Entretien

"Nous voulons faire de France Rail Industry (Hayange) le plus grand producteur de rails d’Europe". Entretien avec le patron du groupe indien Jindal

C’est un dossier industriel chaud du gouvernement. Le 17 juillet, le tribunal de commerce de Strasbourg doit examiner les cinq offres déposées pour la reprise du site de France Rail Industry (FRI) à Hayange (Moselle), seul fabricant de rails de l'Hexagone et principal fournisseur de la SNCF. Parmi les candidats figure le géant indien Jindal Steel & Power. Entretien exclusif avec son président, Naveen Jindal.

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Naveen Jindal, le président du conglomérat indien Jindal Steel & Power Limited (22 milliards de dollars de chiffre d’affaires)
Naveen Jindal, président de Jindal Steel & Power, détaille sa proposition pour FRI Hayange et explique pourquoi il ne souhaite pas y intégrer Ascoval.

Vendredi 17 juillet, le tribunal de commerce de Strasbourg (Bas-Rhin) devra examiner les cinq offres déposées pour la reprise du site de France Rail Industry (FRI) à Hayange (Moselle), seul fabricant de rails de l'Hexagone et principal fournisseur de la SNCF. Un dossier ultra-sensible suivi de près par le gouvernement français, qui appelle à une reprise concomitante de l'aciérie Ascoval à Saint-Saulve (Nord).

Sur les rangs figurent ArcelorMittal, le groupe indien Jindal, le groupe britannique Olympus Steel (déjà propriétaire d’Ascoval), Liberty Steel (branche acier du groupe indo-britannique GFG Alliance) et British Steel (du groupe chinois Jingye). Dans le cadre d'un comité social et économique organisé le 15 juillet, l’intersyndicale de FRI indique avoir émis un avis "favorable" à l'offre de reprise de Jingye, qui "semble être la plus intéressante", et donné un avis "défavorable" aux quatre autres candidats. "Même si les Chinois n'ont pas bonne réputation en matière de reprise, que l'on ne connaît pas leur réelle volonté, que leur plan industriel est aujourd'hui ambitieux (450 000 tonnes), ce sont les seuls à avoir un projet réalisable pour Ascoval", se justifie l’intersyndicale CFDT, CFE-CGC et FO.

Dans un entretien exclusif à L’Usine Nouvelle, Naveen Jindal, le président de Jindal Steel & Power (unique fabricant privé de rails indien, déjà exportateur de rails vers le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Asie du Sud-Est, et filiale du conglomérat O.P. Jindal aux 22 milliards de dollars de chiffre d’affaires), détaille sa proposition pour FRI Hayange et explique pourquoi il ne souhaite pas y intégrer Ascoval.

L'Usine Nouvelle. - Quelles sont votre présence et vos ambitions en Europe et en France ?

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Naveen Jindal. - Nous ne sommes pas localisés en Europe et en France, c’est la raison pour laquelle nous recherchons une base où nous établir. Nous figurons parmi les plus grands producteurs d’acier en Inde. Nous disposons déjà en Inde et à Oman des capacités pour faire des blooms, barres d'acier à section carrée pour réaliser des rails, que nous fournissons notamment à Hayange (25 000 tonnes de blooms livrées cette année).

Pourquoi êtes-vous intéressé par le site France Rail Industry (FRI) d’Hayange ?

Nous avons beaucoup de respect pour le travail réalisé par cette usine depuis une centaine d’années. Je l’avais visitée il y a deux ans, juste par intérêt, afin de voir le process utilisé car nous sommes passionnés par la fabrication de l’acier. Nous pensons qu’il y aurait de nombreuses synergies possibles entre nous et Hayange, qui ne fabrique pas d’acier et a besoin de s’approvisionner en blooms. Nous sommes en mesure de lui offrir un sourcing complet et pérenne. Et nous sommes très intéressés par les laminoirs que nous pensons pouvoir rendre plus compétitifs. Notre ambition est de faire d’Hayange le plus grand producteur de rails en Europe, en faisant passer ses capacités de production à 750 000 tonnes par an, contre 350 000 aujourd’hui.

L’État français a prévenu que la priorité serait donnée aux offres de reprises communes pour FRI et Ascoval, ce qui n’est pas votre cas. Pourriez-vous changer d’avis ?

Nous croyons qu’il faut faire une chose à la fois. Pour nous, Hayange a besoin d’être sécurisé et rendu rentable, nous estimons que notre proposition est la meilleure dans son intérêt. Si nous avions l’opportunité de l’acquérir, nous honorerions l’intégralité du contrat avec Ascoval qui est de 140 000 tonnes de blooms. Mais nous ne croyons pas sincèrement qu’il faut les reprendre ensemble. Ascoval a ses propres challenges. Des solutions indépendantes doivent être trouvées, sinon on risque de créer un plus gros problème qu’une solution.

Vous ne craignez pas que cela vous exclut du processus de sélection ?

C’est possible, mais si le tribunal voit que nous agissons dans l’intérêt d’Hayange, il nous fera confiance. Personnellement, je pense que le marché de l’acier rencontre de grands challenges, il est bien plus difficile de le fabriquer en Europe qu’en Inde. Les coûts de fabrication plus élevés d’Ascoval pourraient être un fardeau pour Hayange.

En quoi votre offre serait meilleure que celles de vos concurrents Liberty Steel ou British Steel ?

Nous sommes parmi les plus grands producteurs d’acier à bas coût dans le monde, nous travaillons par ailleurs déjà avec Hayange et pouvons lui fournir durablement de l’acier d’excellente qualité et lui faire ainsi augmenter sa part de marché en Europe. Nous n’avons pas de conflits avec d’autres investissements en cours en Europe. Des concurrents pourraient vouloir faire des économies d’échelle, maximiser la production d’un endroit à un autre, nous nous souhaitons lui donner tout son potentiel. Nous voulons faire d’Hayange le producteur de rails le plus compétitif d’Europe et aussi le plus grand. Il est actuellement 4e ou 5e…

Avez-vous rencontré les syndicats de FRI Hayange ? Quelles garanties apportez-vous sur l’emploi et l’investissement?

Nous avons échangé avec les syndicats, les élus locaux et nos conseillers en France discutent avec le Ministère de l’Economie, car les circonstances [la pandémie de Covid-19, ndlr] ne nous permettent pas de le faire. Nous nous engageons à garder tous les emplois durant deux ans. Et à recruter dans le futur si nous parvenons à augmenter la production. Quels que soient les investissements requis, nous serons heureux de les réaliser. Mais beaucoup de choses peuvent déjà être faites pour améliorer la compétitivité et l’efficacité, sans nouvelles machines.

Notre track record passé est notre garantie : nous sommes parvenus à redresser le site d’Oman que nous avions racheté, qui opère désormais à 90% de ses capacités et avec 1 000 salariés, et nous avons également d’excellents résultats en Inde. Nous n’avons jamais fermé la moindre usine sidérurgique, nous avons toujours modernisé nos sites et augmenté leurs productions.

Et sur le plan environnemental ?

Hayange est déjà bon, et la production de rails en acier n’est pas en soi un enjeu environnemental.

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