Avoir accès aux métaux des batteries, de l’électronique et des alliages de demain… Dans les débats qui entourent l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur, conclu le 6 décembre mais qui doit encore être ratifié, après 25 ans de négociations, la question des métaux a souvent été occultée. Moins centrale que les attentes d’ouverture de marché des industriels de l’automobile, les inquiétudes des agriculteurs ou les alertes des écologistes.
Les cinq pays d’Amérique Latine du Mercosur produisent pourtant une multitude de métaux et minéraux qui peuvent être utiles pour les industriels européens, comme n’a pas manqué de le souligner Bruxelles pour défendre son accord. «La baisse des barrières douanières sur les matières premières prévue dans l’accord va donner un coup de fouet aux importations, tout en renforçant la sécurité, la prédictibilité et la résilience des chaînes d’approvisionnements», expliquait encore Maros Sefcovic, nouveau commissaire au Commerce et à la Sécurité économique, mercredi 11 décembre, à l’occasion du grand raout annuel sur les matières premières de la capitale européenne.
Moins de taxes à l’export et plus d’investissements
Aujourd’hui, le Mercosur exporte déjà d’importantes quantités de métaux vers l’Europe. Une dynamique que l’accord conclu, qui prévoit de réduire à zéro les taxes à l’exportation sur la plupart des matières premières industrielles, doit favoriser. Le Brésil a obtenu de pouvoir faire quelques exceptions, mais les éventuelles taxes ne pourront pas dépasser 25% ni défavoriser l’Union européenne. Selon la logique de la Commission européenne, une diminution des barrières douanières stimulerait les exportations du Mercosur. Et celles-ci, moins chères, doperaient à leur tour la compétitivité de l’industrie européenne…
Le texte vient aussi faciliter les investissements et l’installation d’entreprises européennes, qui viendraient miner et raffiner, voire utiliser, plus en aval, le métal sur place. «Le Mercosur est l’une des dernières frontières de l’industrialisation dans le monde, avec d’importantes ressources. Cette zone est l’objet d’une lutte d’influence importante, avec l’Europe, la Chine qui s’y positionne et les Etats-Unis qui ont une présence historique. L’accord apporte un gage de sécurité juridique et une garantie de long terme dans la gestion des exportations, en donnant de la visibilité sur les droits de douanes», décrypte Boris Martor, avocat associé chez Bird&Bird qui suit de près les questions minières.

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De fait, l’accord semble bien reçu par les industriels du secteur, qui refusent de s’exprimer individuellement sur un sujet aussi sensible, mais font savoir via Eurométaux (l’organisation qui les représente à Bruxelles) leur soutien au texte. «L’accord de libre-échange UE-Mercosur peut représenter une opportunité d’approfondir les relations commerciales entre les deux régions à une époque où les troubles et les crises géopolitiques rendent les perturbations de la chaîne d’approvisionnement encore plus fréquentes. Il peut garantir la résilience de l’économie de l’Union européenne», explique une porte-parole de l’organisation par email.
L’Argentine, acteur montant du lithium
Reste à savoir de quoi l’on parle précisément. Ni le fer – dont le Brésil est le deuxième producteur mondial – ni l'acier ne sont des enjeux importants de l’accord, fait savoir Eurofer, l’organisation qui rassemble les industriels européens de la sidérurgie. Mais une multitude d’éléments plus ou moins exotiques peuvent être d’intérêt, que ce soit dans l’électronique, les superalliages ou, bien sûr, les batteries électriques. La Commission européenne note que le Brésil mine 6% du manganèse, 7,5% du graphite naturel, 10% de la bauxite, 16% du tantale et... 89% du niobium dans le monde !
L'Argentine est un acteur montant du lithium, avec 11% du raffinage et de très importantes réserves (comme son voisin bolivien, qui travaille aujourd’hui avec le chinois CATL). Le français Eramet y a d’ailleurs installé sa première usine d’extraction de lithium, inaugurée en juillet. Et le géant Rio Tinto, qui a ouvert une usine pilote il y a quelques mois, a annoncé jeudi 12 décembre son intention d’y investir 2,5 milliards de dollars dans un grand projet similaire !
Un trésor au poids relatif
«Si on regarde les métaux des batteries et les petits métaux, un certain nombre de ressources minérales sont présentes», confirme Yves Jégourel, professeur titulaire de la chaire «Economie des matières premières et transitions durables» au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et co-directeur du cercle d’études CyclOpe. L’expert, qui incite à prendre garde aux conséquences de l’accord pour le monde agricole, cite aussi l’antimoine et le tungstène en Bolivie ou le béryllium, le magnésium, le nickel, le silicium métal et le vanadium au Brésil. On trouve aussi des réserves de cuivre, de plomb, d’argent, de zinc, d’or et de terres rares dans la zone, souligne Eurométaux.
Un trésor ? «C’est important. Mais si on regarde du côté de la transition énergétique et des problématiques de cuivre, dont on risque de manquer, les grands producteurs restent le Chili et le Pérou, qui ne sont pas dans le périmètre du Mercosur», tempère Yves Jégourel. Nombre des métaux cités restent par ailleurs en grande majorité produits ou raffinés par la Chine, à l’instar du magnésium ou de l’antimoine (dont Pékin a récemment restreint ses exportations), ce qui limitera l’ampleur de la diversification permise par l’accord.
Enfin, construire des usines et des mines en Amérique Latine ne suffira pas. En juillet dernier, le directeur de la stratégie d’Eramet, Simon Henochsberg, reconnaissait qu’aujourd’hui, «les producteurs de cathodes sont installés à 85% en Chine et à 14% au Japon et en Corée du Sud»… Dans cette situation, difficile de comprendre comment un accord de libre-échange suffirait pour modifier les flux au profit de l'Europe.



