Les salariés de Metex à Saint-Beauzire luttent pour sauver leurs emplois et l'innovation durable

Dans son offre de reprise du site d'Amiens, Avril n'a prévu de conserver que 30 emplois de R&D, sur 81, à Saint-Beauzire, dans le Puy-de-Dôme. Les salariés se mobilisent pour essayer de convaincre le groupe coopératif, et les pouvoirs publics, de l'intérêt de conserver leur savoir-faire unique dans la biotech industrielle. Une opportunité pour produire autrement, et de façon plus durable, des spécialités chimiques.

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Metex
Les salariés de Metex à Saint-Beauzire se sont mobilisés le 6 juin 2024.

L’équipe de R&D de Metabolic Explorer (ou Metex) à Saint-Beauzire, dans le Puy-de-Dôme, s’est mobilisée, le 6 juin, accompagnée de quelques représentants des sites d’Amiens et de Carling, qui ont bénéficié d’offres de reprise. En présence de nombreux élus locaux et de la presse, les 81 spécialistes de la fermentation jusqu’à l’industrialisation des procédés ont exprimé leurs préoccupations face à une offre de rachat qui menace 50 emplois sur leur site. Le groupe Avril, dans son offre pour l’usine d’Amiens, n’a prévu de conserver que 30 collaborateurs de Saint-Beauzire pour le soutien technique de la production d’acides aminés, et en particulier de lysine.

Outre la sauvegarde des emplois, les salariés souhaitent attirer l’attention des pouvoirs publics sur le potentiel de leur équipe en matière de développement de produits innovants issus du végétal par voie biotech. À une époque où la décarbonation de la chimie et la sortie du fossile sont au cœur des préoccupations, les salariés de Metex trouvent incompréhensible le manque de soutien à leur site de recherche.

« Nous ne comprenons pas cet abandon des pouvoirs publics de la recherche à Saint-Beauzire », déclare Aymeric Mounier, responsable informatique et ancien représentant des salariés au conseil d’administration. « France 2030 met l’accent sur l’innovation, l’énergie renouvelable, la chimie verte et la biochimie. Nous sommes exactement dans ce domaine et on risque de se priver de 50 chercheurs dont la spécialité est de produire autrement ? », ajoute-t-il.

Alexandre Boutoute, ingénieur procédé et membre du CSE, souligne : « L’offre de reprise d’Avril n’est pas assez précise. Nous attendons une rencontre avec le groupe pour comprendre leur projet. Pourquoi ne conserver que 30 postes et supprimer un service complet dédié à l’industrialisation ? ».

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Élodie Dutoya, technicienne fermentation et membre du CSE, partage cette inquiétude : « Nous souhaitons rencontrer Avril le plus rapidement possible. Les informations contenues dans l’offre sont vagues et nous n’arrivons pas à nous projeter. Pourquoi si peu de postes sont repris ? Pourquoi parle-t-on uniquement de lysine, et pas de Saint-Beauzire ? ».

Une opportunité pour Avril de se renforcer dans la chimie Biosourcée

Metex avait initialement envisagé de produire de la lysine en tant qu'étape transitoire pour financer la substitution progressive de molécules à plus forte valeur ajoutée, comme l’acide glycolique, dont le procédé est prêt à être industrialisé. Malgré les aides promises, la lysine reste une molécule de commodité qui risque de souffrir longtemps d’une concurrence asiatique exacerbée. Ne serait-ce pas une bonne stratégie pour Avril de reprendre le flambeau de l’innovation développée depuis 25 ans par les salariés de Metex, surtout compte tenu de ses ambitions dans la chimie du végétal ?

Ironie du sort, alors que Saint-Beauzire peine à attirer l’attention, le numéro deux mondial des acides aminés, qui a contribué à la pression concurrentielle sur Metex, aurait déposé une lettre d’intention pour reprendre la R&D de Saint-Beauzire. « Cela montre bien la performance des procédés développés ici », conclut Alexandre Boutoute, rappelant que la date limite pour l’audience des offres est fixée au 1er juillet.

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