Comment Moderna s'organise pour doubler les capacités de production de son vaccin contre le Covid-19

Le laboratoire américain Moderna veut porter la production de son vaccin anti-Covid-19 de 1 milliard de doses en 2021 à un total de 3 milliards en 2022, avec l’objectif de mieux contrer les variants, de développer des formulations pédiatriques et des versions plus facilement conservables. S’appuyant sur deux réseaux distincts de production en Amérique du Nord et en Europe, Moderna investit pour renforcer ses capacités américaines et soutenir des montées en charge de ses sous-traitants en Suisse et en Espagne.

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Le laboratoire Moderna investit pour augmenter ses capacités de production et celles de ses sous-traitants en Amérique du Nord et en Europe pour atteindre 3 milliards de doses produites d'ici à fin 2022.

Moderna vise au minimum un doublement de sa production de vaccin anti-Covid-19 entre 2021 et 2022. Cela le ferait passer d’environ 1 milliard de doses produites cette année à 2 milliards l’an prochain. Le laboratoire biotechnologique américain a annoncé ce 29 avril engager un vaste plan d’investissements pour muscler ses capacités à la fois propres et celles de ses sous-traitants. Derrière cette ambition productive, les objectifs sont d'anticiper les très probables besoins de rappel, notamment pour mieux contrer les variants, les besoins de vaccination chez les enfants, et une nouvelle formulation permettant une conservation plus facile du vaccin.

Sur le plan industriel, Moderna s’appuie aujourd’hui sur deux réseaux distincts, ce qui lui garantit des capacités de production allant de 800 millions à 1 milliard de doses pour la seule année 2021. Avec d’un côté un réseau nord-américain pour alimenter les commandes d’Amérique du Nord, et de l’autre une filière européenne pour servir l’ensemble des commandes à l’international.

Montée en puissance en Amérique du Nord, Sanofi en renfort

En Amérique du Nord, le laboratoire s’appuie d’une part sur son usine américaine à Norwood (Massachussetts), focalisée sur la production du principe actif du vaccin. Moderna augmentera de 50% ces capacités d’ici fin 2021, début 2022. Le laboratoire s’appuie aussi sur l’usine du géant suisse de la sous-traitance pharmaceutique, Lonza, à Portsmouth (New Hampshire) pour la fabrication du principe actif. Concernant les opérations de remplissage et de conditionnement, soit la seconde étape de production des vaccins, Moderna les a confiées aux sous-traitants américains Catalent et Baxter. Lesquels seront épaulés par le Français Sanofi depuis son usine de Ridgefield (New Jersey) à partir de septembre prochain. D’autres négociations sont en cours, indique Moderna dans un communiqué, pour augmenter les capacités de remplissage et de conditionnement en Amérique du Nord.

Mobilisation de Lonza en Suisse, Rovi en Espagne et de Recipharm en France

Pour alimenter le reste du monde, le laboratoire s’appuie sur un réseau productif exclusivement européen, dont la pièce centrale est Lonza. Le groupe suisse a mis en place dès 2020 trois lignes de production pour fabriquer le principe actif du vaccin contre le Covid-19 de Moderna sur son complexe de Visp, en Suisse. Le 29 avril, Lonza a indiqué qu’il allait déployer 3 lignes supplémentaires sur le site pour doubler les capacités de production du principe actif d’ici à début 2022. En parallèle, le sous-traitant espagnol Rovi va "plus que doubler" ses capacités en Espagne de remplissage et de conditionnement pour le vaccin de Moderna, indique le laboratoire américain. En France, à Monts (Indre-et-Loire), le sous-traitant suédois Recipharm a démarré mi-avril les opérations de remplissage et de conditionnement et vise un doublement des capacités d’ici 2023.

Surface financière décuplée

Moderna n’a pas détaillé les investissements qu’il engagerait pour toutes ses extensions, qu’il s’agisse d’investissements directs dans ses propres capacités de production ou indirects pour ses partenaires sous-traitants. Le laboratoire américain a seulement précisé qu’il utiliserait les moyens financiers à sa disposition. En un an, Moderna a considérablement augmenté sa surface financière. En plus d’un chiffre d’affaires qui a bondi de 60 à 803 millions de dollars (d’environ 49 à 662 millions d’euros) entre 2019 et 2020, sa trésorerie a littéralement explosé, passant en un an de 1,26 milliard à 5,25 milliards de dollars (de 1,04 milliard à 4,3 milliards d’euros).

Les Etats-Unis, 1er marché du vaccin Moderna

A fin mars 2021, Moderna avait écoulé 116 millions de doses de son vaccin contre le Covid-19, qui a été le second approuvé aux Etats-Unis et dans l’Union européenne dans la foulée des feux verts accordés au vaccin de Pfizer/BioNTech, les deux utilisant la technologie ARNm. Sur ces 116 millions de doses, 102 millions avaient été écoulées aux seuls Etats-Unis, le solde dans le reste du monde.

En termes de contrats, en date d’avril 2021, Moderna dispose de 300 millions de doses commandées aux Etats-Unis avec une option pour 200 millions supplémentaires. Pour l’UE, les contrats s’établissent à 310 millions en 2021 plus 150 millions en option pour 2022. Une dizaine d’autres pays ont sécurisé des contrats avec Moderna : le Japon (50 millions de doses), le Canada (44 millions), la Corée du Sud (40 millions), les Philippines (20 millions), le Royaume-Uni (17 millions), la Suisse (13,5 millions), la Colombie (10 millions), Israël (8 millions), Taiwan (5 millions) et aussi le Qatar et Singapour pour des volumes confidentiels. Soit un total d’un minimum de 1,17 milliard de doses déjà commandées.

Variants, besoins pédiatriques, et conservation améliorée

Sauf que Moderna aura besoin de davantage de doses. D’abord en raison de contrats potentiels venant s’ajouter, mais aussi en raison des besoins de rappels éventuels, en premier lieu pour assurer une protection contre les variants du SARS-CoV-2. Le laboratoire a d’ailleurs lancé dès février un essai clinique pour un vaccin adapté au variant sud-africain. Les besoins pédiatriques de vaccins contre le Covid-19 émergeront aussi. A ce jour, les vaccins autorisés le sont pour uniquement pour les adultes. Comme d’autres producteurs de vaccins anti-Covid, Moderna travaille sur des versions pédiatriques, en particulier pour définir des dosages moins élevés. Une étude clinique sur 3000 adolescents âgés de 12 à 17 ans a été lancée cet hiver aux Etats-Unis, et une étude est en phase de lancement sur des sujets âgés de 6 mois à 11 ans.

Enfin, Moderna travaille aussi à une formulation de son vaccin pour améliorer ses caractéristiques de conservation. Actuellement, il se conserve jusqu’à 7 mois à -20 degrés et jusqu’à 1 mois de 2 à 8 degrés, une température standard pour la conservation de vaccins. L’objectif est de parvenir à une formulation garantissant une conservation poussée jusqu’à trois mois à cette température de 2 à 8 degrés.

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