Pour avoir une chance de rester sous la barre des 1,5°C, les réserves mondiales de pétrole, méthane et charbon doivent rester sous terre

Limiter le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C d’ici à 2050 est peut-être encore possible, d'après une étude publiée dans Nature début septembre. Pour cela, environ 60% du pétrole et du méthane et 90% du charbon des réserves mondiales doivent rester sous terre. Et ces objectifs pourraient bien être sous-évalués.

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Extraction de pétrole
L'utilisation des énergies fossiles doit être réduite drastiquement pour rester sous la barre des 1,5°C.

Paris, le 12 décembre 2015. L'accord de Paris est signé par 196 parties lors de la COP 21. L'espoir de limiter le réchauffement climatique en priorité en dessous de 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle est relancé. Six ans plus tard, le pari semble raté. La limite des 1,5°C devrait être dépassée quoi qu'il arrive, révèle le Giec dans son sixième rapport. À moins de prendre des mesures drastiques, comme le décrit une étude publiée dans Nature le 8 septembre 2021. Il s'agirait notamment de conserver 60% des réserves mondiales de pétrole, de méthane, et 90% de celles de charbon sous terre d’ici à 2050. Et même avec de telles mesures, les résultats ne sont pas assurés.

Malgré les nombreuses alertes, les projets d'extraction d'énergies fossiles ne semblent pas aller dans le bon sens. « Des coupes drastiques dans l'utilisation de ces énergies sont nécessaires pour rester sous la barre des 1,5°C », décrit Dan Welsby, l'un des coauteurs de l'étude et chercheur à l'University College de Londres, lors d'une conférence de presse. Les modèles utilisés dans l'étude estiment notamment que les productions de pétrole et de gaz doivent diminuer de 3% par an jusqu'en 2050, pour atteindre cet objectif. Pour le charbon, il s'agit d'une baisse de 6% par an.

Des prévisions revues à la hausse

Pour arriver à ces résultats, les scientifiques se sont appuyés sur une autre étude parue dans Nature en 2015. Celle-ci estimait qu'un tiers des réserves de pétrole, la moitié de celles de gaz et 80% du charbon devaient rester inutilisées pour avoir une probabilité élevée de ne pas dépasser les 2°C. Les estimations de cette nouvelle étude sont donc en forte hausse par rapport à 2015, même si les objectifs sont plus complexes à atteindre. Les chercheurs mettent en avant le pétrole, dont 25% supplémentaires des réserves devrait être préservés pour rester sous la barre des 1,5°C.

Des zones à sauvegarder

« Les réserves de charbon doivent globalement rester intactes à au moins 80%, avec des régions au-dessus de 95% comme les États-Unis, l'Australie ou d'autres pays de l'OCDE », précise James Price, aussi coauteur de l'étude. Les scientifiques espèrent que certaines zones du globe seront sanctifiées et leurs réserves inexploitées, comme l'Arctique et des parties du Canada. Cependant, le nerf de la guerre repose sur les pays ayant les plus grandes capacités de production, notamment le Moyen-Orient et les pays de l'Europe de l'Est. « Ce sont eux qui ont la plus grande influence sur le tableau mondial », peut-on lire dans le travail des scientifiques.

Pour autant, même avec de telles mesures, rien n'assure de rester en dessous de 1,5°C. Les modèles utilisés par les chercheurs ne donnent qu'une probabilité de 50% d'atteindre cet objectif. « Nos résultats sont certainement sous-estimés, explique James Price. Il existe de nombreuses incertitudes quant aux rétro-effets sur le climat et sur l'échelle à laquelle seront déployées les solutions à émissions négatives de carbone. »

Repenser l'industrie de l'énergie fossile

Actuellement, les énergies fossiles représentent 81% de la consommation globale et continuent de dominer le système énergétique mondial. « Les entreprises d'énergies fossiles et leurs investisseurs doivent sérieusement réévaluer leurs perspectives de production », écrivent les scientifiques. « Les compagnies pétrolières et gazières doivent reconnaître que l'extraction d'énergies fossiles n'est pas compatible avec les objectifs fixés par l'accord de Paris », ajoute Steve Pye, autre coauteur et chercheur à l'University College de Londres.

Pour répondre aux exigences écologiques, de nombreuses régions devraient atteindre leur pic de production maintenant ou durant la prochaine décennie. « Dans les pays dépendant essentiellement de l'extraction d'énergie fossile, beaucoup d'emplois reposent sur ces activités, souligne Steve Pye. Le développement de nouveaux secteurs à faible émission de carbone de leurs économies est donc essentiel pour compenser ce manque de travail et de revenus. » La transition est risquée. Les interrogations qui l'entourent doivent vite trouver des réponses pour avoir une chance de respecter l'objectif principal de l'accord de Paris : rester en dessous de 2°C.

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