La France a la chance d’avoir sur son sol le précurseur du train à hydrogène. Le constructeur français Alstom a été le premier industriel à développer un tel train dans son usine de Saltzgitter, en Allemagne. Dès 2018, et pendant 530 jours, deux trains Coradia i-Lint ont circulé sur une ligne de Basse-Saxe. A partir de 2022, 14 trains à piles à combustible circuleront en service commercial sur une ligne complète de ce Land pour l’opérateur de transport allemand LNGV. Et Fahma, filiale de RMW, a commandé, en 2019, 27 trains pour la région du Taunus qui doivent commencer à rouler l’an prochain. En 2020, le Coradia i-Lint a également été testé avec succès en Autriche et aux Pays-Bas. En Italie, FNM le principal groupe de transport de Lombardie a commandé fin novembre 2020 six trains (avec une option pour huit trains supplémentaires), dont les livraisons commenceront dans trois ans.
Et en France ?
Pas avant 2025 sur les rails ?
La SNCF et quatre régions devaient commander une quinzaine de trains pour effectuer des tests. C’était en 2018. A l’époque, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, prévoyait l’arrivée d’une quinzaine de trains pour 2022. Or la commande n’a toujours pas été passée, ce qui a eu le don d’irriter à plusieurs reprises le patron d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, qui espére que cette fameuse commande sera passée en mars 2021. Sachant qu’il faudra attendre trois à quatre ans pour une première mise en service, nous ne verrons pas circuler sur notre réseau ferré de train à hydrogène avant 2025. Du moins, si l’Etat, les quatre régions pilotes (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est et Occitanie) et la SNCF se mettent enfin d’accord.
Personne n’a oublié l’accueil glacial réservé par la SNCF au Corada i-Lint présenté pour la première fois à Berlin, en 2016, lors du salon international du ferroviaire Innotrans. Pourtant, la SNCF s’est engagée depuis à supprimer tous ses trains diesel à l’horizon 2030-2035. Ils représentent encore 20 % de son parc en circulation. Un voyageur qui prend un TER diesel émet 9 fois plus de CO2 que celui qui emprunte un TER électrique. La SNCF s’est engagée vers la neutralité carbone et bon nombre de lignes régionales ne sont pas électrifiées. La solution passe par des trains à batteries électriques quand les secteurs non pourvus de caténaires ne sont pas trop longs ou par l’hydrogène quand celui-ci sera réellement vert.
La France est-elle toujours obligée de prendre le train en marche, même quand elle a en son sein les meilleurs chercheurs et des industriels à l’avant-garde de la technologie ? Il serait temps que l’Etat, qui a pris en charge la plus grosse part de la dette de la SNCF, et l'a même recapitalisé, siffle la fin de la récré et demande au principal opérateur ferroviaire de s'engager dans son plan hydrogène.



