"La pandémie actuelle est la parfaite illustration de la théorie du chaos, popularisée avec l’image du battement d’ailes d’un papillon à Singapour qui provoque un ouragan au Texas. Un phénomène apparemment anodin et local a un impact majeur sur le chômage, les transports, le tourisme dans le monde. On s’attendait à une telle pandémie, mais on ne savait pas quand ni sous quelle forme. Nous sommes dans le cas d’une propagation exponentielle typique. Je constate avec regret à quel point nous vivons encore, en France, dans une société très rigide, très pyramidale, où la solution vient d’en haut.
Il faudra à l’avenir tenir davantage compte du feedback citoyen, donner de l’air à la société, aux individus. La question de la vie privée telle qu’elle apparaît dans le débat sur le traçage numérique manque l’essentiel. La vie privée sera de moins en moins un droit garanti par l’État, mais davantage un compromis entre les individus et des entreprises. On passera de plus en plus par des contrats plutôt que par la loi. D’ores et déjà, on abandonne une partie de nos vies privées à Amazon et aux autres. On a assimilé le tracking à la reconnaissance faciale et au système chinois de crédit social. Sur ces questions, il faudra être vigilant, car je me méfie de ce que le philosophe Michel Foucault a appelé la “biopolitique”, la tentation de certains dirigeants d’instrumentaliser la biologie, la santé, pour faire le bien des individus malgré eux.
Les individus, le partage d’informations horizontalement, sont des solutions à privilégier. Nous sommes de mieux en mieux informés, notamment via les réseaux sociaux. Pour l’après-Covid-19, je crois que la souplesse, la capacité à surfer sur l’imprévu, seront essentielles dans le monde qui s’annonce."



