Servier, qui a gagné plus d’un milliard d’euros en oncologie en 2023, va accélérer grâce au vorasidénib

Le laboratoire Servier vient de publier ses résultats 2023. Il a réalisé un chiffre d’affaires total de 5,3 milliards d’euros, dont plus de 1 Mrd € en oncologie. Cette aire thérapeutique est d'ailleurs au centre de toutes ses attentions, puisqu'il lui consacre 70 % de son budget de R&D.

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70 % de l'effort de R&D est consacré à l'oncologie.

Le laboratoire Servier ne s’est pas trompé, lorsqu’il a acté, en 2019, son virage stratégique vers l’oncologie. Sur un chiffre d’affaires de 5,3 milliards d’euros en 2023, en progression de 9,2 %, cette franchise a passé la barre du milliard d’euros, avec deux ans d’avance. Elle rapporte à peine moins que Biogaran, l’activité génériques qui a enregistré 1,3 Mrd € de chiffre d’affaires en 2023, en hausse de 8,8 %, et dont Servier n’a ni confirmé ni infirmé une rumeur de cession.

Cette performance en oncologie est à mettre à l’actif du Tibsovo (ivosidénib), approuvé pour le traitement de la leucémie myéloïde aiguë (LMA) et du cholangiocarcinome (CCA), notamment aux États-Unis, dans l'Union européenne, en Australie et en Chine (hors CCA). Avec des ventes en hausse de près de 50 % à 379 M€, ce médicament est devenu le deuxième du groupe, après le Daflon (fraction flavonoïque) qui appartient au domaine historique des CMVD (cardio-métabolisme maladies veineuses) et qui a rapporté 594 M€ en 2023. Outre le Tibsovo, Servier compte aussi dans son portefeuille d’oncologie Onivyde (irinotécan liposomal pégylé) pour traiter des tumeurs du pancréas et Lonsurf (trifluridine/tipiracil), positionnés dans les affections colorectales. Des médicaments qui vont bientôt bénéficier d’extensions d’indications.  

La pépite, c’est vorasidénib

Ce portefeuille commercial d’anticancéreux sera progressivement enrichi par des produits issus d’un pipeline différenciant, auquel Servier consacre 70 % de son budget de R&D. Il est constitué de 20 projets d’oncologie en développement clinique (contre 36, tous domaines thérapeutiques confondus) et de 15 projets de recherche (sur un total de 25). Et la pépite, c’est vorasidénib, premier traitement depuis 23 ans à démontrer des améliorations cliniques dans le traitement du gliome. Un succès tel que les essais cliniques ont été arrêtés avant leur terme, pour procéder à un enregistrement accéléré aux États-Unis, fin 2023, et en Europe, début 2024, avec des AMM attendues dans le courant de l’année. Même le résultat net du groupe, déjà grevé par 450 M€ de frais supplémentaires liés à l’affaire Mediator, s’est trouvé amputé de quelques dizaines de millions euros supplémentaires pour régler des milestones anticipés à Agios Pharmaceuticals, le découvreur du vorasidénib, qui a cédé son oncologie à Servier, en 2021. Tout ceci a fait plonger le laboratoire dans le rouge, avec une perte nette de 623 M€ en 2023. L’an prochain, le laboratoire assure qu’il retournera dans le vert.

Lancer une molécule par an

Dans tous les cas, les efforts de R&D sont calibrés pour permettre à Servier de lancer, chaque année, une nouvelle molécule d’ici à 2025. Le tout nouveau centre de R&D français du groupe de Paris-Saclay, dans lequel 400 M€ ont été investis, devrait jouer un rôle clé, de même que les investissements dans le digital, les données et l’intelligence artificielle pour accélérer la découverte de médicaments, optimiser le diagnostic, développer la médecine personnalisée, améliorer l'adhésion aux traitements, et collecter des données de vie réelle. À ce titre, Servier a consolidé, en 2023, une collaboration clé avec Aitia, dans le développement et l’application des jumeaux numériques. Le groupe collabore aussi de longue date avec Owkin, dans l’analyse d’images en histologie.

À quoi ressemblera Servier, dans les dix à quinze ans à venir ? Le laboratoire aura fortement accéléré en oncologie, mais il aura, sans doute, besoin d’une autre aire thérapeutique pour lui apporter des relais de croissance. Et c’est tout l’enjeu des travaux menés actuellement dans les domaines de l’immuno-inflammation et des neurosciences où Servier totalise cinq développements cliniques et dix projets de recherche. Claude Bertrand, le directeur de la R&D, précise que des choix devront être faits dans l’année pour prioriser les projets les plus impactants, avec un fort besoin médical non satisfait. Pour l’heure, Servier ambitionne surtout un statut d’acteur majeur et innovant dans les cancers rares et difficiles à traiter.

Un ancrage territorial réaffirmé

En attendant, Servier est sur les rails en termes financiers. En 2024, l’Ebitda s’est établi à plus d’1 Mrd €, en hausse de 18,1 %, pour un ratio d’Ebitda à 19,1 %. Le laboratoire est sur la bonne trajectoire pour atteindre ses objectifs pour 2030 : réaliser un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros, dont 3 Mrds € en oncologie, avec un ratio d’Ebitda supérieur à 30 %. Il continue à prôner son ancrage territorial en France, où il emploie 22 % de ses effectifs, mais ne réalise que 3,4 % de son chiffre d’affaires princeps (hors génériques). Ces effectifs se répartissent entre le nouveau centre de Paris-Saclay, mais aussi le site de Gidy dans le Loiret qui produit 97 % des matières actives du groupe, et celui de Bolbec (Seine-Maritime), dans la pharmacie secondaire. Sur les cinq dernières années, près de 60 % des investis globaux ont été réalisés en France, pour atteindre un montant total de 800 M€.

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