"Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays et continuer de développer les énergies renouvelables", a déclaré Emmanuel Macron lors d’une allocution télévisée le 9 novembre. Très bien, sauf que personne ne sait dire aujourd’hui combien cela va couter, explique la Cour des comptes. La direction générale énergie climat (DGEC), logée au sein du ministère de la Transition énergétique, ne produit plus d’étude sur les références de la production électrique et doit s’appuyer sur les estimations de l’Ademe, RTE ou de cabinets privés, ont constaté les magistrats, dans une note sur l’analyse des coûts du système électrique en France publiée en décembre 2021.
Ainsi c’est le cabinet Roland Berger qui évalue la robustesse des estimations d’EDF sur les coûts de construction de nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR2 en France. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, avait d’ailleurs promis que le gouvernement publierait ses conclusions de coûts du nouveau nucléaire très vite, juste avant l’annonce du président de la République et alors qu’un rapport intermédiaire interne de la DGEC expliquait pourquoi les nouveaux réacteurs arriveraient plus tard et seraient plus chers que prévu. Bercy tablait initialement sur un coût de 46 milliards d’euros pour six EPR2, hors coûts de financements.
Prendre en compte l'aval dans les coûts de construction
Probablement sous-estimé, ce coût est de toute façon incomplet, estime la Cour des comptes, qui demande au moins à "prévoir et expliciter, pour les scénarios de mix électrique comprenant une hypothèse de renouvellement du parc nucléaire, la prise en compte des investissements associés à l’aval du cycle du combustible". Pas question de laisser de côté le coût des piscines d’entreposage des combustibles usés, qui arrivent à saturation chez Orano, ou celui d’une éventuelle conversion en déchets radioactifs, qu’il faudra bien stocker. Et même sur les coûts de construction eux-mêmes, la Cour sait que les montants utilisés pour chiffrer ses scénarios de mix électrique à 2050, entre 4 165 et 5 100 €/kW pour trois paires de réacteurs, ne sont que "provisoires", le développement de nouvelles capacités nucléaires en France est "à nouveau en phase d’apprentissage", comme avec Flamanville 3.

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Mais c’est sur le calcul des coûts de production de l’électricité (LCOE), que la Cour des comptes alerte le plus. Et si elle demande, tant à la DCEC qu’à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) d’une part de "définir et publier une méthodologie d’établissement des coûts dans la perspective d’une nouvelle régulation du nucléaire" et d’autre part de "calculer le coût complet de chaque scénario de mix électrique, en ayant recours à des variantes de coûts et de taux d’actualisation, en fonction des risques associés au développement de chaque filière de production", ce n’est pas rien.
Unifier le calcul des coûts de production
Non seulement il existe deux grandes approches pour prendre en comptes les investissements dans le calcul des coûts de production, comptable ou économique, qui donnent déjà des résultats très différents selon le rythme des amortissements choisi, observe la Cour des comptes. Mais en plus, il existe des approches hybrides, comme celle utilisée par la commission Champsaur pour fixer à 42 euros/ MWh le tarif de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) auquel EDF doit vendre jusqu’à 2025 100 TWh d’électricité aux fournisseurs qui le demandent.
Or en refaisant les calculs des coûts de production du nucléaire historique, la Cour des comptes arrive avec une approche comptable proche de 42 €/MWh, mais à 60 €/MWh avec une approche économique et jusqu’à 64,8€/MWh si le calcul est fait pour l’année 2019 ! A l’heure où le gouvernement voulait réformer l’Arenh, pour donner de l’air à EDF, il est en effet urgent de s’accorder sur un mode de calcul prenant bien tout en compte, et ce en toute transparence. D’autant plus si celui-ci ne doit pas seulement concerner le nucléaire historique, mais aussi l’électricité produite par l’EPR de Flamanville (Manche), dont le coût définitif de construction n’est toujours pas connu.



