Des mois que le chiffon brûle entre EDF et les fournisseurs alternatifs d’électricité. En cause, le mécanisme de l’Arenh – l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique – , qui oblige EDF à vendre, jusqu’en 2025, 100 térawattheures de son électricité nucléaire au tarif de 42 euros le mégawattheure aux fournisseurs qui le demandent. Mais sans autre obligation de leur part que de passer commande en novembre pour toute l’année suivante.
Quand l’électricité est peu chère, ils se fournissent sur les marchés. Depuis deux ans, le prix de l’électricité sur les marchés européens avoisinant les 55 euros, les fournisseurs se sont précipités sur l’aubaine et ont commandé en masse, sans obtenir tous les volumes demandés. Las, le Covid-19 a fichu en l’air toutes leurs prévisions de consommation. Total Direct Énergie, Gazel Energie (ex-filiale de l’allemand Uniper), le suisse Alpiq et le suédois Vattenfall ont invoqué une clause de force majeur pour suspendre les livraisons d’EDF.
Les trois premiers ont obtenu gain de cause fin mai en référé devant le tribunal de commerce de Paris. EDF a fait appel et, considérant le délai de deux mois de suspension dépassé, fait jouer une clause de résiliation des contrats à partir du 18 juin jusqu’à fin 2020. Au-delà du différend commercial, se cachent deux réalités. D’une part, EDF, perdant des clients par wagon au profit des fournisseurs alternatifs notamment à cause de l’Arenh, se trouve confronté à un problème de financement de ses investissements. D’autre part, en lissant le prix de l’électricité à un bas niveau, ce mécanisme n’incite ni les clients, ni les fournisseurs à la sobriété énergétique. Entraînant même une guerre fratricide dont les objectifs climat de la France, même avec une électricité largement décarbonée, pourraient être les premières victimes.



