"Cette crise sanitaire va permettre à la France de faire un grand pas sur le déploiement du numérique. C’est déjà le cas en santé avec la télémédecine, par exemple, parce que l’on comprend l’utilité de la technologie. La télémédecine permet d’éviter le risque de contagion et de donner à tous l’accès aux soins. Le confinement nous apprend aussi l’intérêt du digital pour éduquer à distance, garder le lien avec ses proches, être informés.
Or il y a en France une fracture numérique. Quatre personnes sur cinq ont un téléphone mobile, mais c’est moins de 40 % chez les plus de 70 ans. L’accès à internet n’est pas possible partout en France. En même temps que nous apparaît l’intérêt du numérique, nous constatons que nous ne sommes pas si avancés dans son déploiement.
Pour accélérer l’appropriation des outils digitaux avec un consentement éclairé des citoyens, un double effort doit être fait : de pédagogie, pour expliquer l’intérêt et l’utilité des technologies, et de transparence, en créant des outils numériques éthiques by design qui favorisent leur compréhension. Le monde de demain doit remettre la science et les humanités au cœur de la société et de la cité. Nous devons être conscients de ce dont nous nous servons : des capacités des systèmes, des serveurs où vont nos données, du profilage pour cibler les suggestions des systèmes. Aujourd’hui, par paresse, nous utilisons les objets les plus faciles d’usage, qui sont souvent les moins transparents. Quand nous demandons une recommandation à une enceinte connectée, ses réponses, donc nos choix, sont régies par des accords passés avec des commerçants. C’est de la manipulation. Nous fournissons des données à ces gadgets sans nous préoccuper du fait qu’elles partent aux États-Unis sans notre consentement éclairé.
Dans le débat autour d’une application mobile de suivi des contacts des personnes infectées, des discours plus pédagogiques, plus ouverts, ont commencé à émerger pour répondre aux risques éthiques. Nous devons changer notre approche sur le numérique. Il ne s’agit pas d’être dans des positions extrêmes, il faut évaluer l’apport des systèmes et trouver les garde-fous pour se protéger et protéger notre société contre ces risques. Sachant que l’éthique renvoie au respect de la donnée privée, mais aussi à celui des droits fondamentaux de l’homme (équité, justice, liberté...). C’est comme cela que nous créerons les conditions de la confiance nécessaire pour exploiter toute l’utilité du digital. La grande leçon que nous devons tirer de cette pandémie, c’est de considérer le déploiement du numérique dans son contexte d’utilité sociale et économique."



