "la détection de non conformités, résultant de la mise en œuvre de modifications, y compris récemment, et d’une maintenance insuffisante". Malgré des progrès indéniables, "il y a donc chez EDF un effort à faire pour renforcer la rigueur d’exploitation qui fait appel à la compétence et à la conscience professionnelles des intervenants", pointe l’ASN.

Nouvelles non conformités sur des travaux récents

Or dans le grand chamboule-tout de son programme de maintenance suite à la crise du Covid-19, EDF n’a pas prévu, officiellement, de rallongement de temps des arrêts de tranche. L’ASN ne s’en inquiète pas pour l’instant. Mais à l’évidence, EDF va devoir redoubler de vigilance sur la qualité et le respect des règles de sûreté chez ses prestataires et la qualité de leur travaux. 80% de ces interventions du parc nucléaire sont réalisées par des sous-traitants.

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