«Si l’on ne considère que le pétrole utilisé comme combustible, nous prévoyons que la demande atteindra un pic en 2028», résume la directrice de la direction Industrie et marchés pétroliers de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Toril Bosoni. Lors d’une conférence de presse organisée en amont de la publication du rapport annuel sur le pétrole de l’institution, mercredi 14 juin, c’est une industrie pétrolière sur la fin de sa croissance qui a été décrite.
Le déclin, nécessaire dans la lutte contre le changement climatique, n’est pas encore là. Mais à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, «la crise énergétique mondiale a accéléré la transition au-delà du pétrole, non seulement pour des raisons climatiques, mais aussi de sécurité énergétique et d’inquiétudes sur les approvisionnements», explique-t-elle. Au point que même en prenant en compte la croissance à venir de la pétrochimie – qui ne brûle pas le pétrole donc émet moins de CO2 – il est probable que «la demande globale en pétrole atteigne un pic avant les années 2030», prévoit l’institution, dont le rapport ne détaille que les cinq années à venir.
Une demande portée par la pétrochimie et l’aviation
Autrement dit, le pétrole a encore la forme, mais sa bonne santé s’affaiblit. Alors que la demande devrait croître de 2,5 millions de barils par jour en 2023, pour atteindre 102 millions de barils quotidiens, la croissance du marché en 2028 ne sera plus “que” de 400 000 barils. Avec un record à près de 106 million de barils par jour. Mais entre-temps, le marché du pétrole devrait connaître de nombreux changements, avec un pic de l’essence dès 2024, puis un pic de la demande du transport routier (donc d’une grande partie du diesel) en 2026… De la même manière, les summums de la consommation européenne et nord-américaine devraient être atteints dès 2023, avec respectivement un peu moins de 15 et un peu moins de 25 millions de barils quotidiens.
Cependant, «l’augmentation continue des usages en pétrochimie, ainsi que du transport aérien signifie que l’utilisation de pétrole continuera d’augmenter jusqu’en 2028», prévient Keisuke Sadamori, directeur des marchés de l’énergie à l’AIE. D’un côté, les plastiques et autres composés organiques synthétisés à partir de coupes légères (gaz de pétrole liquéfié, éthane et naphta) devraient continuer sur leur bonne lancée après n’avoir connu aucune baisse de forme durant la pandémie de Covid-19. L’institution, qui liste les projets de vapocraqueurs à venir en Chine, estime que ce secteur représente 50% de la croissance du marché pétrolier d’ici 2028, pour plus de trois millions de barils quotidiens supplémentaires.

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Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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27 Mars 2026
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AIE Malgré la croissance de la demande en kérosène de l'aviation, la consommation de pétrole pour les transports devrait légèrement diminuer à partir de 2026 (source: AIE)
De l’autre, la croissance du transport aérien devrait faire augmenter la consommation mondiale de kérosène de plus de deux millions de barils par jour en cinq ans ! Une hausse principalement due à un rattrapage du trafic asiatique cette année, à la suite de la réouverture des frontières chinoises qui fait bondir la consommation de ce pays de plus de 60% en 2023. Malgré l'attrait des voyages en avion, «les gains d’efficacité et les modifications de comportement ralentiront le rythme de croissance, de telle manière que la consommation ne dépassera les niveaux de 2019 qu’en 2027», note l’AIE. La production de kérosène, qui contrairement au plastique est fabriqué pour être brûlé donc très émetteur de CO2, représentera alors plus de huit millions de barils de pétrole par jour. Une petite part du marché global du pétrole, mais ne devrait pas connaître son acmé d’ici 2028 contrairement aux produits raffinés.
Pas de troubles d’approvisionnement en vue
Les projets en cours et les investissements prévus suffiront-ils à répondre à la hausse des besoins ? Pas d’inquiétude, répond l’Agence, qui note que les investissements dans la production de pétrole atteindront leur plus haut niveau depuis 2015 cette année, à 528 milliards de dollars. Les plans d’augmentation de production, notamment aux Etats-Unis, au Brésil, ainsi qu’en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, devraient même apporter un confortable coussin de capacités non utilisées de 3,8 millions de barils par jour en 2028, principalement concentrées aux Moyen-Orient.
Que faire, alors, des alertes de la même institution qui, en 2021, ppelait à éviter tout nouvel investissement dans de nouvelles capacités de production de pétrole et de gaz pour garder une chance de rester sous les 1,5°C ? Du point de vue du climat, celles-ci sont toujours valables. Mais «selon nos projections, qui prennent en compte les politiques publiques actuelles et nos prévisions de demandes, une augmentation des investissements sera nécessaire sur la période étudiée, estime Toril Bosoni. Ce sont aux gouvernements et aux consommateurs de réduire la demande envisagée». «Bien que notre rapport indique clairement que le pic du pétrole arrive, en même temps il montre que nous ne sommes pas encore alignés avec notre feuille de route vers le net zero, ajoute Keisuke Sadamori. Pour cela, il faut une intervention des gouvernements via des politiques publiques plus fortes, ainsi que davantage d’investissement dans les énergies propres.»



