Ça ne mousse plus pour Heineken. Le brasseur néerlandais (84 000 salariés dans plus de 70 pays) a confirmé, mercredi 10 février, son intention de supprimer 8000 postes. Une réduction des frais de personnel d’environ 20% au siège social est notamment prévue à la fin du premier trimestre de 2021. La charge de restructuration totale sera d'environ 420 millions d'euros, et les économies directes sur les charges de personnel d'environ 350 millions d'euros.
L’entreprise annonce par ailleurs vouloir réaliser 2 milliards d’euros d’économies en deux ans à travers une refonte de son organisation, courant 2021, “pour être plus efficiente et efficace”. Un plan centré sur la productivité et l’optimisation de la logistique, ainsi que des mesures dédiées à la productivité commerciale visant les dépenses “les moins efficaces”. Autant de mesures destinées à compenser les effets d’une année difficile, avec une perte nette de 204 millions d’euros en 2020, contre un un bénéfice net de 2,1 milliards d'euros en 2019. Les ventes ont plongé de 17%, à 23,8 milliards d'euros.
Les volumes de bière vendus ont reculé de 8,1% en 2020 (-8,2% en Europe). “Le Covid-19 continue d'avoir un impact matériel sur nos performances, affectant toutes les zones géographiques et tous les marchés alors que les gouvernements du monde entier ont pris des mesures pour atténuer la pandémie, notamment la restriction des mouvements de population, la distanciation sociale, les fermetures de magasins et les fermetures temporaires des installations de production”, explique Heineken. Le deuxième brasseur mondial a mis en place, au long de l’année 2020, plusieurs mesures de réduction de ses dépenses, en suspendant des projets et en annulant les primes des cadres supérieurs.
Pas de fermeture d'usine en France
La France n’échappera pas à cette réduction de la voilure. Heineken Entreprise, l’entité brasseur du groupe qui emploie en France 1400 personnes, travaille actuellement sur “un projet de réorganisation visant à sauvegarder sa compétitivité alors que l’entreprise fait face à une dégradation de ses résultats", indique la filiale française d’Heineken à L’Usine Nouvelle.
En 2020, Heineken a perdu en France 45% de ses volumes de bières commercialisés en circuits hors-domicile. Une situation qui s’ajoute à des difficultés identifiées depuis 2018. “La déflation structurelle d’année en année en grande distribution, l’augmentation significative des coûts, le mix produit évoluant défavorablement, impactent fortement les marges et pèsent sur la rentabilité”, avance l’entreprise, qui planche sur un projet qui pourrait entraîner la suppression de 85 postes et la création de 10 postes. Sur les 85 postes supprimés, 30 sont actuellement vacants. Sont concernées pour moitié les fonctions commerciales hors-domicile, ainsi que les fonctions support et la supply chain. Les départs volontaires seront privilégiés dans un premier temps.
Les trois brasseries françaises - situées à Mons-en-Barœul (Nord), Schiltigheim (Bas-Rhin) et Marseille (Bouches-du-Rhône) - ne seront pas concernées par le plan de restructuration. Elles produisent plus de 90% des bières commercialisées en France, où le groupe occupe une position de leader du marché. Heineken annonce des nouveautés produit courant 2021, ainsi qu’une offre de bière en vrac. Un conditionnement déjà testé, dans quelques magasins Monoprix franciliens, par Gallia, l’une des brasseries artisanales dont le groupe est actionnaire.
Le sans-alcool et le digital progressent
Le brasseur relève néanmoins certains motifs de satisfaction. La marque phare du groupe, Heineken, a limité les pertes de ses volumes à 0,4% sur un an. Une croissance à deux chiffres a été enregistrée dans certains pays dont le Brésil, la Chine, le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Chili ou la Corée du Sud. En France, Desperados, qui dispose de plusieurs références en bouteille, a connu une croissance à deux chiffres. La bière sans alcool Heineken 0.0 a aussi vu ses ventes progresser. Elle est désormais vendue dans 84 pays - une stratégie déclinée sur les autres grandes marques. Les trois sites internet mondiaux de vente en direct aux particuliers ont vu le nombre de leurs clients tripler en un an.
“Nous prévoyons que les conditions du marché s'amélioreront progressivement au cours de la deuxième partie de 2021 et continueront de s'améliorer jusqu'en 2022, avec des différences importantes entre les marchés et les canaux. En particulier, nous assistons à une lente reprise du canal on-trade en Europe”, explique Heineken, malgré la fermeture des cafés-hôtels-restaurants toujours d’actualité dans de nombreux pays.
En 2021, Heineken, qui exploite plus de 300 marques de bières et cidres, lancera de nouveaux hard seltzers, un segment qu’il a commencé à défricher depuis l’automne au Mexique et en Nouvelle-Zélande. La semaine dernière, le brasseur danois Carlsberg prévoyait pour sa part un bénéfice d'exploitation en hausse de 3% à 10% en 2021.



