Chronique

[Mobil'idées] Pour le Grand Paris Express, le parler vrai ne paye pas

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Métro Grand Paris lignes 16 17
Les tronçons des lignes 16 et 17 prévus pour 2024 ne seront pas prêts pour les Jeux Olympiques.

Thierry Dallard, le président de la Société du Grand Paris, vient d’en faire l’amère expérience. Il n’est jamais bon d’être en conflit avec les politiques et plus précisément avec l’actuel Premier ministre Jean Castex, qui fut délégué interministériel aux Jeux Olympiques de 2024. Surtout, le franc-parler n‘est pas toujours apprécié chez les hommes politiques. Il a été débarqué le 22 février alors qu’il était en sursis depuis plusieurs mois et le changement de locataire à Matignon.

Lorsqu’il remplace Philippe Ivin, à la tête de la Société du Grand Paris (SGP), en mai 2018, il tranche avec son prédécesseur jugé trop conciliant. Interviewé quelques mois plus tard par l’Usine Nouvelle, cet ingénieur en chef des Ponts et chaussées n’hésite pas à affirmer ses convictions et à jouer la transparence à propos des chantiers qui devaient être prêts pour les Jeux Olympiques de Paris en 2024.

Le covid-19 retarde les chantiers

"Je ne vais pas vous le garantir, car c’est impossible de garantir l’absence de gros aléas dans les travaux souterrains. […]Le seul engagement que je peux tenir, que je surveille, c’est que lorsque l’on rencontre une difficulté on n’attende pas trois ou quatre ans pour l’expliquer. En 2024 sont prévues les ouvertures de la ligne 14, dont la maîtrise d’ouvrage est assurée par la RATP, et celles de la ligne 16 et du début de la ligne 17, dont la maîtrise d’ouvrage est assurée par la SGP. Aujourd’hui, elles sont dans le calendrier."

Depuis, la crise sanitaire a donné le coup de grâce à ce calendrier. Seule la ligne 14 devrait être prolongée au sud jusqu’à l’aéroport d’Orly et au nord jusqu’à Saint-Denis Pleyel. Les tronçons des lignes 16 et 17 de Saint-Denis Pleyel jusqu’au Bourget ont pris plusieurs mois de retard sur un planning qui était déjà très tendu. Thierry Dallard avait averti les pouvoirs publics, mais l’opération vérité n’a pas été comprise. Pourtant, il n’a pas lésiné sur les moyens. Aujourd’hui, une vingtaine de tunneliers sont en activité, des centaines de recrutements ont été effectués…

Pas besoin d’un politique pour la SGP

Lors d’une interview à l’Usine Nouvelle en mai 2020, un ancien de la RATP, Pascal Auzannet, aujourd’hui consultant en mobilités, se félicitait de "l’arrivée d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe, [car] l’Etat revient dans le jeu tout en augmentant les moyens humains et financiers à la SGP". Il se réjouissait particulièrement de la présence du "président du directoire Thierry Dallard [qui] bénéficie d’une solide expérience. Pas besoin d’un politique pour piloter les travaux".

Le Premier ministre n’a pas fait la même analyse. Il envisage de nommer un proche, l’énarque Jean-François Monteils, actuel président de la Chambre régionale des comptes de Nouvelle Aquitaine. L’absence d’expérience dans la construction d’infrastructures pour présider la SGP, qui pilote l’un des plus grands chantiers du monde, ne semble pas être un handicap.

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