L'Usine Nouvelle. – Votre fusée Zéphyr est positionnée dans la catégorie des microlanceurs. Quelles seront ses performances ?
Stanislas Maximin. – Notre lanceur Zéphyr pourra envoyer jusqu’à 70 kilos de charge utile à 600 kilomètres d’altitude. Ce sera une fusée de 15 mètres de haut. A chaque vol, elle pourra transporter des minisatellites de la taille d’une boîte à chaussures, qui pèsent entre 5 à 25 kilos, et provenant de deux à trois clients maximum.
Quel est l’intérêt des microlanceurs par rapport aux lanceurs classiques ?
Ces minisatellites se sont développés ces dernières années. Par contre, les lanceurs n’ont pas évolué. Les fusées, comme Ariane 5 d’Arianespace ou Falcon 9 de SpaceX, ont été désignées pour envoyer des gros satellites très loin. Il s’agit de fusées gigantesques de 70 mètres de hauteur, capables d’envoyer 20 tonnes en orbite. Elles sont inabordables en termes de prix pour les petites charges utiles.
Du coup, les petits satellites sont réduits à être des passagers secondaires aux côtés d’un grand satellite qui est le passager principal du lanceur, et impose le calendrier de lancement et l’orbite de destination. Pour les porteurs de projets de petits satellites, c’est extrêmement contraignant. Cela génère des délais et donc un manque à gagner. Avec les petits lanceurs, le système de lancement s’adapte à la taille des satellites envoyés.
Quel est le potentiel du marché que vous visez ? A quel type de clients s’adresse votre offre ?
Le marché des lancements pour microlanceurs se chiffre à plusieurs de centaines de tirs par an au niveau mondial.
— Stanislas Maximin
Nous estimons que le marché des lancements pour microlanceurs se chiffre à plusieurs de centaines de tirs par an au niveau mondial. Cela exclut le marché chinois, qui est totalement fermé, et le marché militaire américain, réservé à leurs lanceurs domestiques. Les clients typiques seront essentiellement des entreprises, des start-up, qui souhaitent proposer des nouveaux services à partir des données spatiales.
Un acteur peut, par exemple, récupérer les données qui mesurent, depuis l’espace, la moisissure ou l’humidité dans les sols afin d’améliorer les rendements agricoles. Des laboratoires et universités pourraient être également intéressés par notre offre pour envoyer des minisatellites de démonstration ou d’étude, au profit de leurs chercheurs et de leurs étudiants. Dans une moindre mesure, les armées sont également des clients potentiels.
Avez-vous déjà des clients ? Quels seront vos tarifs ?
Nous allons signer deux clients très prochainement. Il s’agit de start-up. Lors de la première année de commercialisation, nous allons proposer des tarifs à 35 000 dollars le kilo en orbite. Nos tarifs vont baisser au fur et à mesure pour augmenter nos parts de marché et attirer des clients tentés d’aller sur des plus gros lanceurs.
Où en êtes-vous du développement de votre lanceur ?
Nous prévoyons un premier lancement orbital en 2024.
— Stanislas Maximin
Nous avons passé l’an dernier à la conception préliminaire du lanceur. Ce travail de conception et dimensionnement sera achevé d’ici à la fin de l’année. Cela va nous permettre de lancer la production des prototypes de nos premières pièces, notamment du moteur. Les pièces métalliques du moteur seront entièrement produites en impression 3D. Nous pourrons le tester l’an prochain.
Nous avons également reçu le premier réservoir et des prototypes de composants électroniques de la fusée. Nous prévoyons de réaliser beaucoup de tests de sous-systèmes en 2022, de commencer l’assemblage du lanceur en 2023 et de faire un premier lancement orbital en 2024.
Comment comptez-vous vous distinguer de la concurrence dans le domaine des microlanceurs ?
Nous nous différencions d’abord par notre positionnement. La plupart de nos concurrents cherchent à envoyer des satellites entre 100 et 300 kilos, bien plus gros que les nôtres. Ils envisagent d’envoyer plusieurs dizaines de satellites par an, contre plusieurs centaines dans notre cas. Notre capacité à faire un produit industriel nous distingue également. La majorité des entreprises dans le monde font des fusées en maximisant les performances, ce qui a une répercussion sur les coûts. Nous faisons l’inverse. Avant de penser un produit technologique, nous avons pensé un produit industriel, peu cher et facile à fabriquer.
Avant de penser un produit technologique, nous avons pensé un produit industriel, peu cher et facile à fabriquer.
— Stanislas Maximin
Venture Orbital Systems bénéficie également de l’héritage spatial français. Il existe en France un tissu de fournisseurs qui font des produits de grande qualité et sur lequel nous pouvons nous appuyer. Enfin, nous avons notre propre modèle économique. Nous voulons accompagner nos clients bien en amont du lancement pour les aider à définir la mission, faciliter le transport du satellite, obtenir les autorisations de vols, les accompagner sur l’assurance… Ce soutien sera d’autant plus important que nous voulons ouvrir nos services à des clients qui ne viennent pas du secteur spatial.
Le CNES, ArianeGroup et l’Agence spatiale européenne (ESA) étaient invités à l’inauguration de votre usine. Que vous apporte chacun de ces partenaires ?
Le CNES a une volonté d’accompagner le développement des microlanceurs en France. Il nous conseille. Nous avons deux contrats de développement R&D avec l’agence spatiale. L’un concerne le développement du moteur avec un financement à hauteur de 50 000 euros. L’autre est confidentiel. Le CNES ne détient pas la propriété intellectuelle sur nos développements. Cet argent nous permet de payer l’impression 3D du moteur. Nous travaillons également ensemble sur la possibilité de tirer notre fusée depuis Kourou.
ArianeGroup est également partenaire dans le domaine des bancs d’essais moteur. Nous ferons nos tests à feu sur leurs installations sur le site de Vernon (Eure), prévus vers mi-2022. Quant à l’ESA, Orbital Venture Systems bénéficie de son programme d’incubation, d’une aide financière de 25 000 euros.
Allez-vous donc tirer votre fusée depuis la base de Kourou (Guyane) ?
Absolument, Kourou nous tente. Pour que Kourou fasse partie de notre short-list de sites de lancement, il faut que certaines conditions soient réunies en termes de performances, mais aussi de régulation. Il faut aussi prendre en compte les coûts d’exploitation et savoir combien cela nous coûterait par semaine d’opérer notre fusée là-bas. Nous sommes en discussion avec le CNES sur ces sujets.
A quelle cadence sera produite la fusée Zéphyr ?
Nous voulons faire de la production de masse pour le secteur spatial.
— Stanislas Maximin
Nous envisageons de produire une Zephir par semaine à partir de 2026 ou 2027. Nous voulons faire de la production de masse pour le secteur spatial. C’est un changement de paradigme. Nous utilisons déjà des composants beaucoup moins chers et plus communs, disponibles sur étagère. Nous nous inspirons de l’industrie automobile.
Nous relâchons certaines contraintes, typiquement celle de passer par des salles blanches. Nous voulons faire un produit plus robuste, plus polyvalent et plus évolutif. A des fins d’amélioration, il doit y avoir à chaque vol ou presque, une nouvelle pièce, contrairement aux lanceurs classiques où la configuration est figée pendant des années.
Quel est le financement dont vous avez besoin pour mener ce projet à terme ?
Nous estimons notre besoin de financement à environ 150 millions d’euros pour industrialiser complètement notre fusée et aller jusqu’au premier vol. Aujourd’hui, nous avons levé moins de 2 millions d’euros notamment auprès de Bpifrance et UI Investissement.



