Pourquoi l’Europe ouvre (timidement) la porte aux micro-lanceurs

Le marché des micro-satellites devrait atteindre 200 millions de dollars par an. Plutôt que de miser sur un micro-lanceur spécifique, Arianespace adapte ses gros lanceurs, Vega C et Ariane 6, pour se positionner sur ce marché très concurrentiel tout en étant ouvert à des partenariats.

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Pour le lancement de mini-satellites, l'Europe spatiale doit faire face à la concurrence de nouveaux acteurs comme Rocket Lab qui opère la mini-fusée Electron.

Les mini-satellites représentent désormais un vrai business spatial. Environ 250 satellites de moins de 500 kg seront mis en orbite tous les ans (en dehors des constellations) dans les prochaines années. De quoi attiser les convoitises des sociétés de lancement jusqu’ici positionnées sur des charges utiles de plusieurs tonnes. "Cette année, nous allons mettre sur le marché une offre pour le segment des satellites de moins de 200 Kg", a révélé Stéphane Israël, président exécutif d’Arianespace, à l’occasion de la présentation de son bilan 2020, le 7 janvier 2021. L’an dernier, la société européenne a procédé à 10 lancements (trois avec Ariane 5, cinq avec Soyouz et deux avec Vega). De quoi mettre sur orbite 166 satellites.

Selon Arianespace, le lancement des mini-satellites (hors constellations) représente un marché de l’ordre de 200 millions d’euros par an. Une opportunité non négligeable pour l'opérateur commercial des fusées européennes qui réalise en moyenne de l’ordre de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires par an. La concurrence est déjà vive avec des compétiteurs traditionnels comme l’américain SpaceX qui cassent les prix ou encore des nouveaux venus qui misent sur des micro-lanceurs comme la société australienne Rocketlab.

Un bus de l'espace plutôt qu'un taxi  

Comment Arianespace compte-t-elle s’imposer sur ce marché ? En adaptant ses fusées lourdes, les futures Ariane 6 et Vega C. Ses partenaires industriels Arianegroup et Avio et leurs sous-traitants ont développé des équipements spécifiques, les dispenseurs, pour permettre à leurs fusées d’agréger dans leur soute des minisatellites provenant de plusieurs clients et les séparer une fois sur orbite. En septembre 2020, le premier tir a été une réussite. Le lanceur Vega a mis en orbite 53 satellites pour le compte de 21 clients. Les adaptations ont permis de transporter sept microsatellites (de 15 kg à 150 kg) dans la partie supérieure et 46 cubesats encore plus petits dans la partie inférieure.

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Plutôt que de faire appel à un micro-lanceur, cette mutualisation d’un lanceur lourd au profit de multiples clients permet de baisser les prix pour l’ensemble des passagers, selon Arianespace. “Ce sera la différence entre un taxi et le bus. Arianespace offre le bus, les microlanceurs le taxi. Le prix ne sera pas le même pour le client", explique le patron d’Arianespace.

Une volonté politique pour développer les micro-lanceurs

Arianespace prend toutefois soin de ne pas fermer la porte aux micro-lanceurs. La société s’est même dite prête à faire des partenariats commerciaux avec des acteurs européens dans ce domaine. "Cela peut compléter notre offre actuelle", a précisé Stéphane Israël. En cela, Arianespace respecte la volonté des deux pays moteurs de l’Europe spatiale que sont la France et l’Allemagne.

A l’occasion d’une relation bilatérale en décembre dernier, leurs deux ministres de l’Economie, qui sont également en charge des questions spatiales, Bruno Le Maire et son homologue allemand Peter Altmaier ont soutenu le développement d’une telle offre. "Le développement et l’industrialisation futurs de micro-lanceurs constituent une orientation cruciale", ont-ils affirmé dans un communiqué de presse commun. Selon le rapport publié par le Sénat sur la politique des lanceurs spatiaux fin 2019, les deux projets européens les plus avancés étaient ceux de la société allemande Rocket Factory Augsburg (filiale de MT Aerospace, elle-même filiale d’OHB) et de la société espagnole PLD Space.

Des besoins avant tout militaires

De manière plus intéressée, Arianespace voit un intérêt évident concernant ces développements européens: l’innovation technologique… au profit de ses lanceurs. "Si les micro-lanceurs représentent un moyen pour accélérer l’innovation et d’apporter des preuves de concept qui entrent dans la feuille de route technologique des futures lanceurs européens Ariane 6 et Vega C, je pense que c’est une très bonne nouvelle", souligne le patron d’Arianespace.

S’agissant de la viabilité économique des micro-lanceurs, Stéphane Israël se montre plus prudent. Selon lui, sans marché institutionnel européen et plus particulièrement sans commandes des ministères des Armées, il n’y aurait pas de marché pour les micro-lanceurs. "Si le marché des micro-lanceurs est purement commercial, il n’y pas de business case", prévient-il. Il lance donc un appel aux ministères des Armées en Europe, qui ont potentiellement besoin d’avoir accès à l’espace d’une manière rapide et réactive. Un enseignement tiré des évolutions du marché américain. La société de micro-lanceurs Rocketlab bénéficie de fortes commandes du Pentagone qui lui permettent de développer son activité commerciale. Tout comme un certain... SpaceX il y a quelques années…

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