Analyse

Pour William Saurin, un arrêt de production lié à l’énergie... et aux difficultés du groupe Cofigeo

Le groupe Cofigeo, qui possède notamment la marque William Saurin, a mis la plupart de ses sites de production français à l’arrêt début janvier. Si l'inflation de l’énergie et des matières premières est en cause, difficile d’ignorer les difficultés plus structurelles du groupe et le bras de fer en cours avec la grande distribution.

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William Saurin
Les sites du groupe Cofigeo sont à l'arrêt depuis début janvier.

Comme prévu, 80% de la production du groupe Cofigeo est à l’arrêt en ce début d’année 2023. La hausse des prix de l’énergie, et son lot de factures multipliées par dix, venue s’ajouter à celle des matières premières agricoles et des emballages, a été celle de trop. En vertu d’un accord d’activité partielle signé avec les syndicats, 800 des 1 200 salariés du groupe, connu pour ses marques William Saurin, Garbit, Raynal et Roquelaure ou encore Zapetti, ont été placés au chômage technique.

Si Jocelyn Prophète, délégué syndical CFDT du groupe sur le site de Camaret-sur-Aigues (Vaucluse), assure que l’accord «n’a pas été signé de gaieté de cœur», puisque ce dernier va amputer la rémunération de salariés généralement payés autour du Smic, il admet «que les comptes du groupe ne sont pas bons et la conjoncture difficile». Faute d’avoir renouvelé ses couvertures et obligé d'acheter l'énergie sur le marché, le site a fini l’année 2022 alimenté par des groupes électrogènes dopés au fioul.

Un manque d'investissement chez Cofigeo

Le président du groupe Mathieu Thomazeau, a aussi été reçu à Bercy le 3 janvier pour évoquer la mauvaise passe traversée par l’entreprise. Dans un communiqué publié à l’issue de la rencontre, le ministère de l’Industrie assurait aussi que la société était «accompagnée de très près par les services de l’Etat» et qu’elle pourrait «bénéficier en 2023 des aides mises en place pour les entreprises accompagnées par la crise énergétique.» Concrètement, Cofigeo aura le droit à l’aide pour les ETI qui ne sont pas considérées comme les plus énergivores, soit un chèque jusqu’à quatre millions d’euros.

Mais ceux qui suivent l’entreprise depuis des années estiment que le mal est profond. «Les difficultés ne sont pas liées seulement à l’énergie, reconnaît-on à Bercy. Il y a la réalité de la crise énergétique, mais que Cofigeo aille mal, ce n’est pas nouveau.» Plusieurs sources pointent un manque d’investissement et d'efforts d’innovation de la part de l’entreprise au cours des dernières années, et des difficultés ravivées par la crise. «En ce moment, on voit ressurgir les dossiers des entreprises déjà en difficulté», souligne un proche du dossier.

Des négociations commerciales tendues

Différentes sources évoquent aussi un coup de pression mis à la grande distribution, alors que les négociations commerciales, qui voient les prix payés aux industriels pour l'année fixés, sont en cours, et que le groupe Cofigeo doit faire passer des hausses de coûts importantes. «Les négociations annuelles sont devenues un moment de communication agressive», détaille la source précédemment mentionnée. Au risque d’avoir des salariés otages de la situation.

Pour Bercy, la responsabilité de la grande distribution est aussi engagée. «Les distributeurs se présentent comme le bouclier anti-inflation, mais ils sont plutôt le marteau, explique-t-on au ministère de l'Economie. Ils ont maintenu leurs marges, les agriculteurs aussi. L’industrie agroalimentaire, entre les deux, souffre.» En tout état de cause, les négociations entre la grande distribution et Cofigeo semblent bien avancer. La production pourrait reprendre fin janvier. Les sites devraient repartir fort. «Nous allons écraser les frais fixes en produisant le même volume mais avec un mois de moins, confie Mike Girard, délégué syndical CGT sur le site de Camaret. Toutes les lignes vont tourner à plein.»

Pierre-Henri Girard-Claudon avec Solène Davesne

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