Entretien

« Nous créerons autant d’emplois que nous en supprimerons », assure Yves Chapot, gérant de Michelin

Dans un entretien à L'Usine Nouvelle, Yves Chapot, gérant et directeur financier de Michelin, revient sur la décision de l'équipementier automobile français, annoncée mercredi 6 janvier, de supprimer jusqu’à 2 300 postes en France dans les trois ans à venir.

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Yves Chapot Michelin
Yves Chapot, gérant du groupe automobile Michelin, revient pour L'Usine Nouvelle sur son plan de restructuration.

L'Usine Nouvelle. - Savez-vous déjà comment vont se répartir les suppressions de postes site par site ?

Yves Chapot. - Nous savons qu’il y aura jusqu’à 2 300 postes supprimés (1 100 dans le tertiaire et 1 200 dans l’industrie) mais nous allons initier un projet de discussion avec les organisations syndicales site par site. Donc les solutions vont être trouvées selon chaque situation. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il n’y aura pas de fermeture de site ni aucun licenciement. Le plan va reposer sur un projet de rupture conventionnelle avec des départs en pré-retraite et des départs volontaires. C’est un travail qui a été entamé il y a 18 mois.

Vous assurez qu’il y aura autant de postes créés que supprimés. On a un peu de mal à le croire…

Nous avons des créations d’activités nouvelles à travers nos co-entreprises. Je pense notamment à la construction de l’usine Symbio, à côté de Lyon (Rhône), qui fabriquera des piles à combustible pour l’activité hydrogène, mais aussi Addup et l’activité 3D métal ou encore toutes les activités qui sont liées au développement de matériaux durables ou biosourcés, comme les colles que nous utilisons déjà dans nos activités pneumatiques et qui pourront être exploitées dans d’autres applications. Deuxièmement, il y a tout le dispositif d’accompagnement que nous proposons sur chacun de nos sites, à travers Michelin Développement. Grâce à cela, nous avons créé environ 6 000 emplois ces cinq dernières années sur chaque bassin d’emplois du groupe, soit 1 200 par an en moyenne. A travers ces deux volets, nous contribuerons à créer autant d’emplois que nous en supprimerons, même si ces emplois ne sont pas forcément des Michelin.

Est-ce qu’il a encore un avenir pour Michelin à Clermont et plus largement en France ?

A Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), il y trois grandes activités : le siège social, le centre de recherche dans lequel nous avons investi 300 millions d’euros et les activités industrielles dont le site des Gravanches qui fabrique des pneus haut de gamme. Donc il reste beaucoup de ressources à Clermont-Ferrand. Mais le Michelin de demain, en France, concentrera les activités de pneus haut de gamme pour les pneus tourisme et les pneus de spécialité (engin agricole, génie civil, etc). Il y a donc un vrai avenir dans ces domaines-là, à condition bien sûr d’être compétitifs. C’est la raison d’être du plan que nous venons d’annoncer. Par ailleurs nous continuerons à investir dans de nouvelles activités, qui à terme pourraient représenter jusqu’à 20 à 30% de l’activité globale du groupe Michelin d’ici dix ans.

Entre la crise de compétitivité, la crise sanitaire et le manque de visibilité sur l’avenir, demeurez-vous inquiet pour Michelin ?

Nous ne sommes pas inquiets. Nous devons préparer l’avenir. Notre responsabilité est de nous assurer que le Michelin de demain sera plus fort que celui d’aujourd’hui et d’hier. Nous nous devons d’anticiper les situations. Nous avions d’ailleurs initié ce processus en amont bien avant la crise du Covid pour traiter de la manière la moins douloureuse possible nos problématiques de compétitivité structurelle.

Aujourd’hui, que dites-vous aux salariés Michelin qui restent très inquiets ?

Je leur dis que c’est un projet que nous co-construirons avec eux. Michelin doit être plus réactif, plus agile et plus simple dans son fonctionnement. Par ailleurs, nous nous engageons à accompagner chaque salarié dans cette période de mutation.

Propos recueillis par Geneviève Colonna d’Istria

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