[Penser l'après-Covid] "Aligner la croissance avec les intérêts de la société et de la planète, c'est possible", selon Marie Ekeland

Quel monde après le Covid-19 ? La réponse de Marie Ekeland, entrepreneure française spécialiste du financement de start-up, cofondatrice du fonds d’investissement Daphni.

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Marie Ekeland
Marie Ekeland

"La crise actuelle interroge la stratégie de développement des start-up. Le modèle dominant est la recherche de parts de marché, la démonstration de sa capacité à croître pour lever des fonds. La profitabilité passe au second plan, comme l’illustre le modèle de Uber, qui s’est positionné comme leader sur son marché et est loin d’être rentable. Ce schéma de croissance, alimenté par une forte disponibilité de capitaux financiers, sera remplacé par un autre, fondé sur un modèle d’affaires plus équilibré.

Comme la France prend conscience de sa dépendance à l’Asie pour se fournir en médicaments et en matériel médical, les start-up réalisent la leur au monde de la finance. En cette période critique, les entreprises constatent qu’elles ne peuvent plus faire reposer leur croissance sur les levées de fonds. Elles doivent gagner en profitabilité pour gagner en autonomie.

Leurs fragilités renvoient aussi à leur chaîne logistique et à leur modèle d’affaires, qui repose souvent sur un produit et sur une cible client. Nous allons sortir du paradigme de l’hyperspécialisation pour aller vers une diversification. Avoir plus de produits, plus de clients pour créer des écosystèmes résilients. Nous sommes dans un moment de bascule. Les rôles modèles de demain sont à inventer. Jusqu’à présent, il y avait le monde du profit, piloté par la recherche de croissance à tout prix, et le monde hors profit, renvoyant à la philanthropie, au rattrapage des conséquences négatives de cette croissance.

Or nous comprenons que certaines choses ne sont pas rattrapables, comme la destruction de la biodiversité et de milieux naturels, l’extinction d’espèces. Les crises liées au réchauffement climatique arrivent plus vite qu’on ne le pensait. Les entreprises qui réussiront dans le monde de demain sont celles dont le modèle sera aligné avec les intérêts de la planète et avec ceux de la société. Car les deux sont liés : la destruction de la planète créée des inégalités sociales très fortes aujourd’hui, mais aussi pour les générations futures. Moi, ce sont des entreprises résilientes et à la croissance fertile pour la société et la planète que je veux financer. Cette orientation de la finance sera-t-elle le fait d’individus ou institutionnelle ? L’impulsion viendra d’abord des individus. Mais quand nous verrons que les entreprises qui marchent sont celles qui sont ancrées dans un écosystème robuste et fertile, celles qui savent se conjuguer avec le réchauffement climatique, alors toute la finance suivra."

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