Soitec plonge dans un trou d’air. Au deuxième trimestre 2023, qui constitue le premier trimestre de son exercice fiscal 2023/2024 qui se clôture en mars 2024, le fabricant français de substrats électroniques à hautes performances affiche un chiffre d’affaires en baisse annuelle de 23 %, à 157 millions d’euros. La dégradation devrait persister au trimestre suivant avec une chute prévue d’environ 9 %. Sur le premier semestre de l’exercice fiscal 2023/2024, la direction anticipe ainsi un recul de 15 %. La Bourse ne semble pas lui tenir rigueur de ces mauvaises projections, déjà annoncées en avril 2023 aux investisseurs. Le cours de l’action a gagné 4 % après la présentation des résultats aux analystes ce mercredi 26 juillet 2023.
La cause de ce revers de fortune tient au marasme dans les smartphones. Selon le cabinet Canalys, les ventes mondiales ont dévissé de 13 % au premier trimestre 2023 et de 11 % au deuxième trimestre 2023. Or les smartphones représentent le plus gros débouché de Soitec avec 65 % du chiffre d’affaires sur l’exercice fiscal 2022/2023. La division de communications mobiles, dédiée à ce marché, se contracte de 42 % au deuxième trimestre 2023. Les deux autres divisions sont en forte croissance : +60 % pour celle de l’automobile et de l’industrie et +12 % pour celle des objets intelligents. Mais elles restent encore trop petites pour compenser le déclin de la division de mobiles.
Mouvement d'apurement des stocks
La morosité du marché des smartphones n’est pas nouvelle. Elle perdure depuis le premier trimestre 2022. Mais jusqu’ici Soitec est parvenu à la surmonter grâce à l’augmentation de son contenu moyen sous l’effet de trois facteurs : la migration des smartphones vers la 5G, qui étend la présence des produits de l’entreprise en moyenne de 50 % par rapport à la 4G, l’extension de ses produits dans les modèles fonctionnant dans les bandes de fréquences à ondes millimétriques, et la diffusion de son nouveau substrat POI dédié aux filtres radiofréquences dans les smartphones haut de gamme. Mais la société pâtit d’un mouvement important d’apurement des stocks de substrat RF-SOI, son principal produit dédié aux smartphones, chez les clients. Ce mouvement devrait se poursuivre au troisième trimestre 2023.
Malgré ce contexte défavorable, le directeur général Pierre Barnabé se montre confiant et entrevoit un rebond au second semestre fiscal de façon à terminer l’exercice 2023/2024 avec un chiffre d’affaires comparable à celui de l’exercice précédent (1,1 milliard d’euros) et une marge d’Ebitda d’environ 36 %. Il fonde ses espoirs sur l’augmentation cette année de la pénétration de la 5G dans les smartphones à 60 % et de celle des modèles fonctionnant dans les bandes de fréquences à ondes millimétriques à 15 %. Il mise également sur la montée en puissance de ses deux principales diversifications au-delà du silicium sur isolant : le POI (piézoélectrique sur isolant) pour les filtres radiofréquences de smartphones 5G et le SmartSiC (carbure de silicium réinventé par Soitec pour doper de 15 % les performances par rapport au carbure de silicium classique) pour les composants de puissance comme ceux dédiés aux véhicules électriques.
Le moteur du carbure de silicium
« Le POI commence à générer un revenu significatif, confie Pierre Barnabé sans donner de chiffres précis. Nous comptons déjà plusieurs clients dans le monde entier et d’autres sont au stade de qualification. Ce succès démontre la valeur de l’innovation que nous apportons avec ce substrat. » Le seul client rendu public dans ce domaine est l’américain Qualcomm, numéro un mondial des puces mobiles.
Dans le SmartSiC, Pierre Barnabé entrevoit un autre grand succès avec l’adoption de ce nouveau substrat par une vingtaine d’acteurs de la filière des composants de puissance en carbure de silicium. STMicroelectronics, le leader incontesté du secteur, est le seul client rendu public. « Nous avons livré un millier de prototypes, affirme-t-il. Nous espérons dévoiler le nom d’un autre client d’ici la fin de l’exercice 2023/2024. » Le directeur général voit le SmartSiC représenter 10 % du chiffre d’affaires de l’exercice 2025/2026, prévu à 2,1 milliards de dollars. L'usine Bernin 4, en construction à Bernin, près de Grenoble, pour la production de ce nouveau substrat, devrait être inaugurée officiellement en septembre prochain.



