Pour produire plus de TGV, Alstom investit 150 millions d’euros dans ses usines françaises

Pour résoudre le problème des retards de livraisons et des importantes commandes à livrer dans les prochaines années, Alstom lance un plan d’investissement important pour augmenter ses capacités de production. Il va également recruter 1000 salariés cette année.

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Les investissements d'Alstom dans la production doivent permettre d'augmenter les cadences pour livrer les TGV Inoui.

TGV Inoui, RER NG, RER B, TER en région Sud… Ce n’est pas un inventaire à la Prévert, mais la liste des commandes d’Alstom livrées avec retard. Les explications sont nombreuses, entre les conséquences du Covid, de la pénurie de composants et les commandes très spécifiques. Après le TGV Inoui (ou TGV Avelia Horizon) ou le RER NG, il fallait enrayer cette spirale négative et répondre dans les temps aux prochaines commandes sur un marché en croissance, notamment dans la grande vitesse, Alstom a pris le taureau par les cornes. Le groupe va mettre en place un plan d’investissement de 150 millions d’euros sur fonds propres qui sera réalisé en 2025 et 2026.

«Le marché de la très grande vitesse connaît actuellement une forte croissance et Alstom se réjouit de l’intérêt grandissant pour son train à deux niveaux Avelia Horizon, a déclaré Frédéric Wiscart, le nouveau président d’Alstom France dans un communiqué diffusé vendredi 4 avril 2025. Ce programme sans précédent pour le groupe nous permettra de tenir nos engagements actuels et de renforcer la base industrielle d’Alstom avec des technologies innovantes issues de l’Industrie 4.0, pour mieux servir nos clients.»La production des nouveaux trains à grande vitesse doit doubler d'ici à début 2027 et tripler d'ici à début 2028 pour atteindre 30 rames par an.

Augmenter les cadences sur le TGV Avelia

Concrètement, ce plan prévoit la construction d’une nouvelle ligne d’assemblage pour les TGV Avelia Horizon sur le site Alstom de Valenciennes Petite-Forêt, une première pour cette usine qui fabrique habituellement des métros et trains régionaux. Un investissement d'environ 30 millions d'euros. La Rochelle, site historique pour la construction des TGV, verra ses capacités de chaudronnage et d’assemblage doubler pour répondre aux commandes de la SNCF, mais également de Proxima et du Maroc. L'investissement serait proche de 40 millions d'euros. De plus, une seconde ligne pour la production des trams est aussi prévue dans l’usine rochelaise, mais elle avait déjà été budgétée antérieurement.

Alstom va poursuivre ses investissements pour réduire les temps de production avec des lignes plus ergonomiques comme celle de La Rochelle qui avait été réalisée pour lancer la production des TGV Avelia. Le groupe français mise aussi sur la digitalisation et la simulation par ordinateur, comme par exemple avec le «TrainLab» (investissement de 5 millions d'euros) de La Rochelle qui permet de réduire le temps d’essai des nouveaux trains. Toujours pour les trains à grande vitesse, le site de Belfort va bénéficier d’un investissement de 10 millions d'euros pour construire un bâtiment destiné à préparer la mise en service commercial des rames. Des investissements auront lieu dans la robotisation et les techniques de soudage avancées sur les sites de Petit Quevilly, Ornans, Tarbes et Le Creusot qui produisent des composants. Ils représentent quelques dizaines de millions d'euros.

Insuffisant selon la CGT

«Depuis des années, nous disons à la direction qu’il y a besoin d’investissements importants dans les usines françaises et européennes, rappelle Boris Amoroz, délégué central CGT d’Alstom. 150 millions d’euros, c’est bien, mais c’est une goutte d’eau par rapport aux besoins. Et surtout de biens plus gros investissements sont réalisés dans les usines présentes dans des pays à bas coût.» Dans une interview accordée à l'Usine Nouvelle, Frédéric Wiscart rappelle qu'il s'agit «d'un investissement sans précédent pour la France qui est à même de répondre à une forte croissance du marché sur les trains à grande vitesse». Alstom discute avec d'autres opérateurs pour d'éventuelles commandes sur les lignes à grande vitesse en France ou pour rejoindre l'Angleterre. 

Alors qu’il est souvent reproché aux grands donneurs d’ordre du ferroviaire, l’absence d’une véritable filière qui associerait davantage les fournisseurs dans une co-conception, Alstom va également investir  plus de 10 millions d'euros «dans sa chaîne d’approvisionnement afin d’aider ses fournisseurs à accompagner le groupe». À la CGT, on évoque les retards de livraison provenant des fournisseurs qui ralentissent la production et on reproche à Alstom «d’avoir délaissé de petits fournisseurs français au profit de gros sous-traitants dans des pays à bas coût qui ne délivrent pas dans les temps». Mais «la situation s'améliore et se trouve sous contrôle » admet Frédéric Wiscart 

Enfin, bonne nouvelle pour l’emploi : ces investissements seront assortis de l’embauche d’au moins 1000 personnes en France en 2025. Selon la direction, elles doivent sécuriser près de 2500 emplois auprès des fournisseurs français d’Alstom. Elles nécessitent plusieurs millions d'euros d'investissement dans le développement des écoles de formation interne. «Il y a un besoin de compétences et de formation aux métiers du ferroviaire, conclut Frédéric Wiscart. Nous investissons sur chaque site dans la formation.»

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