Alors que la croissance française patine et que la production industrielle est en recul, "Global Industrie", le grand rendez-vous de référence du secteur ouvert ce 25 mars à Villepinte (Seine-Saint-Denis), peut agir comme un séminaire de remotivation géant. «On ne peut pas avoir l’espérance d'une renaissance industrielle si nous n’avons pas un grand évènement moteur», lance Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance en ouverture, face à un panel d'une soixantaine de dirigeants d'entreprises industrielles.
Une réindustrialisation en marche malgré le ralentissement économique
«Bien entendu, l’économie a un peu ralenti. Mais il est beaucoup trop tôt pour se poser la question de savoir si l’industrialisation française sera stoppée dans son élan», ajoute Nicolas Dufourcq, résolument optimiste. «Nous sommes au cœur d’une renaissance industrielle», martèle de son côté Roland Lescure, le ministre de l’Industrie et de l’Énergie. Deux chiffres sont repris en chœur par les deux porte-voix de l’industrie française : les usines tricolores ont contribué à hauteur de 130 000 emplois créés depuis 2017. Et sur la même période, la France enregistre un solde positif de 300 créations d'usines. «Néanmoins, une certaine partie de nos concitoyens restent convaincu que nous sommes inscrits dans un déclin industriel inexorable. À nous de les convaincre du contraire», appuie Nicolas Dufourcq.
A une certaine morosité économique s'ajoute une rigueur budgétaire nouvelle. Mais alors que les tours de vis se multiplient au ministère de l’Économie, qui compte trouver 20 milliards d’euros dans les comptes publics en 2025, le ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie a tenté de rassurer l'auditoire. «Je le répète : le budget de France 2030 de 54 milliards d’euros n’est pas touché par la coupe budgétaire.» Bpifrance rappelle également que son enveloppe annuelle d’investissements ne bougera presque pas : 11 milliards d’euros injectés en 2023 et 35 milliards d’euros prévus sur les trois prochaines années.
Mieux : l'Europe a ouvert le robinet à subventions pour soutenir l'essor de l'industrie verte et des gigafactories de batteries et de puces, face à la concurrence de l'Inflation industry act américain. «L’Europe a décidé de signer des subventions à l’industrie. C’était impensable il y a quelques années», rappelle le ministre.

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Des start-up industrielles toujours plus dynamiques
La nouvelle génération de start-up industrielles françaises prend de plus en plus de place à Global Industrie. «Nous comptons au total 2500 start-up industrielles en France », expose Nicolas Dufourcq. «Il n’y en avait pratiquement pas quatre ans auparavant. Celles-ci ont levé 4 milliards d’euros en 2023, soit l’équivalent de plus d’un tiers de ce que la BPI a prêté sur la même année.» Le tissu de start-up industrielles représente un enjeu majeur pour l'avenir de l'industrie, alors que la France doit combler son retard en matière d'innovation. «Le taux de robotisation de la France est inférieur à celui de l’Allemagne », rappelle Doris Birkhofer, présidente de Siemens France, à L’Usine Nouvelle. «On peut être tenté de le regretter. Néanmoins, dans le cadre d’une politique de réindustrialisation comme celle de la France, c’est plutôt une chance. Ces nouvelles usines auront ainsi la possibilité de se doter dès le début de nouvelles technologies, alors que moderniser un appareil productif ancien est, au contraire, plus difficile.»
Le besoin d'une énergie décarbonée à prix bas
Mais la réindustrialisation et l'émergence d'une nouvelle génération d'industriels seront-ils freinés par l'indisponibilité d'une électricité verte bon marché ? Non, a assuré le PDG d'EDF le 25 mars, en ouverture du salon. «Nous avons déjà conclu plus de 500 contrats sur le moyen terme avec des entreprises sur des prix inférieurs à 70 euros par mégawattheure – sous la cible du gouvernement », a déclaré Luc Rémont. «Nous exportons 10GW par jour. Nous avons la capacité d’absorber la réindustrialisation jusqu’en 2030.»
Mais les chantiers pour préparer le parc énergétique français après 2030 semblent herculéens : maintenir les centrales existantes, développer le réseau électrique pour absorber les renouvelables, construire un parc nucléaires neuf. «Nous estimons le besoin à 25 milliards d’euros par an, soit deux fois plus que ce que nous avons fait durant la période de construction de nos 58 réacteurs. Nous avons désormais besoin d’entreprises partenaires pour réaliser ces chantiers», lance le PDG d’EDF, devant une salle attentive. Et qui attend sans doute de l'énergéticien français des actes, en plus des paroles, vu ses difficultés à mener de front ses chantiers majeurs ces dernières années.



