Oui, il faudrait vacciner certains enfants, atteste l’Académie de Médecine. Dans un communiqué daté du 15 novembre, l’institution distingue trois catégories cibles parmi la population des 5-11 ans. D’abord les enfants qui pourraient présenter des risques de formes graves en raison de comorbidités. Actuellement, les comorbidités associées à un risque de formes graves de Covid-19, telles que listées par le ministère des Solidarités et de la Santé, comprennent notamment le diabète de types 1 et 2, l’insuffisance rénale chronique, l’obésité, l’immunodépression congénitale ou acquise, des cancers, certaines maladies chroniques ou encore des pathologies neurologiques (liste complète en bas de page ici sur le site du ministère).
L’Académie de Médecine va plus loin. Elle estime qu’il faudrait aussi vacciner les enfants de 5 à 11 ans qui vivent dans l’environnement familial et scolaire d’un enfant à risque de formes graves, ainsi que les enfants composant l’entourage de personnes à risques, comme les personnes immunodéprimées ou celles atteintes de maladies chroniques.
1284 hospitalisations, 226 admissions en soins critiques et 3 décès chez les 5-11 ans
L’Académie de Médecine avance plusieurs arguments pour justifier sa recommandation. En premier lieu est souligné que si les cas graves de Covid-19 chez les enfants sont rares, la fréquence "n’est cependant pas négligeable". Selon les dernières données publiées par Santé Publique France le 10 novembre, les taux d’hospitalisation des 5-11 ans entre le 2 mars 2020 et le 31 octobre 2021, n’ont représenté que 0,3% du total des hospitalisations et que 0,2% du total des admissions en soins critiques. Mais au total, cette tranche d’âge a enregistré malgré tout 1284 hospitalisations et 226 admissions en soins critiques sur ces 20 derniers mois. Et 3 décès ont été déplorés, majoritairement pour des enfants présentant des pathologies chroniques.
Par ailleurs, l’Académie estime que vacciner les enfants pourrait réduire la circulation du virus dans l’entourage familial, ce qui est plus crucial dans l’entourage de personnes à risques, et dans l’environnement scolaire, ce qui permettrait d’éviter des mesures de fermetures de classe et des conséquences de retard d’apprentissage et de coûts sociaux et économiques pour les familles.
Données insuffisantes des essais cliniques
Toutefois, l’Académie émet plusieurs réserves qui limitent ainsi une préconisation d’étendre une telle vaccination à l’ensemble des enfants de 5 à 11 ans. En tête de liste est citée la trop petite cohorte testée pour cette tranche d’âge avec ce vaccin. Dans les essais de phase 2/3, 1517 enfants de 5 à 11 ans ont été vaccinés, et 751 ont reçu un placebo. Selon l’Académie, cela reste "encore très insuffisant pour détecter d’éventuels événements indésirables sévères et rares".
D’autres arguments en défaveur d’une vaccination des 5-11 ans sont aussi énoncés. Comme la rareté de l’apparition de formes graves chez les enfants, et aussi "le principe éthique selon lequel la vaccination des enfants (…) ne doit pas servir, pour atteindre l’immunité collective, à compenser le refus de vaccination de certains adultes". Soulignant au passage qu’environ 7 millions de personnes âgées de plus de 12 ans en France ne sont toujours pas vaccinées.
Le vaccin de Pfizer/BioNTech préconisé
Dans ces trois cas préconisés, l’Académie de Médecine recommande l’utilisation du vaccin anti-Covid Comirnaty de Pfizer et BioNTech, qui est actuellement le plus utilisé actuellement dans la campagne vaccinale en France. L’institution justifie ce choix par les bons résultats de l’essai clinique de Pfizer/BioNTech sur les enfants, avec un schéma de deux doses de 10 microgrammes, soit une dose trois fois plus faible que celle de deux doses de 30 microgrammes à partir de 12 ans, à 21 jours d’intervalle. Ce vaccin est aussi autorisé depuis début novembre pour une utilisation chez les enfants à partir de 5 ans aux Etats-Unis, ainsi que depuis cet été en Israël pour les enfants à risque de formes graves.
Pour le moment, le Comirnaty ne dispose pas encore d’une extension d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour être injecté à des enfants de moins de 12 ans. Une demande de Pfizer et BioNTech a été déposée auprès de l’Agence européenne des médicaments (EMA) le 18 octobre dernier. Le laboratoire américain Moderna a lui aussi déposé une demande auprès de l’EMA pour utiliser son vaccin Spikevax, basé également sur la technologie ARNm, chez les enfants à partir de 6 ans, le 10 novembre dernier. Ce vaccin n’est pas encore approuvé ailleurs pour les enfants.



