Pour son édition 2024, la foire de Hanovre célèbre l’industrie dans un contexte morose en Allemagne

Alors que s’ouvre la grand-messe des technologies de production à Hanovre, en Allemagne, l’économie allemande fait face à une série de défis, à commencer par la cherté de l’énergie, le vieillissement de sa population et la concurrence de plus en plus féroce de la Chine.

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la raffinerie PCK Schwedt en Allemagne
Face à une industrie en perte de vitesse l'édition 2024 de la foire de Hanovre s'annonce maussade.

D’ordinaire, la foire de Hanovre est une immense fête autour de l’industrie, où l’on peut assister à des ballets chorégraphiés de robots ou découvrir les dernières technologies en matière de process industriel ou de numérisation. Mais cette année, l’édition qui se déroule du 22 au 26 avril risque de connaître une ambiance bien plus morose.

Il sera par exemple difficile de faire oublier que Bosch, l’un des plus grands exposants, a décidé de supprimer 1200 emplois dans sa division «systèmes embarqués», en raison du développement décevant du marché allemand de la voiture électrique, notamment depuis la fin brutale du bonus écologique en décembre 2023. Ou que Kuka, leader de l’automatisation et autre star du salon, envisage aussi de couper dans les effectifs de son siège à Augsbourg. Après BASF sur son site historique de Ludwigshafen ou Continental, ce sont ainsi tous les fleurons de l’industrie allemande qui annoncent les uns après les autres des plans d’économies...

Voire des délocalisations, à l’image de Miele, fabricant d'électroménager haut de gamme dont la production de machines à laver pour les particuliers sera transférée par étapes à Ksawerów en Pologne d'ici à 2027. En conséquence, 700 emplois seront supprimés dans l'usine allemande de Gütersloh. Pour se justifier, l’entreprise âgée de 125 ans invoque «une contraction de la demande intérieure et une hausse des coûts de production», en particulier liés à l’énergie. Outre-Rhin, selon la Chambre allemande de commerce et d’industrie (DIHK), en dépit de baisses ces derniers mois, les prix de l’électricité restent pour les entreprises jusqu’à quatre fois plus élevés que dans d’autres pays européens.

Et ces géants ne sont que la partie émergée de l’iceberg : d’après l'Office fédéral de la statistique, le nombre de demandes d'insolvabilité a augmenté de 12,3% entre mars 2023 et mars 2024. «Le fait que la hausse par rapport à l'année précédente était de 18,1% n'offre qu’une maigre consolation, souligne toutefois Marc Evers, chargé du Mittelstand à la DIHK. Car de solides problèmes structurels pèsent sur les sociétés, comme outre les coûts élevés de l'énergie, les difficultés de financement et le manque de main d’œuvre lié au vieillissement de la population.» Ce dernier facteur bouleverse l’équilibre des forces entre les employeurs et les syndicats. Après d’imposantes grèves début 2024, les entreprises allemandes ont en effet consenti à des augmentations de salaires de 5,5% en moyenne, malgré une mauvaise conjoncture.

Economie allemande en berne

Enfin, le passage à vide de l’économie allemande – dont seul l’avenir dira sa capacité de résilience – se heurte également au nouvel ordre du commerce mondial, en particulier avec la Chine, son premier partenaire commercial avec un volume d’échanges de 253 milliards d’euros en 2023. Alors que le gouvernement d’Olaf Scholz a adopté en juillet 2023 une stratégie de réduction de la dépendance vis-à-vis de la Chine, l’Allemagne continue d’être prise en étau : d’un côté, elle est confrontée à une concurrence de plus en plus féroce du pays sur les biens historiquement clés du Made in Germany, à commencer par les véhicules électriques, mais aussi les machines-outils et les batteries. De l’autre, elle cherche à ménager la volonté des entreprises allemandes de s’y développer, qui voient dans le marché chinois le moyen de poursuivre leur croissance.

De fait, alors que la performance économique en Allemagne s'est contractée de 0,3% en 2023, les investissements directs allemands en Chine ont atteint le nouveau record de 12 milliards d'euros la même année. La plupart des grands groupes qui se disent contraints de réduire la voilure dans leur pays d’origine, comme Bosch, Continental ou BASF, n’ont jamais autant augmenté leur chiffre d’affaires réalisé en Chine. C’est pourquoi, tandis que l’Union européenne réfléchit à des mesures anti-dumping contre les produits chinois, l’Allemagne marche sur des œufs et ne soutient pas ce protectionnisme. Il devient pourtant urgent pour Berlin de choisir entre l’avenir de sa production domestique et les intérêts de ses champions à l’international.

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