C'est peut-être le dossier le plus compliqué du nouveau nucléaire français. Gelé à l’été 2021 par le gouvernement après deux ans de négociations avec Bruxelles, le projet Hercule de refonte d’EDF et du mécanisme Arenh (accès réglementé à l’électricité nucléaire historique) est toujours sur la table. Il a entre-temps été rebaptisé Grand EDF pour souligner, à l’attention de salariés vent debout contre le projet, l’idée que malgré la création de trois EDF – bleu nucléaire, turquoise hydraulique et vert renouvelables, réseau et commercial –, l’intégrité du groupe serait conservée.
C’est même, selon Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, la « ligne rouge » qui a fait achopper les négociations avec la Commission européenne. Cette dernière, garante de la libre concurrence, réclame l’étanchéité des capitaux entre les activités nucléaires et hydrauliques d’EDF et ses activités concurrentielles (EDF vert). Les premières seraient nationalisées pour permettre à l’État de financer les nouveaux EPR et de régler le problème des concessions de barrages, les secondes introduites en Bourse pour financer les grandes ambitions d’EDF dans les renouvelables.
400 TWh concernés à terme
Un relèvement du prix de l’Arenh s’impose pour garantir à EDF une meilleure couverture de ses coûts nucléaires en France.
— Ivan Pavlovic, spécialiste énergie de Natixis CIB
Une étanchéité non garantie, mais d’autant plus importante que le projet prévoit – c’est même son premier objectif – d’augmenter le prix de l’Arenh, auquel EDF doit vendre le nucléaire historique aux autres fournisseurs français. Il s’agit aussi de l’étendre à toute la production du parc nucléaire actuel, soit jusqu’à 400 TWh, contre 100 aujourd’hui. « Un relèvement du prix de l’Arenh s’impose pour garantir à EDF une meilleure couverture de ses coûts nucléaires en France, gage d’amélioration de son profil de crédit et de ses conditions d’accès aux marchés de capitaux pour le financement de ses nouveaux projets », explique Ivan Pavlovic, spécialiste énergie chez Natixis CIB.
Mis en place en 2010 pour quinze ans afin de permettre à EDF de rester un groupe intégré lors de la libéralisation du marché de l’énergie, l’Arenh le pénalise lorsque les cours de l’électricité sont hauts, mais garantit une électricité à prix bas aux Français. Nécessaire, sa réforme passe obligatoirement par Bruxelles. La restructuration d’EDF doit, elle, passer par la loi. À moins que, comme le demandent les syndicats du groupe, l’État réussisse à le recapitaliser sans le tronçonner. Ce qu’il avait déjà fait en 2017 avec une augmentation de son capital d’environ 4 milliards d’euros, pour lui permettre notamment d’acheter Framatome après l’implosion d’Areva. Or l’État actionnaire voudrait maintenant qu’EDF intègre les activités nucléaires de General Electric, héritées d’Alstom. De quoi confirmer l’électricien national comme champion nucléaire, mais compliquer encore un peu plus l’équation vis-à-vis de Bruxelles.



