Analyse

Licenciements et cessions d'actifs : le plan de sauvetage d'Alstom face à ses déboires financiers

Henri Poupart-Lafarge, le patron d’Alstom a annoncé une série de mesures pour désendetter le groupe mis en difficultés par des stocks en surnombre et des contrats retardés. Une ouverture du capital de l'entreprise est envisagée alors que l'intégration de Bombardier pèse encore sur les finances de l'entreprise.

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Les retards dans les livraisons comme pour le RER NG et le TGV M posent des problèmes de trésorerie.

Suppression de 1500 postes dans les fonctions support, cession de 500 millions à 1 milliard d’euros d’actifs, ouverture du capital, nomination de Philippe Petitcolin (ancien Directeur général de Safran)… Henri Poupart-Lafarge a profité des résultats semestriels du groupe pour annoncer, mercredi 15 novembre 2023, toute une batterie de mesures pour mettre fin à la crise qui couve chez le premier industriel mondial du ferroviaire depuis l’annonce d’une consommation de trésorerie bien supérieure aux prévisions.

Suffisant pour mettre fin aux rumeurs ? En début d’après-midi, l’action d’Alstom en bourse continuait à dévisser (-17% et -50% depuis le début de l’année). Impossible de le dire aujourd’hui, mais la direction du groupe va être remaniée lors de la prochaine assemblée générale en juillet 2024. Henri Poupart-Lafarge a annoncé qu’il cédait la présidence du Conseil d’administration à Philippe Petitcolin (71 ans). Et ce même s’il affirme que l’intégration de Bombardier se poursuit au rythme qu’il avait annoncé dès le rachat. «Il nous faudra encore un ou deux ans pour revenir à une marge brute équivalente à celle que nous avions avant acquisition. J’avais dit qu’il faudrait quatre ans et nous avons fait la moitié du chemin»

Plus de 500 postes sur la sellette à Derby

Aujourd’hui, certains sites de l’ex-Bombardier sont en difficulté, comme à Derby au Royaume-Uni. Ce dernier est confronté à un trou d’inactivité de trois ans suite au retard de livraison des trains de banlieue Aventra et au report du projet britannique High Speed 2 (train à grande vitesse). La fabrication a été repoussée à fin 2026, suite aux retards pris dans la construction de la ligne, dont une partie a été abandonnée. De source syndicale, tous les intérimaires et prestataires ont été renvoyés à la maison et 550 postes seraient directement menacés, si le gouvernement britannique n’intervient pas pour soutenir le plus grand site ferroviaire du pays.

Des licenciements qui pourraient donc s’ajouter à ceux que la direction d’Alstom a annoncé ce matin pour désendetter le groupe de 2 milliards d’euros à l’horizon 2025. En effet, 1500 postes devraient être supprimés sur les fonctions support dans ce plan d’action, c’est-à-dire commerciales et administratives. Impossible d’en avoir le détail pour l’instant et de connaitre la part qui touchera Alstom France. Par contre, il a confirmé que les effectifs en production des usines françaises ne seraient pas affectés. Au contraire, il est parfois difficile d’embaucher pour répondre aux besoins sur les deux sites nordistes – Crespin et Petite-Forêt – qui tournent à plein régime.

Cession d’actifs et nouvelles règles de la TVA

Pour réduire l’endettement, le groupe prévoit également de céder 500 millions à 1 milliard d’euros d’actifs. Encore, une fois, il est trop tôt pour en connaître le détail, mais ce n’est pas l’entreprise russe TMH, dont Alstom détient 20% du capital qui pourra contribuer au redressement de l’entreprise. Si ce n’est pas suffisant, une ouverture de capital est envisagée.

Les problèmes de trésorerie d’Alstom sont, en grande partie, liées à l’intégration de Bombardier, dont la situation était sans aucun doute encore moins rutilante que prévue. Elle passe par une mise à niveau des sites. Un élément à prendre en compte est également liée à un changement de la norme fiscale en France pour s’aligner sur l’Europe concernant le remboursement de la TVA qui a impacté la trésorerie pour 380 millions d’euros.

Améliorer la ponctualité

Mais une partie de cette crise est aussi liée au fait qu’Alstom a pris beaucoup de retard dans les livraisons de ses commandes, en France (RER NG, TGMV M…) mais aussi à l’international. Résultats : la facturation est décalée. Henri Poupart-Lafarge prévoit d’être plus vigilant sur les prochains appels d’offre. «Nous ne sommes pas nécessairement à la recherche de commandes pour le volume. Nous devons nous positionner sur les meilleurs marchés, notamment sur le service et la signalisation, plus rémunérateurs que le matériel roulant.» Avant d’ajouter que «nous devons renforcer notre ponctualité mise à mal ces dernières années avec le Covid-19. Mais nous confirmons nos perspectives. Notre business model n’est pas remis en cause, mais nous devons le faire de façon plus efficace».

Du côté syndical, on pointe plusieurs causes pour expliquer les retards. «Sur la question opérationnelle, nous ne sommes pas bon, regrette Boris Amoroz, délégué CGT d’Alstom. La stratégie Alstom in Motion ne passe pas. On ne peut pas délocaliser et en même temps livrer dans les temps. Et financièrement, il y a eu un problème d’anticipation. Surtout, Bouygues a vidé les caisses quand il a revendu ses parts.»

Un premier semestre de bonne facture

Quant aux résultats semestriels du numéro 2 mondial du ferroviaire, ils sont satisfaisants «sans être excellents». La prise de commandes a atteint 8,4 milliards d’euros en baisse de 14% par rapport au premier semestre 2022-23 confortant toutefois un carnet de commandes plutôt bien garni (90,1 milliards d’euros). Le chiffre d’affaires a enregistré une croissance de 4,9% (8,8% en croissance organique) à 8,444 milliards d’euros. «Une forte croissance qui a généré des besoins en cash qui n’ont pas été financés par les rentrées attendues», a déclaré le patron d’Alstom qui appelle toujours à une loi de programmation ferroviaire pour la France pour anticiper les besoins du plan à 100 milliards.

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