Les ventes de Servier portées par l’Amérique et l’oncologie, les bénéfices pénalisés par le Mediator

La croissance du groupe pharmaceutique français Servier est dynamisée par l’évolution de sa franchise en oncologie ainsi que ses bons résultats aux Etats-Unis. Servier a toutefois clôturé son dernier exercice annuel en perte nette de 623 millions d’euros en particulier en raison de l’issue du procès Mediator.

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Très implanté en France, comme ici sur son gigantesque complexe pharmaceutique de Gidy, dans le Loiret, le groupe Servier accélère à grands pas sur le marché américain, les Etats-Unis devenant sa première filiale internationale,.

Les voyants sont presque tous au vert pour Servier. Le groupe pharmaceutique français a publié des résultats en forte croissance, le 7 février. Ses ventes ont bondi de 9% sur un an, à 5,33 milliards d’euros, pour son dernier exercice fiscal clos le 30 septembre 2023, nourri à la fois par une progression de 9,4% de son activité de médicaments princeps (sous brevet, 4,04 milliards d’euros), avec des ventes en forte croissance aux Etats-Unis et en oncologie, et de 8,8% de sa branche de médicaments génériques (1,29 milliard d’euros). Servier a également bonifié son Ebitda avec un bond de 18,1% à 1,01 milliard d’euros.

En revanche, le laboratoire enregistre une perte conséquente de 623 millions d’euros pour son dernier bilan financier. Ce passage dans le rouge s’explique en partie par l’impact de la dernière clause de sauvegarde, à hauteur de 70 millions d’euros, de redevances anticipées dans le cadre de l’avancée du développement d’une molécule en oncologie. Et surtout par une enveloppe de plus de 450 millions d’euros dans le cadre du procès Mediator, dans lequel Servier a été plus lourdement condamné en appel en décembre dernier.

Servier en avance sur ses ambitions en oncologie

Malgré cette perte nette d’envergure, «nous pouvons confirmer notre stratégie 2030», assure Pascal Lemaire, vice-président exécutif Finance de Servier. Ce plan stratégique table sur un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros dès 2025, et de 8 milliards en 2030 en s’appuyant sur la franchise oncologie du laboratoire. L’objectif 2025, de 1 milliard d’euros de ventes pour ces médicaments les plus innovants du groupe, a été atteint dès 2023, à 1,07 milliard, et la cible est établie à 3 milliards en 2030. Actuellement, Servier dispose de 7 médicaments sur le marché dans les tumeurs solides et l’hématologie. Dans le pipeline de produits en développement, 36 programmes sont en développement clinique, dont 20 en oncologie mais également dans les maladies auto-immunes (2) et les maladies neurodégénératives (3). 11 autres concernent la cardiologie et le métabolisme, aires thérapeutiques historiques de Servier mais qui ne font plus l’objet de projets de recherche pré-clinique désormais.

Ces ventes en oncologie ont déjà franchi la barre du milliard d’euros, avec deux ans d’avance, grâce à une croissance de près de 27% sur un an, certains produits comme le Tibsovo –indiqué dans trois indications comme le cancer des voies biliaires et la leucémie myéloïde aiguë – affichant même des performances de ventes de plus de 48%. Ces progressions valident d’une part le virage stratégique qu’a amorcé Servier en oncologie depuis 2018, et ses grandes acquisitions, comme celles des portefeuilles oncologiques des américains Shire et Agios,  et sa multiplication de partenariats pour développer de nouvelles molécules. Car sur les sept médicaments Servier actuellement sur le marché en oncologie, six ont été hérités des acquisitions ou développés avec des partenaires. Olivier Laureau, le président du groupe, souligne aussi l'agilité du groupe : «nos investissements très importants dans le domaine du digital et de l’IA, qui nous permettent d’aller plus vite dans nos programmes de recherche et de développement».

Servier devient de plus en plus américain dans ses ventes

L’autre élément frappant dans le développement de Servier est son profil de plus en plus américain. Ce qui est étroitement lié aux acquisitions de Shire et Agios et au développement de sa franchise oncologie, avec des autorisations de mises sur le marché qui sont arrivées plus tôt sur le marché outre-Atlantique. Depuis la création de la filiale américaine en 2018, les ventes ont bondi. La hausse dépasse les 45% en 2023, portant le chiffre d’affaires à 635 millions d’euros et faisant des Etats-Unis la première filiale du groupe désormais. A l’horizon 2027, les ventes devraient même dépasser le milliard d’euros par an, selon les projections du groupe.

800 millions d'euros d'investissements Servier en France en 6 ans

Toutefois, le laboratoire français ne délaisse en rien son territoire historique où il détient ses plus grandes bases de production. Olivier Laureau insiste d’ailleurs sur le fait que Servier veut «continuer à créer de la valeur en France. Nous y avons investi plus de 800 millions d’euros sur les six derniers exercices, que ce soit en recherche, en développement, ainsi qu’en production biotechnologique et pharmaceutique». Tandis que Servier a ouvert l’an passé les portes de son gigantesque centre de R&D à Paris Saclay, l’un des plus importants projets industriels est cette année en cours de finalisation. Sur son vaste complexe de Gidy (Loiret), Servier met les touches finales à la mise en service de Bio-S, son unité de production biotechnologique. Selon Olivier Laureau, «nous sommes en bonne voie pour les dernières validations au cours de l’année 2024 et nous devrions y produire nos premiers lots cliniques à l’horizon 2025».

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