Soitec veut tripler la présence de ses produits dans chaque smartphone vendu d’ici à 2026

Porté par l’évolution de la 5G, le français Soitec voit la surface moyenne de ses substrats électroniques par smartphone plus que tripler en quatre ans. Une évolution qui l’amène à augmenter sa capacité annuelle de production de près de 2 millions de plaquettes d’ici à 2026.

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Ingénieurs Soitec
Usine de substrats électroniques à Bernin, en Isère, de Soitec

Les smartphones ont été le principal moteur de Soitec ces dix dernières années. Ils devraient le rester sur le long terme, en dépit de la dépression actuelle de ce marché. C’est du moins ce qu'espère Pierre Barnabé, le directeur général de ce fabricant français de substrats électroniques à hautes performances, qui compte 2200 personnes dans le monde, dont environ 1800 en France.

Selon le cabinet Strategy Analytics, les ventes mondiales de smartphones ont plongé de 12% en 2022 et devraient baisser encore de 5% en 2023. Or Soitec tire près de 70% de son chiffre d’affaires de ce segment. «Nous sommes devenus un standard sur ce marché, revendique Pierre Barnabé. Il n’y a pas un smartphone 4G ou 5G dans le monde qui ne contient pas un peu de nos substrats.»

Le moteur de la 5G

Malgré la morosité de ce marché, estimé à près de 1,2 milliard d’unités en 2022 par Strategy Analytics, Soitec parvient à tirer son épingle du jeu grâce à l’augmentation du contenu fourni par smartphone. Le passage à la 5G en est le principal moteur. Selon la société, cette évolution technologique booste son contenu de 50% en moyenne par rapport à la 4G. Selon les chiffres de la GSMA, l’association des acteurs de l’industrie des mobiles, le nombre de connexions 5G a dépassé le seuil de 1 milliard à la fin de 2022 et devrait presque tripler dans quatre ans pour approcher les 3 milliards en 2026.

«La 5G n’est pas une technologie figée, précise Thomas Piliszczuk, qui dirige le développement des trois marchés de l’entreprise (les mobiles, l’automobile et l’industrie, et les objets intelligents). Depuis sa commercialisation, elle connait trois évolutions techniques, et trois autres sont prévues d’ici 2030 au sein du consortium 3GPP en charge de sa normalisation. Chaque évolution étend les fonctionnalités et améliore les performances. Mais elle accroît la complexité du frontal radiofréquence et augmente les contraintes d’efficacité énergétique, rendant la technologie Soitec encore plus indispensable.»

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Ingénieriste des matériaux semi-conducteurs

En tant qu'ingénieriste des matériaux semi-conducteurs, Soitec fabrique des substrats à haute valeur ajoutée qui servent à construire des puces électroniques plus performantes et plus efficaces que celles construites sur les substrats massifs traditionnels. Selon Thomas Piliszczuk, chaque smartphone renferme aujourd’hui en moyenne 60 mm2 des substrats de Soitec, et ce contenu devrait plus que tripler dans quatre ans pour dépasser les 200 mm2 à l’horizon 2026. Cette augmentation viendra de la 5G mais aussi de la diversification des substrats de Soitec embarqués dans les smartphones.

Le substrat de silicium sur isolant, la spécialité d’origine de l’ETI iséroise, reste le plus utilisé dans sa version RF-SOI dédiée à certains composants radiofréquences comme les commutateurs de fréquences, les amplificateurs à faible bruit ou les tuners d’antenne. C’est le produit phare de Soitec, qui est aujourd’hui présent dans tous les smartphones du marché. A cela viennent s’ajouter deux substrats : le silicium sur isolant dans sa version FD-SOI destinée aux circuits numériques, et le piézoélectrique sur isolant (POI) récemment développé pour les filtres radiofréquences.

Diversification au delà du silicium sur isolant

Google a été le premier constructeur de smartphones à adopter la technologie FD-SOI pour l’émetteur-récepteur radio, qui assure l’interface entre le modem 5G et le frontal radiofréquence, sur ses Pixel 6 puis Pixel 7. Il a été suivi par Samsung sur son Galaxy A53 et Motorola sur son Edge 22. Mais ce développement risque de rester limité  tant qu’Apple n’aura pas franchi le pas pour ses iPhone. D'ailleurs Samsung, qui fabrique l'émetteur-récepteur radiofréquence des Pixel 6 et 7 de Google, n'embarque toujours pas cette technologie sur sa gamme de smartphones vedettes comme la nouvelle série S23.

Le POI est un nouveau substrat dans l’offre de Soitec. Il représente la première diversification de la société au-delà du silicium sur isolant. Il compte aujourd’hui un seul client : Qualcomm, numéro un mondial des puces mobiles. Mais selon Thomas Piliszczuk, tous les autres fournisseurs des composants radiofréquences (Skyworks, Qorvo, Broadcom, Murata...) seraient sur les rangs pour l’adopter aussi. «Sa qualification se révèle toutefois plus longue que prévu», admet Thomas Piliszczuk.

Le moteur de l'efficacité énergétique

Soitec dispose d’un autre fer au feu : le nitrure de gallium, en développement et production sur son site à Hasselt, en Belgique, héritage du rachat en 2019 de la société belge EpiGaN. Il est voué aux amplificateurs radiofréquences des smartphones fonctionnant dans les bandes élevées de fréquences comme celles à ondes millimétriques (24 à 71 GHz). L’utilisation des substrats de Soitec est tirée par le besoin d’améliorer les performances mais aussi l’efficacité énergétique. «Dans les smartphones, nos technologies apportent en moyenne un gain d’efficacité énergétique de 25 %, affirme Pierre Barnabé. Partout où les produits de Soitec sont utilisés, ils contribuent à réduire la consommation d’énergie et l’impact environnemental.»

Pour suivre la demande, Soitec est engagé dans un vaste plan d’extension de sa capacité annuelle de production à 4,5 millions de plaquettes sur l’exercice fiscal 2025/2026, principalement sur ses sites à Bernin, en Isère, et à Pasir Ris, à Singapour, contre 2,3 millions sur l’exercice 2021/2022. Ce qui représente une augmentation de plus de 2 millions de plaquettes.

Objectifs financiers confirmés

Malgré la dégradation du contexte économique, Pierre Barnabé confirme les prévisions d'une croissance d'environ 20 % à taux de change et périmètre constants du chiffre d'affaires sur l'exercice fiscal 2022/2023 à clôturer en mars 2023. Le plan stratégique présenté en juin 2021 et révisé à la hausse en juin 2022 prévoit un chiffre d'affaires de 2,3 milliards de dollars sur l'exercice fiscal 2025/2026, contre 1 milliard de dollars sur l'exercice 2021/2022. Pierre Barnabé voit l'automobile et les objets intelligents comme des grands moteurs de développement et entrevoit à terme un équilibre entre les trois activités de la société.

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